Hassane Kassi Kouyaté : « J’ai toujours grandi en pensant à l’économie du spectacle  »

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Hassane Kassi Kouyaté prendra les rênes du Festival des Francophonies de Limoges à partir du 1er janvier 2019. Nous l’avons rencontré dans la ville de Bobo-Dioulasso, capitale économique du Burkina Faso le samedi 25 août 2018. L’homme de culture, conteur, comédien  musicien, danseur, compositeur, metteur en scène et actuel directeur de la « Scène nationale de Martinique ATRIUM Tropiques »  a dévoilé ses projets de développement de la Francophonie. Il entend œuvrer à la professionnalisation de l’art et de la culture, les rapprocher d’avantage du public tout  en mettant un accent particulier sur la promotion de la francophilie. Le talent de « grand traducteur » propre aux pays francophones sera aussi mis à profit.   

Burkina24 (B24) : Après avoir remporté cette course contre 41 autres candidats au poste de directeur du festival de la Francophonie, quels sont les sentiments qui vous animent ?

Hassane Kassi Kouyaté  (H.K.K) : Pour être honnête, je dois reconnaitre que c’est d’abord un sentiment de fierté pour l’enfant burkinabè et l’homme  burkinabè que je suis. C’est aussi une fierté pour l’Afrique qui voit pour la première fois,  un de ses fils occuper ce poste.

Ensuite, j’ai un autre sentiment de responsabilité qui me fait mesurer la responsabilité qui m’incombe. Cette responsabilité aussi lourde que passionnante. Puisque si je gagne, la Francophonie aura gagné et l’Afrique aussi. Mais  si j’échoue à ma mission, ce qui ne va pas arriver d’ailleurs, c’est pareil.  Mais loin de me freiner, ce sentiment de responsabilité au contraire me galvanise, me donne de l’énergie et me stimule pour ma mission à venir.

B24 : D’artiste sur scène au poste d’administrateur d’un si grand festival, comment se fait l’adaptation ?

H.K.K : D’abord, j’ai eu déjà la chance de naitre et de grandir dans un milieu artistique, d’avoir eu des parents artistes. Alors le fait d’être artiste était devenu presque une vie normale pour moi. Ensuite j’ai appris un métier à l’Institut du commerce. Je l’ai appliqué au milieu de l’art. En combinant ce que je dirai ma vie et mon métier, j’ai toujours grandi en pensant à ce que j’appelle  « l’économie du spectacle ».

L’art a besoin d’une pensée scientifique à court, moyen et long terme de développement

Puisque le problème qui se pose aujourd’hui est qu’on ne peut plus faire l’art pour l’art. L’art a besoin d’une pensée scientifique à court, moyen et long terme de développement. L’art a besoin de gestionnaire, d’un administrateur culturel et donc moi je me suis spécialisé là-dedans tout en étant artiste. Des fois, pour une question de temps ou de casquette, je dépose ma casquette d’administrateur pour être artiste et vice-versa. Et à la fin, je me suis rendu compte que l’un nourrissait  l’autre.   

B24 : Pour réussir vos missions, le futur directeur du Festival des Francophonies que vous êtes a tantôt parlé de « promouvoir la Francophonie à l’aide de la Francophilie. A quoi est-ce que cela consiste?

H.K.K : Il y a plusieurs Francophonies. D’abord, il y a la Francophonie obligatoire qui est née de la colonisation. Avec une partie des populations des peuples qui ont été colonisés par les Français qui parlent la langue française. D’où certains ont même  appris « nos ancêtres les Gaulois » que j’appelle la Francophonie obligatoire.

Ensuite, il y a ceux qui ont aimé la langue française et qui sont allés apprendre le Français. Donc ils font partie des sympathisants de la langue française, de la Francophilie. Ces peuples  parlent la langue française, qui aiment cette langue, qui l’utilisent, qui peuvent réfléchir dans cette langue, qui s’expriment et qui communiquent dans cette langue sans être issus des pays francophones.

