Burkina : « Le dialogue social du pouvoir est vide et démagogique » (SYNTSHA)

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Dans cette déclaration, le Syndicat des Travailleurs de la Santé Humaine et Animale (SYNTSHA) se prononce sur le dialogue social et ses dernières actions.

Le Syndicat des Travailleurs de la Santé Humaine et Animale (SYNTSHA), face au mépris du gouvernement à l’égard de sa plate-forme revendicative a été contraint suite à l’échec des négociations d’aller en grève.

A travers cette déclaration, le BN entend partager sa compréhension de certains sujets en rapport avec la grève du 22 au 24 novembre 2016 et ayant suscité des débats, notamment : du dialogue social, de la revendication portant sur la santé des travailleurs, des questions d’éthique et de déontologie et de quelques leçons et tâches. Il y est présenté également quelques observations du syndicat sur les Etats généraux des hôpitaux,

I- Du dialogue social

La plate-forme issue du 13ème congrès a été déposée le 18 avril 2016 auprès du gouvernement. Après la séance de négociation du 26 avril 2016, le gouvernement nous a fait tourner en rond jusqu’au 18 octobre 2016 pour ne reprendre les discussions qu’à la vue du préavis de grève du 12 octobre 2016..

Mais cette reprise n’étant pas sous-tendue par une volonté réelle de résoudre les problèmes, aboutit à des résultats insatisfaisants pour les travailleurs. La grève des 27 et 28 octobre 2016 eut lieu sans réaction conséquente du pouvoir. Les travailleurs n’avaient d’autres choix dignes que la lutte. C’est ainsi que la grève du 22 au 24/11/2016 fut organisée. Comme réaction, en lieu et place d’un dialogue véritable exigé par les travailleurs, le gouvernement a déclenché une campagne médiatique d’intoxication et de désinformation de l’opinion contre le SYNTSHA dans le seul but d’opposer les travailleurs et notre syndicat aux populations. Poursuivant dans cette lancée, dans sa lettre n°2016-255/MFPTPS/SG/DGT du 22 novembre 2016 adressée au Président du mois (PDM) des Centrales Syndicales, le gouvernement à déclaré illégale la grève du SYNTSHA au motif des trois griefs suivants et nous invitait à nous expliquer lors d’une réunion convoquée à cet effet le 23/11/2016 entre une délégation :

  • gouvernementale conduite par le ministre de la fonction publique et composée du ministre de la santé et de celui des ressources animales et halieutiques ;
  • syndicale conduite par le PDM qui comptait en son sein des membres du BN du SYNTSHA.

Grief 1 : non respect du délai légal de préavis

Le SYNTSHA a indiqué avoir déposé un préavis de grève conforme aux textes en vigueur, ce qui lui a valu la délivrance d’un accusé de réception par le Secrétariat Général du Gouvernement. Cela signifie absence de manquement à la loi.

Grief 2 : organisation d’une grève sans service minimum et rejet des réquisitions

Concernant cette question, nous avons dit qu’à notre connaissance, l’organisation du service minimum était du ressort du gouvernement. Cette responsabilité a été consacrée par l’article 81, alinéa 1, du décret N°2007-116/PRES/PM/MS/MFB/MESSRS du 05 mars 2007 portant statut du personnel des Etablissements Publics de Santé (EPS) qui dispose que : « En cas de grève, le directeur général de l’EPS organise dans les services médicaux, médico-techniques et administratifs un service minimum».

Ainsi donc au plan légal, en cas de grève, il ne revient pas au syndicat d’organiser le service minimum.

Grief 3 : « des travailleurs sont menacés et ne peuvent exercer leur droit de travailler »:

Le SYNSTHA a réaffirmé que ces comportements étaient étrangers à ses méthodes de mobilisation à moins que des groupes soient fabriqués par des gens mal intentionnés dans le but de nuire à notre syndicat. En tout état de cause, nous mettons le gouvernement au défi de nous présenter un cas. La délégation gouvernementale a été incapable d’en citer.

A l’évidence, le gouvernement n’avait aucun souci pour un dialogue quelconque, il cherchait plutôt des alibis pour en découdre avec le SYNSTHA. Pour preuve, lors de la rencontre en question, alors que nous réclamions des perspectives à la crise, le ministre de la fonction publique, responsable du dialogue social avec les syndicats a déclaré en substance que si le gouvernement n’avait pas ces griefs contre la grève du SYNTSHA, elle se serait passée dans l’indifférence comme toute autre grève.

