Lieutenant Dianda : « Depuis quand on fait un coup d’Etat et un chef d’Etat-major vient négocier ? »

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L’émotion était forte le mercredi 12 septembre 2018. Le lieutenant Dianda Abdoul Kadri a fait le procès de l’armée ou plutôt celui du commandement. Dans la soirée, alors que les questions pleuvaient, durant cinq minutes, l’officier de l’armée burkinabè en fonction à l’ex Régiment de sécurité présidentielle (ex RSP) au moment du Coup de force du septembre 2015 a réussi à fédérer toutes les parties présentes au procès pour un petit temps.  

Calme, les bras posés sur le pupitre servant de barre pour les accusés, le lieutenant Dianda Abdoul Kadri a laissé parler son cœur. Le silence était maître dans la salle d’audience pour capter le moindre mot qui s’échappait des lèvres de l’ex élément du RSP. Il a inspiré le respect tant du côté de la partie accusatrice, le Parquet, que de la partie civile.

Poursuivi pour quatre chefs d’accusation, à savoir complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coups et blessures volontaires et incitation à commettre des actes contraires au règlement et à la discipline, le lieutenant Dianda a nié les faits,  arguant avoir effectué ses tâches quotidiennes au moment du coup de force perpétré par certains éléments de l’ex RSP. « J’étais au Camp, Commandant d’unité, des problèmes arrivent, tous mes chefs sont là. Quelle qu’en soit mon opinion, qu’est-ce que je pouvais faire ? », s’est défendu le prévenu.

« Je l’ai vécu. Mais pas participé »

Pour les faits d’attentat à la sûreté de l’Etat, l’accusé nie sa participation. « Je l’ai vécu. Mais pas participé », indique-t-il. Pour les autres griefs, le lieutenant Dianda reconnait seulement avoir effectué des missions de sécurisation du 18 au 20 septembre 2015 dans le cadre de la venue des médiateurs. Niant tout en bloc, il explique que du piquet qu’il aurait mis en place, aucun des éléments n’est impliqué dans la procédure.

« Je pense que je n’ai pas incité un élément à commettre un acte contraire à la discipline ». Cette remarque du lieutenant a été appuyée par le Parquet militaire, partie accusatrice qui reconnait n’avoir pas assez d’éléments à charge contre le lieutenant Dianda. « Il n’a poussé ni incité aucun élément à commettre des actes », concède le Parquet.

Mais bien avant ces mots du Procureur militaire, l’inculpé, sans le dire clairement, a laissé exploser son mécontentement face à la non-réaction de la hiérarchie militaire sur les différentes crises au sein du RSP, à commencer par l’insurrection populaire et les nombreuses interruptions de Conseils des ministres sous la Transition. « Il y a eu assez de problèmes dans ce régiment. C’est ça qui a envoyé la crise (…). J’aurais aimé que les chefs militaires prennent ce problème à bras le corps. Le RSP n’est pas plus fort que les autres corps (…).  Depuis quand on fait un coup d’Etat et un chef d’Etat-major vient négocier ? (…) », crie l’accusé qui poursuit en faisant part de cas d’indiscipline au sein de son ancien corps.

« Toute la hiérarchie militaire était au courant de leur comportement. Comment un sergent-chef peut rouler la voiture d’un capitaine ? Mais ça se fait au RSP », narre l’accuse parlant ainsi d’un groupe « non contrôlé » en citant, entre autres, Zerbo Laoko Mohamed et Roger Koussoubé. Pour le lieutenant Dianda, « les cas d’indiscipline dans l’armée doivent être matés avec la dernière énergie ». Mais de son témoignage, au RSP, il était difficile pour les officiers de toucher aux membres de ce groupe.    

« Nous saluons la franchise du lieutenant »

Le cri de cœur du lieutenant Dianda Abdoul Kadri a été entendu par plus d’un. « Nous comprenons la peine du lieutenant », lance le Parquet. « Nous saluons la franchise du lieutenant », soutient Me Prosper Farama, avocat des parties civiles et tour à tour, Me Paul Kéré et Me Dieudonné Bonkoungou, tous de la défense, ont « félicité » l’accusé sous le regard satisfait de son avocat Me Baziémo Bali, pour avoir « crevé l’abcès ».

A la suite du lieutenant Dianda, le soldat de 1ère classe Compaoré Abdou a été appelé à la barre. Il a été accompagné d’un interprète en langue mooré. Il est poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coups et blessures volontaires. Après ses brèves explications, la séance a été suspendue. Elle reprend le vendredi 14 septembre 2018.

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

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Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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