Burkina : Idrissa Diarra propose de créer un Ministère en charge de la culture et des TIC

Le politologue Idrissa Diarra croit qu’il faut un ministère de la culture et des TIC afin de contribuer à  sauver les cultures africaines. 

Le « Mouvement de la génération consciente » a entre autres pour objectifs, d’œuvrer à la valorisation de l’identité culturelle africaine, à l’affirmation des cultures d’origines africaines, à œuvrer la réalisation de l’Unité africaine, à défendre les Droits de l’Homme, etc. L’animateur Claudy Siar sur RFI et sur d’autres chaînes médiatiques, instigateur de ce vaste Mouvement mondial, œuvre dans ce sens, depuis près d’une quinzaine d’années au moins (…)

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 Fort de ces expériences, le MGC/Faso se sent interpelé, et voudrait s’inviter dans le débat en cours sur la culture, surtout à un moment où l’occupation du portefeuille de la culture et du tourisme  est encore attendue au plus haut sommet de l’Etat, après la démission d’Adama Sagnon, suite à une tempête populaire sur une problématique cruciale soulevée (…)

  1. Qu’est-ce que la culture ?

Qu’est-ce que la culture au fond ? Nous n’avons pas l’intention de citer dans les détails ici les grands penseurs en termes de culture tels que Freud, Tylor, Malinowski, Durkheim, Pierre Bourdieu, Cheickh Anta Diop, Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Jean Pierre Guingané, Titinga Frédéric Pacéré, Fischer Gustave-Nicolas entre autres (I. Diarra, La participation politique au Burkina Faso, depuis l’avènement de la 4ème République, Mémoire de DEA de Droit public et de Science politique, UFR/SJP, U.O , promotion 2007-08, p. 23).

« La culture est ce qui reste, quand on a tout perdu », dit l’adage populaire. Pour ma part, je soutiens que la culture est en tant que discipline ou domaine transversal si imprégnée à tout, qu’on ne saurait tout perdre, étant en vie, sans affecter, entamer, voire compromettre suffisamment la culture elle-même! A moins de clarifier davantage la signification de l’expression « tout perdu ». Sinon, comment sans dilution d’une sauce – ce qui renvoie à l’idée de brassage culturel – peut-on prétendre en soustraire le goût salé, sans dégâts ? (lire le lien : http://www.lefaso.net/spip.php?article59215  )

  1. La culture, un domaine transversal

La culture est partout et dans tout  et mieux, elle est dynamique! Un dynamisme culturel que nos sociétés africaines, même celles occidentales, auront du mal à suivre, face au rythme effréné de la mondialisation, impulsé dans un « galop effroyable » par les TIC. Un rythme de mondialisation difficile à suivre, tant nous sommes inondés de toutes parts, sinon cernés, au point d’être débordés. Et ce sont ces trop-pleins qui viennent malheureusement chaque fois, nous réveiller trop souvent de notre sommeil douloureux ! Sinon, comment comprendre l’enrôlement de Français, de Britanniques de pur sang ou d’Américains, dans le « djihadisme » ou le fondamentalisme islamiste ?

La culture est surtout à l’école, dans les universités à travers les programmes d’enseignement, dans notre façon de parler, de nous habiller, dans le mode de fonctionnement de nos administrations publiques et privées, dans les choix de construction de nos bâtiments administratifs, dans le choix de technologie endogène ou exogène, dans le mode de gouvernements, dans nos tribunaux – soumis aux pressions des « corrupteurs zélés ou passifs » que chacun peut illustrer à un moment ou un autre -, dans le choix de nos moyens de déplacement, dans la consommation de nos sites touristiques, dans la consommation de notre musique nationale par chacun, etc.   Pour distraire un peu, j’étais étonné d’une chose, en lisant le révérend Martin Luther King dans son autobiographie. Même en Amérique à son temps (année 1929-1968), on collait au noir, l’image négative de quelqu’un qui ne respecte pas les heures ! Est-ce culturel ou un gène chromosomique spécifique lié à la race noire qui nous pénalise tant, dans le monde des affaires !

