Procès Sankara : « J’ai été radié de l’armée et reversé comme enseignant à Fada » (Témoin)

Le troisième témoin à la barre ce 17 novembre 2021 est Pierre Ouédraogo, colonel à la retraite et Secrétaire national des Comités de la Défense de la Révolution (CDR) au moment des faits.

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Il dit dans son récit avoir été appelé le 15 et le 16 octobre 1987 au conseil pour lui notifier la mort du président Thomas Sankara et que le capitaine Blaise Compaoré voulait s’entretenir avec lui. Le témoin dit avoir été arrêté le 17 octobre après avoir été au conseil pour répondre à l’appel.

« Le 17 matin, Arsène Bognessan Yé avait déjà réalisé ceux qui avait tué Thomas Sankara. C’est lui qui m’a dit quand je suis arrivé que je ne peux plus ressortir de la zone du conseil », souligne-t-il. Pierre Ouédraogo a témoigné avoir été détenu du 17 octobre 1987 au 17 mai 1988 avant d’être libéré.

« J’ai été libéré par Gilbert Diendéré et Abdoul Salam Kaboré. Et après ma libération, j’ai été radié de l’armée et reversé comme enseignant affecté à Fada », souligne-t-il. Suite à son récit, le témoin est revenu sur les « répressions » suite aux événements du 15 octobre 1987.

« Ceux qui ont eu la chance ont été emprisonnés ou radié de l’armée et ceux qui ont eu moins de chance ont été assassinés », conçoit-il. Il a donné aussi son analyse sur les brouilles entre les acteurs de la révolution burkinabè et l’extérieur.

Pierre Ouédraogo a relevé des divergences qui ont eu entre Sankara et le guide libyen Mouammar Kadhafi. A l’entendre, « la volonté de Kadhafi d’islamiser le Burkina Faso » a engendré des discordances.

« Kadhafi voulait mettre une légion Islamique à Kamboinsé »

« L’intention de Kadhafi était qu’on applique le Livre Vert (Ndlr, un livre publié pour la première fois en 1975, dans lequel le colonel Mouammar Kadhafi, « Guide de la Révolution libyenne », détaille sa vision de la démocratie et de la politique. Il est divisé en trois parties respectivement parues en 1975, 1977 et 1979). Nous avons dit non. Il y a eu des déclarations conjointes qui n’ont pas été lues ni publiées à ce sujet. Dans le communiqué en français, tout était bien mais dans la version arabe qu’ils ont tirée, il était inscrit que le Burkina est partant pour l’application du Livre Vert. Moi j’avais dans mon équipe quelqu’un qui maîtrisait l’arabe et cela a amené des divergences. Le communiqué n’a jamais été lu ni publié », a révélé Pierre Ouédraogo. En plus, il a évoqué la volonté de Kadhafi d’implanter une base libyenne au Burkina Faso, chose qui n’a pas été acceptée par Thomas Sankara.

« Kadhafi voulait mettre une légion Islamique à Kamboinsé sous prétexte qu’il voulait protéger le pouvoir de Thomas Sankara. Nous avons refusé cette légion qui pouvait servir de base pour attaquer d’autres », a-t-il laissé entendre.

Pierre Ouédraogo a aussi fait cas des promesses non tenues de la part du Guide Libyen. Toute chose qui a contribué à dégrader la confiance entre les deux peuples. Concernant la méfiance entre le Burkina et la France, Pierre Ouédraogo note que la révolution burkinabè a gêné plus d’un.  

« La gauche française nous soutenait, mais la droite était opposée. En plus, le Président Thomas Sankara a refusé, au nom de la souveraineté intérieure, l’implantation d’une troupe Française à Bobo-Dioulasso », cité-t-il.

Akim KY

Burkina 24

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