Pingdwendé ZIDA : « Encore un coup d’État militaire au Burkina, ce qu’il faut retenir »

Nous ne sommes pas au premier coup et presque tous les régimes depuis l’indépendance ont été déposés par des coups d’État, un soulèvement et une insurrection populaire. Notons que ce syndrome est comme une malédiction institutionnelle mais après un long règne de Blaise COMPAORÉ et un retour démocratique après l’insurrection populaire de 2014, nous croyions avoir enterré la hache des coups d’État dans notre pays et le pouvoir MPP s’y attendait le moins, en témoigne leurs agissements ces derniers temps.

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Un coup d’État constitue un recul démocratique (le fait que nous l’avons adopté comme mode de gouvernance) car il y a perturbation institutionnelle. Dans le cas présent, la constitution est suspendue, l’Assemblée nationale est dissoute et le gouvernement est dissout. Ce qui signifie qu’une transition sera mise en place avec tout au moins une charte, un gouvernement de transition et une assemblée de transition.

Revenons sur ce qui a favorisé le coup d’État :

– Il y a d’abord la passivité du Président Roch face aux préoccupations essentielles de la population. Cela a écorché énormément sa popularité au fil du temps, lui qui est réélu il y a moins de 15 mois.

– l’incapacité de la gouvernance à changer de paradigme, les nombreux fléaux qui gangrènent l’économie tels que la corruption et le favoritisme  ont donné l’impression que rien n’a changé dans le pays et c’est pire que le passé.

– la suffisance et l’outrecuidance du MPP et ses sbires face au peuple burkinabè ont exacerbé les sentiments anti-Roch ou anti-pouvoir.

– la sourde oreille et le bradage des libertés d’expression sous toutes ses formes ont constitué des colères légitimes que fulmine le peuple depuis belle lurette.

– enfin, l’insécurité du pays liée au terrorisme et les réponses inadéquates apportées ont été les plus grands éléments déclencheurs de cet énième coup d’État.

Ce coup d’État est déjà consommé et le Mouvement Patriotique pour la Sauvegarde et la Restauration (MPSR) est né. Faut-il jubilé ou s’inquiéter ?

Nous sommes arrivés à un point où le pouvoir se portait très mal. La majorité de la population n’avait plus d’yeux pour ce pouvoir, sauf les plus proches qui jouaient leurs dernières cartes. C’est dans cette ambiance que les gens attendaient le sauveur car il est plus simple qu’advienne un coup d’État qu’une autre insurrection populaire.

Une autre insurrection populaire serait plus désastreuse pour le pays parce que les vengeances se feront sans état d’âme, mais heureusement. Le pouvoir de Roch avait des ennemis de par l’insurrection populaire et en fabriquait allègrement.

Ce changement institutionnel étant opéré, nous ferons face maintenant à la communauté internationale avec ses lots de sanctions économiques et militaires et c’est le moins qu’on puisse attendre.

C’est pourquoi la junte doit s’organiser rapidement et organiser le pays pour y faire face en plus de l’insécurité qu’elle doit combattre férocement pour justifier sa prise de pouvoir. Et sur ce dernier point, qui de mieux peut le faire d’autant que c’est eux qui sont constamment au front pour lutter contre le terrorisme.

Les nouveaux hommes « forts » du pays doivent s’entourer des personnes avisées dans tous les domaines bien qu’ils seront jugés les questions sécuritaires, ils ne le seront pas moins sur les questions sociales, économiques et politiques. Dans ce sens, faut-il écouter la population pour réussir une transition acceptable (pas trop longue, pas trop courte). En cela, il y a certaines erreurs à ne pas commettre.

– la réhabilitation des vieux démons. Il faut éviter à tout prix les vieux politiciens de tout bord et les militaires vomis par les troupes et la population, éviter les alliances contre nature ;

– la chasse aux sorcières. C’était l’un des chevaux de bataille de l’ex-pouvoir. Il avait oublié à un moment donné que c’est eux qui gèrent le pays et mettent leur échec sur le dos des autres.

– militariser tous les pans de la vie socio-économique de la nation. Bien que nous soyons dans un régime exceptionnel, on ne pourra pas s’en passer des choses de la démocratie.

Dans tous les cas, les militaires au pouvoir ont l’obligation de réussir là où Roch a échoué. Ils doivent travailler en toute transparence et composer des équipes de transition sans compromission afin de sauvegarder ce qui est à sauvegarder et restaurer ce qui est à restaurer. 

Pingdwendé ZIDA ([email protected])

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Rédaction B24

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