Si la culture est partout, faudra-t-il que l’on se borne à qualifier de culturel, ce qui est surtout propre aux valeurs ancestrales ou à certaines pratiques coutumières propres à nos terroirs en campagne ?

  1. Où placer la culture urbaine et la « génération internet » ?

Si tel est le cas, où devrions-nous être classés ? Nous, de la « génération internet », de la génération urbaine qui sommes nés en ville ou en milieu semi-urbain, qui avons habité longuement en ville, qui avons adopté naturellement les modes de vie citadines ?

Nous, qui avons passé beaucoup de temps à assimiler ce qu’il convient d’appeler « la civilisation scolaire » dans l’école occidentale, via la langue française ? Nous qui consommons beaucoup de produits occidentaux (Moyens de déplacement, habillement, métiers, télévisions, films, science, notamment la médecine, etc.).

Nous n’avons pas connu ce qu’on appelle « l’initiation traditionnelle ». Nous avons adopté pour certains, les religions monothéistes, même si des sceptiques croient que nous avons nos « gris-gris cachés » quelques part, que nous buvons des tisanes diverses, surtout si on est Senoufo, Dagara, Bobo, Moaga, Gourmantché, etc.

Si tout ce que nous faisons de particulièrement citadine n’est pas culture, qu’est-ce qui nous reste donc, puisqu’on ne reconnaît pas de la culture surtout locale, à ces habitudes citadines.

Nous, ce sont tous ces Présidents de la République qui ont fait les plus grandes universités et institutions à l’étranger, tous ces ministres qui gouvernent à la tête de l’Etat, tous ces députés et anciens députés, tous ces cadres d’administration, peu fréquents au village, etc.

Parallèlement ou à l’inverse, nous sommes témoins du faits que les grands défenseurs de la culture locale, pour promouvoir cette même culture, font recours massivement aux outils et instruments occidentaux, tels que les voyages par avion, par voiture, la télévision, les radios, les amplificateurs de son, l’ordinateur, les vidéoprojecteurs, le téléphone portable, bref, les TIC (Technologies de l’information et de la communication) avec leurs interfaces variantes sur internet, tels que Yahoo, Google, Facebook, Tweeter, You tube, blog, etc.

  1. Les défenseurs de la culture locale ont pour supports et armes, la culture étrangère occidentale : une menace en soi, de l’authenticité de la culture locale

Ces « pratiques TIC » ont fini par s’installer dans les habitudes de nos défenseurs de la culture locale depuis plusieurs années déjà ! Ils sont d’ailleurs soumis à une certaines pression, sinon débordés face aux commandes des partenaires étrangers de produits culturels locaux, tantôt pour l’envoi d’un mail urgent, d’un fax, d’un transfert financier par voie électronique, etc. Ces pratiques évidemment débordantes, ne finissent pas d’enrichir certains défenseurs ardents de la culture locale, via des fonds venant même de l’étranger, ou des activités culturelles financées par l’étranger, notamment, par les institutions de Brettons Wood, et les différentes coopérations occidentales. Qu’on me dise, quel est ce bon projet de développement nécessitant plusieurs milliards, qui ne sollicite pas des financements extérieurs dans nos contrées?

Avec cela, le discours sur notre souveraineté est-il vraiment sincère ou illusoire ? Cet orgueil souvent exprimé par nos chefs d’Etats africains, consistant à clamer qu’ils n’ont pas de leçons à prendre d’autrui, est-il vraiment réaliste, surtout que nos armées nationales n’arrivent même pas à défendre leurs territoires nationaux face à quelques groupuscules de terroristes ou de revendication sectaires ou irrédentistes ?

