Scrabble : « Je vise le titre de champion du monde » (Athanase Tapsoba, ancien n°2 mondial)

Ancien champion national et n°2 mondial au Jeu de scrabble, Athanase Tapsoba, veut rapporter plus de lauriers au Burkina Faso dans cette discipline. Dans les lignes qui suivent, il dévoile ses ambitions. 

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Burkina24 (B24) : Athanase, on vous retrouve à Ouagadougou après votre dernier championnat où vous aviez remporté trois titres. Qu’est-ce qui vous amène au pays ? 

Athanase : Cela fait quatre ans que je ne suis pas rentré au Burkina Faso. Je devais rentrer l’année dernière avec pour objectif de participer au championnat national. Mais du fait de la crise de Covid-19, je n’ai pas pu effectuer le voyage, il n’y a pas eu de championnat non plus.

Cette année aussi, je voulais rentrer plus tôt pour participer au championnat national pour me mesurer à mes compatriotes parce qu’il y a de plus en plus de bons joueurs. Finalement, je n’ai pas pu le faire. J’ai décidé de rentrer voir la famille, le pays et préparer le terrain pour voir pourquoi ne pas mettre certains projets en place. 

« Je me prépare donc pour revenir à mon meilleur niveau »

B24 : Entre 2016 et 2018, tu étais le numéro 2 mondial au classement classique du jeu de scrabble. Comment en es-tu arrivé à ce résultat ?

Athanase : C’est le travail. Comme dans tous les sports, il faut travailler. J’ai travaillé énormément pour arriver à ce niveau, notamment figurer pendant deux ans à la place de numéro 2 mondial. J’ai frôlé la première place de peu. Ensuite, j’ai un peu dégringolé du fait de mes activités que je devais mener. Quand tu es en Europe, tu es obligé de faire beaucoup de choses à côté. Malgré tout, je me suis maintenu dans le top 10 jusque pendant la crise de Covid-19.

Après cela, il y a quelques compétitions auxquelles je n’ai pas pu prendre part. Mais aujourd’hui, j’ai atteint une certaine maturité qui me donne envie de donner un titre mondial au jeu de scrabble au Burkina.

Je vise le titre de champion d’Afrique, de champion du monde et aussi des Jeux de la francophonie parce que le scrabble est en train de faire son entrée. Je me prépare donc pour revenir à mon meilleur niveau avec l’appui de la fédération, du ministère et de bonnes volontés. 

« Il y a donc certaines subtilités que tu déniches grâce au scrabble »

B24 : C’est une discipline peu connue, en termes de compétition. Qu’est ce qu’elle peut apporter au Burkina Faso ?  

Athanase : C’est vrai, le scrabble est assez méconnu par rapport à des disciplines comme le football. Mais, il y a des disciplines qui ne sont pas connues mais qui apportent beaucoup sur le plan culturel, touristique, de notoriété à un pays.

En participant à des tournois aux quatre coins de la France, j’ai fait la fierté de mon pays et généralement mon nom et celui de mon pays sont cités. Grâce au scrabble, je connais plusieurs personnes qui sont venues visiter le Burkina Faso seulement à travers nos échanges pendant ou après une compétition.

Avec certains, on a des projets d’échanges culturels. Parfois, les Européens et surtout les Français sont bluffés de voir que des Africains arrivent à rivaliser avec eux dans leurs langues. Pour atteindre ce niveau, il faut avoir une certaine maîtrise du vocabulaire, de la conjugaison pour pouvoir rivaliser.

« Tu fais un peu de géométrie dans l’espace »

J’ai déjà été interviewé par un de vos confrères du journal Le Parisien. J’avais pris des exemples concrets sur le verbe dire. A la deuxième personne du pluriel, nous disons « vous dites », si on prend le verbe redire, on dit « vous redites » et le verbe prédire, vous dites « vous prédisez » mais vous ne dites pas « vous prédites ». C’est des choses qu’on n’a souvent pas l’occasion d’apprendre à l’école, peut-être si tu as fait des études de lettres modernes. Il y a donc certaines subtilités que tu déniches grâce au scrabble.

Au l’école, si tu pratiques le scrabble, tu as un large vocabulaire et ça te facilite dans les dissertations. En plus, sur le calcul mental, tu es calé parce qu’on fait tout le temps de la sommation et il faut avoir des réflexes pour poser les points sur l’endroit précis où cela donne le plus de points.

Tu fais un peu de géométrie dans l’espace en fait. C’est un jeu qui permet de développer le sens de la stratégie, la réflexion et le reflexe. Ça permet une facilité de rétention assez phénoménale. En plus, le scrabble peut créer plus de complicité au sein d’une famille. 

B24 : Vous êtes bradés de trophées (une dizaine), est-ce que le scrabble nourrit son homme ?

Malheureusement, je dépense beaucoup plus que je ne gagne. Ce que vous voyez, ce n’est que le quart de mes trophées. J’ai juste transporté ceux qui sont moins fragiles et certains qui m’ont marqué. Sinon, je suis obligé de bosser comme tout le monde pour financer ma participation aux tournois. J’ai bossé dans un cabinet comptable où je faisais de la gestion des ressources humaines. Parallèlement, je travaillais dans des associations. Sinon, j’écris beaucoup aussi.  

« Le scrabble aura un titre mondial très bientôt »

B24 : Avec ce que vous avez gagné, vous n’êtes pas reconnu. Est-ce que cela ne vous fruste pas ?

Athanase : Être numéro 2 d’une discipline, le meilleur de ton pays ou représenter ton pays à l’international, cela représente quelque chose. On voit que ce sont les footballeurs qui ont une grande reconnaissance. On peut être frustré. A mon niveau, ce n’est pas le cas parce que je fais ce que j’aime. J’ai la chance de visiter beaucoup de villes et pays que le citoyen lambda n’a pas l’occasion. Mais je reconnais que cela aurait été bien que les sports mineurs soient valorisés.  

J’ai espoir avec la médaille olympique de Hugues Fabrice Zango et le record mondial de Iron Biby que les choses sont en train de changer. J’ai vu l’effervescence que cela a suscité et cela ne peut que nous soulager, nous qui pratiquons des sports entre guillemets mineurs. Donc, j’ai foi que le scrabble aura un titre mondial très bientôt. A titre personnel, si j’avais eu un accompagnement adéquat depuis 2015, je pense qu’on aurait eu un titre mondial. Ce n’est pas trop tard. 

B24 : Que faut-il pour développer la discipline au Burkina Faso ? 

Athanase : Ce qui serait bien, c’est de développer le scrabble au niveau scolaire et universitaire. Il ne faut pas restreindre ça à ces catégories. Dans mon expérience en France, nous avons organisé des tournois de scrabble au sein de l’entreprise spécialement pour les travailleurs.

On peut aussi le faire pour les commerçants. On n’a pas besoin d’avoir un doctorat pour jouer au scrabble. Il faut que dans les activités dans les entreprises, l’on puisse organiser ces genres de tournoi parce qu’il a l’avantage de rassembler. Il y a des gens qui ne se connaissent pas qui peuvent se connaître.  

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