Procès putsch: « La hiérarchie militaire a accompagné le coup de force »

Putsch : « Les 14 morts, c’est de la responsabilité du CEMGA » (Me Sombié)

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27 février 2018 – 27 février 2019. Une année déjà que chaque jour ouvré, au moins une centaine de personnes converge vers la salle des banquets de Ouaga 2000 pour assister au procès du coup d’Etat de septembre 2015. Le mercredi 27 février 2019, la règle a été respectée. La séance du jour a repris avec à la barre, le Colonel-major Alassane Moné, secrétaire général de la défense au moment du coup de force perpétré par certains éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Il est témoin du Parquet militaire.

Pour avoir assisté en compagnie de la hiérarchie militaire et de certaines personnes ressources aux rencontres tenues dès les premières heures de la brouille à Kossyam, le 16 septembre 2015, le colonel-major Alassane Moné a signifié que dès le début des événements, « nous ne savions pas si c’était un coup d’Etat ou un incident ».

Revenant sur la rencontre entre le général Gilbert Diendéré et les membres de la Commission de réflexion et d’appui à la décision (CRAD) dans la nuit du 16 septembre 2015 au ministère de la défense, contrairement aux dires du général Diendéré qui indiquait qu’aucun dispositif sécuritaire n’était  en place, selon le témoin, un dispositif était bel et bien en place et, dit-il, « ce n’était pas dans un aspect pacifique ». « Ils étaient dans la cour et dans les couloirs, poursuit-il, avec des fusils d’assaut et des armes collectives ».

Aussi, présent à Naaba Koom II dans la même nuit pour négocier avec les éléments du RSP pour la libération des autorités de la Transition, « nous avons pensé que le général (Diendéré) allait nous accompagner dans la demande de la libération des otages ». Mais à en croire l’ancien secrétaire général, « le général (Diendéré) est resté silencieux. C’est ce que je n’ai pas compris », dit-il.

Mais en réponse à ce commentaire, Me Dabo, avocat de la défense réplique qu’il n’y a rien de « plus logique que de laisser un ancien Président, un homme d’Eglise s’entretenir avec les hommes ». Le témoin a par ailleurs confirmé que le Chef d’état-major de la gendarmerie nationale au moment des faits a soulevé le manque de matériel de maintien de l’ordre. Les avocats de la défense ont demandé à ce que ces dires soient consignés.

Dans la soirée, Me Mamadou Sombié, avocat de la défense, avant de poser quelques questions au témoin a profité de son temps de parole pour réagir suite aux propos tenus la veille par le général Pingrénoma Zagré. Celui-ci, à en croire l’auxiliaire de justice, aurait indiqué avoir usé de stratégie pour combattre le Coup d’Etat. « Tout a été fait dans les règles de l’art », se souvient-il. « Notre armée n’était pas républicaine » au moment du Coup d’Etat, a tonné Me Sombié pour commencer. Il s’en suit alors un long procès contre la hiérarchie militaire.

« Une armée prend une position claire. Je prends l’exemple du Venezuela, l’armée a dit : ‘’nous soutenons le président légitime’’. Le peuple, tout de suite, a su où mettre le pied. Est-ce que cela s’est passé ainsi au Burkina Faso ? (…) Quand on a arrêté le Président (Kafando), le pays était à genoux. Qu’est-ce que l’armée a fait ?

Supposons qu’à 16h (le 16 septembre 2015), l’armée s’était fendue d’un communiqué pour s’opposer à la prise du pouvoir, si ce communiqué avait été publié dans les radios, à la télé et sur les réseaux sociaux, vous pensez que les jeunes allaient sortir le 17 (septembre 2015) ? Le peuple allait se dire que l’armée nous a rassurés et qu’ils vont régler l’affaire entre eux.

Les 14 morts, moi je pense que c’est de la responsabilité du CEMGA (Chef d’état-major général des armées) qui n’a pas pris ses responsabilités tout de suite. (…) Les morts qu’on déplore, c’est parce que l’armée n’a pas communiqué que les gens sont sortis. Je pense que l’armée a failli, l’état-major a failli (…).

Il fallait stopper le RSP dès qu’il a arrêté les autorités de la Transition (…) On n’avait même pas besoin de la CEDEAO ici (…) Je n’ai pas eu l’occasion de demander au général Zagré ce que l’armée a fait pour assurer la sécurité de Cheriff Sy. On a laissé Sy se débrouiller tout seul (…).

Au lieu d’aller discuter d’homme à homme avec le général Diendéré, on préfère s’adjoindre de religieux. Qu’est-ce que ces hommes viennent faire ici ? »

Alors que Me Sombié était lancé, la voix du Président du Tribunal résonne. « Me Sombié, dit-il, nous auditionnons le colonel-major Alassane Moné et non le CEMGA… ». « Comme je n’ai pas eu la parole hier, je profite… », reprend l’avocat. A la suite des commentaires de l’avocat, le témoin qui patientait à la barre, a également répondu. « Ce n’est pas aussi simple comme il le dit », affirme le Colonel-major Alassane Moné. Selon celui-ci, la force ou la négociation sont les deux choix pour s’opposer à un coup d’Etat. « Nous avons fait un choix », celui de la négociation.

Face au témoin du parquet, neuf (09) accusés dont le général Gilbert Diendéré avaient été appelés pour les confrontations. A la fin des auditions, alors que les accusés rejoignaient un à un leur place, au tour du général Diendéré, après avoir apporté quelques précisions au témoignage du colonel-major, il serre la main de ce dernier avait de rallier le box des accusés. La séance a ainsi été suspendue, elle reprend le vendredi 1er mars 2019.

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

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Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).
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