Négociations lors du putsch: « On aurait pu ne pas ressortir vivants du camp »

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Ce mercredi 6 mars 2019, la Salle des Banquets de Ouaga 2000, pour certains, s’est un peu apparentée à une paroisse accueillant des fidèles catholiques. A la barre, un homme arrêté dans une soutane blanche. Mais, il ne s’agissait pas de prier. Il suffit de tendre le cou, les oreilles avec, pour réaliser que c’est l’Archevêque de Bobo-Dioulasso, Monseigneur Paul Ouédraogo, qui est en train de déposer en qualité de témoin cité par le Parquet dans cette affaire de coup d’Etat manqué de septembre 2015.

Aujourd’hui Mercredi des Cendres ! Les fidèles catholiques entrent dans le Temps liturgique du Carême. Un moment de pénitence et de conversion qui les conduira de manière progressive vers la fête de Pâques. Comme par simple coïncidence, c’est au cours de ce « mercredi religieux » que l’Archevêque de Bobo-Dioulasso, Monseigneur Paul Ouédraogo, un homme voué au culte divin et à ses rites, a déposé en qualité de témoin.

Cet évêque d’un rang supérieur fait partie du « collège de sages », du nom de ce groupe restreint ayant notamment décidé d’aller rencontrer les éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) dès le début des évènements. L’homme d’Eglise résidant dans la 2e ville du Burkina a levé la main droite et juré de dire tout ce qu’il sait de cette affaire qui continue de défrayer la chronique judiciaire.

Il a confirmé qu’il était effectivement dans la ville de Sya le 16 septembre 2015, mais sur le point de rejoindre Ouagadougou pour la conférence épiscopale Burkina-Niger à l’époque. Il a informé le Tribunal avoir été contacté téléphoniquement par un agent de la Présidence du Faso, puis du Général Pingrenoma Zagré. Après avoir été mis au parfum de ce qui se tramait au niveau du Palais de Kossyam, le religieux a accepté de faire partie de la délégation composée de quatre « sages ».

« Il ne restait plus qu’une seule chose, c’était de prier »

Il a précisé avoir rejoint les trois autres membres avec un retard pendant que les négociations avaient déjà débuté au ministère de la Défense nationale. « Le Général Diendéré a demandé de l’accompagner dans on ne sait quoi. Il a dit qu’il était impossible pour les éléments du RSP de faire marche arrière. C’est le mot « impossible » qui m’a même interpellé. Je lui ai dit qu’il pourrait dire qu’il est difficile, mais pas impossible, car nous pouvons toujours discuter et trouver des solutions », foi de l’Archevêque.

Après ces quelques moments d’échanges, la décision d’aller rencontrer les « jeunes militaires » a été prise. Mais, les médiateurs, selon les dires de Monseigneur Paul Ouédraogo, ont été devancés au camp Naaba Koom 2 par un groupuscule dont le Général Diendéré et le Colonel-Major Kéré. Qu’est-ce qu’ils sont allés dire ou faire face aux hommes en armes ? Mystère et boule de gomme. 

« C’était la première fois que je mettais les pieds là-bas. Quand on s’y rendait, on pouvait même apercevoir des silhouettes armées. Une fois à la rencontre, nous avons pris le soin d’écouter tous ceux qui voudraient prendre la parole », a-t-il témoigné. Selon la déposition du témoin du jour, les questions de dissolution du RSP et d’exclusion ont été notamment évoquées. « On ne va pas reculer. Vous-mêmes, ce n’est pas sûr que vous sortez vivants d’ici », leur auraient rétorqué certains éléments, l’air menaçants.

Face à l’échec de la mission des sages-médiateurs, l’homme en soutane dit avoir fait recours à sa dernière arme : « Il ne restait plus qu’une seule chose, c’était de prier. On aurait pu ne pas ressortir vivants du camp. Quelqu’un a même dit que deux grenades suffiraient à faire l’affaire ». A l’écouter, plusieurs d’entre les éléments du RSP rencontrés au camp s’exprimaient dans un « ton discourtois, arrogant et plein de menaces ».

Quand le Général Diendéré contredit Monseigneur Paul Ouédraogo !

Après plus d’une demi-heure d’interrogatoire, une chaise est proposée à l’homme de Dieu. C’est donc assis que le natif de Treichville âgé de 71 ans a poursuivi sa déposition. « Si l’idée avait effleuré mon esprit au moment des faits, j’allais demander aux éléments du RSP c’est qui qui était leur candidat et qui a été exclu », a-t-il dit.

Les accusés, le lieutenant K. Jacques Limon, l’Adjudant Jean Forent Nion, l’Adjudant-Chef Moussa Nébié, les Capitaines Oussène Zoumbri et Abdoulaye Dao, le Colonel-Major Boureima Kéré et le Général Gilbert Diendéré, sont appelés à la barre. La majorité des accusés cités ont remercié l’Archevêque de Bobo pour la « clarté » de son récit. Mais, le Général Diendéré ne prend pas pour parole d’évangile tout ce que ce dernier a dit à la barre. Il a en effet réfuté une bonne partie du témoignage de l’homme assis dans une longue robe blanche boutonnée sur le devant.

« Le fait de les avoir devancés au camp, c’était pour préparer la délégation qui devait accueillir le collège de sages. Egalement, Monsieur le Président, je ne pense pas avoir dit qu’il était impossible de faire marche arrière, mais plutôt difficile », a tenu à préciser « Golf », comme certains l’appellent affectueusement. A la reprise de l’audience après une heure de pause-repas, c’est un Général Diendéré tendu qui tient le micro. « J’ai déjà répondu à cette question. Je ne souhaite plus revenir sur ça », s’est-il contenté de dire jusqu’à la fin de l’audition de Monseigneur Paul Ouédraogo.

Il y a lieu de noter que l’audience du jour a débuté avec la poursuite du témoignage de l’agent de l’ARCEP, Jérémie Ilboudo. Au cours de cet exercice, des débats ont éclaté sur une pièce nouvellement versée dans le dossier par le Parquet. La décision sur l’introduction ou non de cette énième pièce portant sur des relevés d’appels téléphoniques sera connue après les débats. L’audience se poursuit demain 7 mars 2019 avec un nouveau témoin au perchoir.

Noufou KINDO

Burkina 24

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Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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