Le silence observé depuis la fin de la grève le 24 novembre 2016 à ce jour ne nous surprend pas et montre si besoin en était le niveau du mépris du gouvernement à l’égard des travailleurs et de leurs justes revendications d’une part et  d’autre part le caractère démagogique de ses déclarations à tout vent sur sa volonté à dialoguer avec les syndicats.

II- De la revendication portant sur la prise en charge de la santé des travailleurs

Il s’agit de la revendication ainsi libellée : « prise en charge gratuite de la santé des travailleurs, leurs conjoints (es), ascendants et descendants directs dans toutes les formations sanitaires publiques indépendamment de leur lieu de travail ».

Cette prise en charge dans les termes énoncés est de droit. Ce droit est reconnu mais partiellement respecté par le Raabo conjoint AN VIII 0084/FP/SAN-AS/MF/CAPRO du 31 mai 1991 portant tarification des actes des professionnels de la santé et des hospitalisations dans les formations sanitaires et établissements hospitaliers publics du Burkina. A cet égard, nous dénonçons l’absence d’application généralisée de ce Raabo en plus de ses insuffisances notamment en matière d’exonération de certains examens dits spéciaux.

 III. De la question de déontologie et d’éthique 

Dans une déclaration rendue publique, l’Ordre des médecins du Burkina écrit ; « Le Conseil National de l’Ordre des médecins du Burkina Faso en tant qu’organe régulateur de l’exercice de la profession médicale, des questions éthiques et déontologiques y relatives, observe avec désolation l’interruption des soins en raison de l’absence de service minimum dans la présente grève lancée par le SYNTSHA. Cette situation met à rude épreuve la déontologie et l’éthique professionnelle ».

Avant de nous prononcer sur cette déclaration, rappelons que : le décret N°2014-048/PRES/PM/MS du 07 février 2014 portant code de déontologie des médecins du Burkina Faso. JO N°17 du 24 avril 2014 dispose en son article 5 que : « En aucun cas, le médecin ne doit exercer sa profession dans des conditions qui puissent compromettre la qualité des soins et des actes médicaux ou la sécurité des personnes examinées »

Soit dit en passant, cette disposition existe dans les codes de déontologie des infirmiers/ères et des Sages-femmes/Maïeuticiens du Burkina Faso.

A notre connaissance les conditions qui ne compromettent pas la qualité des soins et des actes médicaux ou la sécurité des personnes examinées n’existent dans aucune formation sanitaire publique au Burkina Faso. De ce fait, en principe, les praticiens devraient s’abstenir d’exercer car ils bafouent au quotidien la déontologie et l’éthique. Mais une telle condamnation ne serait pas réaliste, alors que faire ?

Le SYNTSHA, pour sa part a opté pour la lutte dans le but de contribuer à créer les conditions d’exercice qui tendent vers celles requises pour des soins de qualité. Dans ce cadre, nous avons négocié avec le gouvernement qui a choisi de nous mépriser ; la grève n’est qu’un moyen légal pour obliger le Gouvernement à faire son devoir, celui d’assurer les soins adéquats aux burkinabè.

Par sa gouvernance approximative, le gouvernement est  la principale source de facteurs d’interruption des soins ; il viole ainsi nos droits constitutionnels à la santé; lui, aurait-il aussi une déontologie et une éthique ? Que faites-vous face au dénuement des formations sanitaires consécutives à ces « défaillances » de gouvernance qui engendrent chaque jour des interruptions de soins (pannes ou absence d’équipements, ruptures d’oxygène, de réactifs, de médicaments, insuffisance du personnel etc.). Face à cette situation, on ne doit pas être neutre. Par cette déclaration, voulez-vous nous suggérer d’observer en silence ou encore d’accepter d’être collectivement complices de la démission du pouvoir face à des « interruptions de soins » qui lui sont imputables en dehors de toute situation de grève?

Pour sa part, le SYNTSHA s’est engagé à oser lutter pour contribuer à l’amélioration de la prise en charge sanitaire des populations. C’est pourquoi il en appelle à la conscience et à la vigilance de tous afin que chaque travailleur honnête ne s’investisse que pour servir l’intérêt général, celui de notre peuple, au détriment des intérêts politiciens égoïstes à l’origine des maux qui minent l’avenir de notre pays et par ricochet celui notre système de santé.