Et après la Francophilie se développe  et ils deviennent des francophones. Par exemple, il y a  des pays comme l’Algérie, le Vietnam et les pays de l’Est de l’Europe qui n’ont pas adhéré officiellement à la Francophonie, mais qui ont beaucoup de Francophiles.

Dans ma mission, j’essayerai de mettre un accent sur ces Francophiles qui apportent une richesse supplémentaire à la Francophonie

Et c’est cela que j’appelle promouvoir la Francophilie pour aider la Francophonie.

B24 : Avez-vous d’autres idées de promotion du Festival des Francophonies à travers l’utilisation de la langue française ?

H.K.K : Oui ! J’aimerais aussi développer la notion de la traduction qui apporte une richesse à la Francophonie. Les pays francophones sont de  grands traducteurs de langue. Parce qu’en général, un Francophone a une langue maternelle qui n’est pas le Français. Souvent il pense dans sa langue, et quand il veut s’exprimer il fait une traduction presque simultanée. Ce sont des grands traducteurs.  C’est pourquoi il existe beaucoup de textes traduits du Français à d’autres langues (comme le Russe,  l’Anglais, le Tchèque, le Polonais et même le  Japonais) et vice-versa.

B24 : Vous parliez aussi de développer une dimension fondamentale du festival  des Francophonies, notamment sa valeur humanitaire. Comment-comptez-vous y parvenir ?

H.K.K : Pendant le festival, je souhaiterai que les artistes venus des différents pays francophones et de divers horizons francophones puissent rester ensemble pendant 10 jours pour renforcer ce moment d’échange et de partage (comme cela a été le cas souvent dans les autres éditions).

J’aimerais aussi que les artistes développent leurs rapports avec le grand public, la population de Limoges, de la Haute Vienne  et du Grand Aquitaine.  En même temps. Il sera aussi question de mener la réflexion  pour créer plus de proximité entre le public et les artistes.

B24 : Vous parlez souvent de public empêché et de public éloigné. Qui sont-ils ?

H.K.K : Les publics empêchés d’une manière classique, ce sont les gens qui sont empêchés par la maladie ou ceux enfermés dans le milieu carcéral. Ce ne sont pas des oubliés, ils font aussi parti des humains, de nos populations, de nos peuples. Mais souvent leur situation d’empêchement ne leur permet pas d’accéder à l’art et à la culture.

C’est pourquoi les programmations doivent tenir compte des réalités de ces publics empêchés.

Il y a aussi les publics éloignés. Quand on parle de l’éloignement, on pense plus à l’éloignement physique. Il est donc important de traiter la question de la décentralisation et de faire en sorte que les spectacles aillent dans les endroits les plus reculés possibles, (dans les endroits où l’on pense des fois que le spectacle ne peut pas arriver pour des raisons techniques ou même pour des raisons d’organisation) pour les désenclaver du point de vue artistique et y faire des programmations adaptées et de bonne qualité.

Parfois, on est aussi éloigné parce qu’on pense que certaines activités culturelles et artistiques ne sont destinées qu’à une élite. Cela nous interpelle sur la nécessité de développer  la communication autour de l’art. Je vais aussi travailler les outils de communication pour faire comprendre à ces personnes éloignées que l’art et la culture, c’est l’affaire de tous.

B24 : Votre élection à ce poste présente-t-elle des avantages pour votre pays d’origine, le Burkina Faso ?

H.K.K : Certainement. Le premier avantage est qu’il offre un éclairage sur mon pays. On dira que le directeur des Francophonies à Limoges est un Burkinabè. Ce qui à mon sens n’est pas rien. Parce que déjà, c’est la reconnaissance de notre culture, de notre expertise en culture et en art. L’autre avantage, c’est que cette personne que je suis à la chance de connaitre un peu plus les acteurs culturels du Burkina Faso, de connaitre les évènements artistiques de mon pays. Je serai donc plus attentif en devenant un conseil pour les artistes, les opérateurs culturels et artistiques afin de les aider à intégrer le milieu de la création francophone.

Aminata SANOU

Correspondante de Burkina24 à Bobo-Dioulasso

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