Cette prépondérance de l’extérieur en termes de marchés ou débouchés et de financement, n’est-elle pas en réalité la première menace à l’épanouissement de la culture locale, voire de façon plus large, de notre développement endogène, tant prôné par l’illustre historien Joseph Ki-Zerbo ?

Cette tribune est ouverte, et ce serait avec beaucoup de satisfaction que je recevrai des réponses pertinentes à ces différentes interrogations (…)

Mais bien avant, j’ai l’intention de dire, que l’accélération de la mondialisation, notamment avec les TIC sont tels que, si nous ne revoyons pas le concept de la culture chez nous, nous risquons fort, d’être désarçonnés, jusqu’à nos hameaux de cultures en campagne. Nos paysans, de par leur I-pad, cellulaires, PC portatifs, etc. sont en contact direct avec le monde entier, sans avoir franchi les limites de leurs villages ! Et, à quels contenus numériques ont-ils accès ? Evidemment, aux contenus de civilisation réputés d’origine occidentale ! Comment peut-on s’attendre à ce que Google, Yahoo, France 24, BBC, Al Jazeera, etc.  valorisent plus l’Afrique que l’Amérique et la France, l’Asie, d’un point de vue culturel ? Ne serait-ce pas là une illusion ?

  1. Accepter la réalité de « l’irréversible mondialisation » et s’adapter par des réformes urgentes pour conserver une part de contrôle sur notre culture

 Après avoir été absents à la 1ère et à la 2ème Révolutions industrielles, nos Etats africains sont en train de subir gravement et d’assister impuissamment la « Révolution internet » et la mondialisation avec tous leurs effets phagocytant et dissolvants sur nos cultures locales. Aujourd’hui, les paysans orientent leurs transhumances et leurs activités culturales à partir de multiples communications via les téléphones et les satellites, ces inventions étrangères !

Pendant ce temps, aucune industrie locale spécialisée  de fabrication de simples boutons (touches) de claviers d’ordinateurs ou de téléphones n’est visible sur le terrain chez nous ! La consommation de produits importés s’est installée depuis bien longtemps, comme notre culture locale, mais peu de gens en parlent ! Ou ceux qui en parlent, sont malheureusement très peu écoutés ou ne considèrent pas cela dans la culture !

Cette tendance montre à l’évidence, que nous allons à la dérive ! Parce que celui qui dépend de l’extérieur, ne peut aucunement s’affirmer ! C’est une réalité indéniable ! Si nous ne prenons pas cette menace avec tout le sérieux qui sied, les quelques enclaves culturelles authentiques risquent fort de se déstructurer sans le moindre contrôle, et le réveil du profond coma, risque aussi d’être tardif et douloureux !

Fort de ce diagnostic juste brossé du haut, sans rentrer dans des détails de spécialistes ou d’expert, des REFORMES IDEOLOGIQUES ET REVOLUTIONNAIRES s’avèrent indispensables sans attendre, avec des investissements massifs, puisés sur le budget de l’Etat.

Au compte des réformes, il y a des études profondes à faire, assises sur la marche actuelle du monde avec les nécessaires adaptations indispensables.

  1. Créer un Ministère en charge de la culture et des TIC

A priori, à mon sens, l’extension du Ministère de la culture au domaine des TIC est un impératif commandé par notre temps. Ministère de la culture et des TIC, ça sonne bon et bien aussi dans le contenu !

Aussi, la culture est tellement vaste, que si nous voulons un véritable exploit dans ce domaine, que les acteurs connus de ce milieu s’ouvrent à d’autres acteurs qui ne sont même pas soupçonnés quelques fois, de se préoccuper de ce secteur. Un éminent professeur de l’Université de Ouagadougou disait lors de la récente édition de « Ciné Droit Libre », après une projection cinématographique, ceci que je paraphrase : autant le conservatisme se consolide et se préserve par les vrais élèves ayant bien assimilés les valeurs coutumières authentiques, autant, les évolutions spectaculaires se réalisent surtout par les exclus du système ou ceux ayant échoué dans l’ancien système.

