Tribune : «Tournons la page des « proposeurs » et des « prometteurs » »

Ceci est une tribune du Dr Daniel Kéré, enseignant chercheur à l’Université Pr Joseph Ki-Zerbo. Pour lui, il est qu’un certain nombre d’attitudes changent au niveau des Burkinabè.

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« Il faut que…, il faut que… ». « Il faut que les décideurs fassent ceci…, cela…, il faut que les Burkinabè fassent ça… Il faut que…, il faut que… » !!! Assez ! Une fois nous attirions l’attention d’une personnalité de ce pays, au cours d’un atelier, sur la nécessité de changement de paradigme.

Il faut qu’on arrête avec les « il faut que… », pour passer à « il fait que… », « ils font que… » En d’autres termes, on se doit de quitter le statut de « proposeur » pour passer à celui d’acteur. De proposition(s) en proposition(s), on ne s’en sortira jamais !

Que ceux qui proposent passent à l’action ! Individuellement ou collectivement, que faisons-nous au quotidien pour le Burkina Faso ? Des propositions ? Il y en a assez déjà et dans tous les domaines. Ce dont nous avons besoin à présent, ce sont des actes. Des actes qui doivent être posés par tous : ceux qui sont au pouvoir, les acteurs de la société civile, les opposants politiques et les citoyens eux-mêmes.

Dans le contexte actuel, tout le monde a pris conscience de l’importance de la contribution même individuelle pour la sécurité et la paix dans ce pays. Déjà le carcan des égoïsmes individuels dans ces domaines se trouve fragilisé et c’est à saluer pour l’avenir de ce pays. Mais en dehors du domaine sécuritaire, d’autres chantiers tout aussi énormes se présentent, voire urgent.

C’est le cas de l’emploi des jeunes et la lutte contre la vie chère. Ceux qui ont convoité et obtenu la gestion du pouvoir d’État se doivent d’être en première ligne bien sûr. Les opposants aussi doivent s’investir pour le développement du Burkina car s’ils sont capables de mobiliser des fonds pour leurs campagnes électorales, ils peuvent tout aussi le faire pour financer des projets de développement, en attendant d’accéder un jour au pouvoir.

Le développement d’un pays ne se décrète pas, puisqu’il dépend de l’investissement individuel et collectif de tous : des agents publics, des opérateurs économiques, de chaque citoyen… Donc tout un chacun est tenu de s’investir dans cette dynamique.

Même si l’heure de la solidarité dans le domaine du développement relève pour le moment du mythe, comme c’est pourtant déjà le cas en matière de lutte contre le terrorisme et l’insécurité, il faut insister sur le fait que pour avoir un Burkina meilleur, il est impératif que tout un chacun s’y mette.

En effet, on ne pourrait savourer sa réussite ou sa richesse si on baigne dans un environnement où manger juste à sa faim est un luxe pour le commun des mortels. D’ailleurs le régime déchu en a fait les frais en octobre 2014 !

On ne saurait non plus s’en sortir si tout un chacun refuse d’innover et reste assis à compter sur l’État : les emplois adaptés à X ou Y le sont peut-être moins pour A ou B et ces derniers se doivent bien de le comprendre par eux-mêmes et se forger d’autres chemins.

Si C ou D peut réussir par exemple à Ouagadougou, E ou F pourrait très bien gagner sa vie dans une campagne quelque part au Burkina. Ça, l’État ne peut le décréter !

Tout au plus les autorités au pouvoir pourraient projeter un développement de toutes les régions du Burkina, ce qui prendrait forcément du temps. Mais pendant ce temps, la lutte contre le chômage des jeunes urge ! Les jeunes se doivent donc d’innover, en plus du soutien qu’ils sont fondés à attendre de l’État. Pendant ce temps également, la contribution de tous est souhaitée.

Par exemple, les opérateurs économiques pourraient contribuer substantiellement à réduire la cherté de la vie qui frappe sévèrement ces pauvres jeunes en quête d’emploi en abaissant par exemple le prix du transport que les Burkinabè sont fondés à attendre, depuis la baisse du prix du carburant à la pompe. Évidemment, par la suite, il faut que les commerçants répercutent cette baisse…

En plus de cette lutte contre la vie chère, la création d’emplois et le paiement par tous des différents impôts et taxes doivent aussi servir de fibres patriotiques qui nous animent tous : citoyens, opérateurs économiques, acteurs politiques et leaders de la société civile.

Bref, chacun a son rôle à jouer si on veut prendre le chemin du développement. Ce qui, nous pensons, est une urgence de premier plan car vu la croissance démographique, il faut se dépêcher de construire un Burkina où tout un chacun trouve(ra) son compte, seul gage de la stabilité sociopolitique tant souhaitée par tous !

Dieu bénisse le Burkina Faso !

Dr Daniel KERE

Enseignant-Chercheur à l’Université Ouaga II

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