Procès du putsch : Quand des accusés sont félicités !

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A la barre ce 20 juillet 2018, deux prévenus dans l’affaire du coup d’Etat manqué ont reçu des félicitations. Des avocats de la Partie civile et le Parquet militaire ont en effet reconnu et salué la clarté des dires des accusés Moukoro Pascal et Bouda Mahamado.

Le Caporal Moukoro Pascal a 28 ans. Il est célibataire et sans enfant. Il n’a pas été condamné ni décoré. Il est accusé pour trois chefs d’inculpation : attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires. Il a pour conseil son homonyme, Maître Pascal Ouédraogo.

Le Caporal n’a pas reconnu les faits qui lui sont imputés. Le 16 septembre 2015, raconte-il, il s’apprêtait à laver sa motocyclette lorsqu’il a été interpellé par ses frères d’armes qu’il ne connaissait pas. « On m’a sommé de garer mon engin et de me rendre dans une salle où il y avait d’autres militaires qui étaient en train de discuter. On m’a ensuite remis une tenue militaire et une kalachnikov », relate le prévenu.

Il réaffirme que c’est pendant qu’il assurait la garde devant une salle qu’il a aperçu les autorités de la Transition. « Le soir à la maison, j’apprends à la radio qu’il y aurait un coup d’Etat et que des autorités ont été arrêtées. J’ai dit : Mais, si c’est ça, c’est grave. Si j’avais su que c’était un coup d’Etat, je n’allais jamais être devant vous aujourd’hui. Je ne souhaite jamais cette situation à aucun pays », poursuit le Caporal Moukoro.

Le Parquet militaire note déjà que les affirmations de l’accusé « collent sensiblement » avec le contenu des procès-verbaux de l’interrogatoire, malgré quelques nuances. « Il reste constant dans ses propos », constate le Procureur. A en croire l’avocat de l’inculpé, son client est blanc comme neige et serait tombé dans une affaire qu’il ne comprenait guère.

« Il fallait jouer le jeu »…

 Lire aussi : Procès du putsch de septembre 2015 au Burkina : L’intégralité

« Monsieur Moukoro, je voudrais vous féliciter et vous dire merci. Parce que vous nous aidez à mieux comprendre ce qui s’est réellement passé », loue Maître Somé, avocat de la Partie civile. L’audition du Caporal ne prendra pas assez de temps. Le suivant est appelé à la barre. Le Sergent-Chef Bouda Mahamado, 38 ans, est décoré à la Médaille commémorative avec agrafe Mali. Il a pour avocat Maître Timothée Zongo. Lui, également, n’a reconnu aucun des chefs d’accusation.

« Dans la matinée du 16 septembre, j’étais dans mon chantier. J’ai reçu un appel de Nion qui me dit de rejoindre le camp. Arrivé, j’ai aperçu le Major Badiel. On m’a chargé d’aider à installer les autorités. J’ai même reçu des menaces du Soldat Boureima Zouré qui a retiré la cravate du ministre Bagoro. J’ai assuré la sécurité des autorités arrêtées pendant toute la nuit. Personne de nous n’a mangé cette nuit-là », s’explique-t-il.

Le Sergent-Chef Bouda reconnait avoir été à la radio Savane FM et participé à faire arrêter l’« appareil pirate » qui émettait. Il informe que pour détecter ladite radio, appel a été fait à des techniciens extérieurs. « On m’a dit après que c’est un coup d’Etat, mais comme je n’étais pas pour, il fallait jouer le jeu. Il y avait trop de jeunes que je ne connaissais pas », ajoute-il.

Le Parquet, encore une énième fois, a félicité l’accusé pour sa cohérence, malgré certains détails passés sous silence. « Monsieur Bouda, vous avancez des informations qui peuvent permettre, si le Juge le trouve nécessaire, de vous décharger dans cette affaire. Comme on le dit en droit, vous êtes un bon père de famille », se réjouit le Procureur militaire. L’audition de l’ex-RSP se poursuit demain 21 juillet 2018 à 9h.

Noufou KINDO

Burkina 24

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Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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