Le contexte national, n’est aucunement étranger à cette remarque, combien « pertinente » du professeur ! N’est-ce pas que c’est l’ancienne opposition, la société civile et la jeunesse maintenues dans une situation sans perspectives, hors système Compaoré, qui ont fini par bouter hors du pouvoir, courageusement ce système jadis tant redouté, pour récupérer le pouvoir qu’il entend reformer pour une vraie démocratie !

Contrairement à la négligence et à un certain délaissement ou aux simples cures esthétiques dont le département de la culture est victime depuis des décennies, il y a de gros travaux à y opérer en profondeurs, évidement avec les multiples ressources humaines et intellectuelles, qui ont déjà fait leurs preuves dans ce domaine.

Par le département de la culture, il y a lieu de revoir prioritairement, nos programmes d’enseignement, en particulier les cours d’Histoire, de Géographie, de Sociologie, de Français, avec enseignement du civisme dès le primaire, etc. en rapport avec le Ministère en charge de l’enseignement évidement, pour valoriser les créations et les productions locales, sinon africaines. Malheureusement, plutôt que d’investir sur ces valeurs sûres avec un accent particulier sur le volet de la « Démocratie » pour les générations présentes et futures, l’accent est plutôt mis sur les festivités et les vitrines, dont nous n’ignorons point l’utilité certes.

Un sujet aussi vaste et passionnant que la culture, on ne peut l’épuiser aisément. A ce titre, on ne peut que le suspendre tout simplement (…)

Ouagadougou, le 05  décembre 2014.

Idrissa DIARRA

Géographe, politologue.
Membre-fondateur du Mouvement de la

Génération Consciente du Faso (MGC/F).

Mobile : (+226) 66 95 04 90

Courriel : [email protected]

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2 commentaires

  1. Bonne lecture de monsieur DIARRA. Aujourd’hui nous les jeune apprenons tous par le biais des TIC. Aujourd’hui plus personne ne veux acheter une cassette CD de music & video, les gens les t?l?charg?s sur le net. L’industrie culturelle ? travers la musique, l’art, le cinema, la mode, la litt?rature et autres sont vraiment menac?s du faite de leurs utilisations par les TIC. Aujourd’hui il est vraima difficile de voir un jeune en ville ou en campagne sans portable avec connexion internet. Il s’informe, s??duque ? travers les TIC. Les TIC en tant que outil ne pose pas de probl?me, mais les contenus des TIC si on ne l’adapte ? notre realiter et aux contenus de notre culture nous allons perdre en argent et en temps. Ceux qui pensent que ce sont les logiciels qui fond les TIC n’ont rien compris de votre analyse. Notre soci?t? est en pleine mutation avec l’avanc? en puissance de certains comportement comme l’individualisme, homosexualit?, le culte de la richesse dont la principale voie de transmission demeure les TIC.Vivement que les hommes et femme de la transition voit les choses comme vous et qu’ils comprennent qu’aucune puissance ?trang?re ne va nous aider ? d?velopper notre culture car c’est par cette m?me culture qu’il nous commande aujourd’hui.

  2. Du verbiage oui… Et pourquoi pas Minist?re des ?coles et des TICs, Minist?re des sports et des TICs, Minist?re des finances et des TICs… pendant qu’on y est. Ce n’est pas parce que ya « communication » dans « TIC » que c’est de la pure et unique « culture » bon sang. Faites votre boulot de politicien culturel, et laissez nous aussi faire nous travail informatique. C’est un domaine transversal qui sert ? tout le monde et qui devrait m?me ?tre ?lev? au rang de minist?re d??tat. On n’est pas le parent pauvre de quelqu’un. Allez-y vous inscrire ? l’?cole de formation en « TIC » pour comprendre de quoi je parle. Foutaise oui…

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