IV –Des états généraux des hôpitaux (EGH)

Les états généraux des hôpitaux s’inscrivent dans le cadre des reformes du système de santé qui doit, pour être crédible, associer et prendre en compte les préoccupations essentielles des acteurs à l’instar des travailleurs à travers leur syndicat,  le SYNTSHA.

Malheureusement, notre syndicat a été exclu des débats à la base concernant les thématiques inscrites à l’ordre du jour des EGH notamment, la politique de maintenance des équipements, la gestion des urgences, la contribution du privé, la carrière du médecin et la pharmacie hospitalière qui ont pourtant toujours fait partie des préoccupations du SYNTSHA.

S’agissant de l’avant-projet de loi portant Fonction Publique Hospitalière, nous n’avons pas perçu quel était le problème du système de santé que son adoption était censé résoudre. Nous avons plutôt noté qu’elle était porteuse d’injustices entre les différentes catégories de personnels de la santé et de la fonction publique par rapport à la loi 081..et manquait de texte d’application consensuelle  Ce qui constitue un recul grave par rapport aux acquis. Au regard de ce qui précède, le SYJTSHA a décidé de ne pas y prendre part.

V -Leçons et taches 

V-1 Quelques leçons

  • Notre grève intervient dans un contexte national marqué par des luttes multiformes dans divers secteurs d’activités pour de meilleures conditions de vie et de travail et pour l’approfondissement des acquis de l’insurrection populaire et de la résistance victorieuse au putsch de type fasciste du 16 septembre 2015.

Pendant que le peuple s’engage dans la lutte pour son émancipation totale, le pouvoir manœuvre pour tourner la page et le dos aux acquis de ces deux évènements historiques. Pour ce faire, il  tente de se cacher derrière des appels pathétiques à une« trêve sociale » car il « y a trop de grèves »

A cet égard, les luttes des travailleurs en général, celles des travailleurs de la santé humaine et animale, composante du peuple, sont justes et légitimes car elles posent leurs revendications essentielles en lien avec celles de notre peuple. Face au mépris et à la démission du pouvoir, seule la lutte organisée paye.

Déclenchée dans un tel contexte, la grève du SYNTSHA qui a connu des taux de participation au niveau national situés entre 95-100% est sans nul doute historique. A ce titre, le Bureau National  réitère ses vives félicitations et ses encouragements aux travailleurs de la santé humaine et animale pour leur détermination.

  • le dialogue social du pouvoir est vide et démagogique parce que son agenda politique ne prend pas en compte les intérêts fondamentaux des travailleurs et de notre peuple ;
  • les manœuvres de désinformation, d’intimidation, visant à discréditer le SYNTSHA et à l’opposer aux populations échoueront sans aucun doute grâce à la mobilisation et à la détermination des travailleurs avec le soutien du mouvement démocratique et révolutionnaire de notre pays.

Cette déclaration parait peu après qu’une attaque barbare ait été perpétrée le 16/12/2016 contre le camp militaire de Nassoumbou, attaque ayant causé la mort de militaires burkinabè. Le SYNTSHA présente ses sincères condoléances aux familles des victimes et souhaite un prompt rétablissement aux blessés.

Il invite le gouvernement à assurer concrètement la sécurité des Burkinabè au lieu de se livrer à ses séances de lamentation inutiles et révoltantes après chaque attaque terroriste. C’est le lieu de dénoncer une fois de plus les mêmes comportements du gouvernement après chaque accident de circulation routière avec plusieurs victimes alors que nos formations sanitaires ne sont pas ou sont mal préparées pour y faire face.

V.2 Tâches

Le Bureau National appelle les sections/sous-sections, travailleurs de la santé humaine et animale à s’armer de courage et de vigilance afin de déjouer les manœuvres démobilisatrices d’où qu’elles viennent. Il les exhorte à :

  • poursuivre l’information de l’opinion sur les justes revendications du SYNTSHA ;
  • œuvrer au renforcement de la mobilisation et de la détermination à poursuivre la lutte ;
  • préparer et à participer au Conseil de Direction qui se tiendra le samedi 04 février 2017 à la bourse du travail de Ouagadougou afin de discuter des suites de notre lutte et des tâches de renforcement de notre syndicat ;
  • œuvrer de sorte à ce que le SYNTSHA soit associé à la relecture de la loi 033/CNT annoncée par Mr le Premier Ministre.

              Mobilisés et déterminés nous vaincrons !

Pissyamba OUEDRAOGO/

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