Fête de Ramadan 2022 : Le sermon de l’Imam Tiégo TIEMTORE

Ceci est le sermon de la fête de Ramadan 2022 (AEEMB-CERFI) prononcé par l’Imam Tiégo TIEMTORE (A.E.E.M.B./CERFI) ce 2 mai 2022.                           

BISMILLAHI ARAHMANI RAHIM

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Louanges à Allah, dont la miséricorde et la bienveillance couvrent ses créatures. Il est le dispensateur suprême des bienfaits et vers Lui, montent les bonnes actions.

Que sa miséricorde et ses bénédictions soient sur le Prophète Mouhamad (saw), sa famille, ses Compagnons et tous ceux qui suivront son chemin jusqu’au jour de la Rétribution !

Chers frères et sœurs,

Le mois de Ramadan qui s’est achevé et dont « les jours sont les meilleurs parmi les jours, ses heures les meilleures parmi les heures », fût une véritable école de la vie.

Tout comme les autres prescriptions divines, le Ramadan a pour finalité, de transformer positivement le musulman, en ce sens qu’il éduque à devenir meilleur.

« Pour que vous atteignez la piété », proclame le Coran.

On y retrouve un condensé de toute la profondeur du message de l’Islam, qui est une spiritualité, un message et un code de vie.

Garder le lien intime avec son seigneur, surveiller et contrôler ses sens, vivre dans la présence divine permanente, s’éduquer à la générosité, vivifier l’aube et la nuit par le souvenir d’Allah, développer un rapport affectif avec le livre saint : autant de gestes et d’attitudes qui nourrissent le cœur du croyant et symbolisent une foi en perpétuelle construction, pour s’améliorer et renforcer son rapport avec Allah.

Cette éducation à tendre vers le bien, épouse les fondements de la relation avec Allah : Se battre de toutes ses forces, pour nourrir le rapport vertical avec Dieu et horizontal avec ses créatures, et s’éduquer pour savoir cheminer avec les hommes sur la terre de Dieu, avec ses signes et ses enseignements.

Assurément, le mois de Ramadan nous a incité à vivre un Islam de performance et des finalités ; qui fait sortir ‘’des ténèbres vers la lumière’’ (Coran 14/1) ; et qui fait de chaque musulman, un dépositaire de miséricorde et de grâce pour toutes les créatures autour de lui : « Nous t’avons particulièrement envoyé comme une miséricorde pour les mondes ». (Coran 21/107)

Pour avoir bénéficié de ces sublimes enseignements, le Coran recommande à juste titre au croyant d’être reconnaissant, « Et que vous proclamez la grandeur d’Allah, pour vous avoir guidés, et afin que vous soyez reconnaissants » (Coran 2/185).

Aussi, les lectures de Coran, les actes de générosité, les prières surérogatoires, la bonne gestion des sens, nous ont enseigné que le véritable jeûne est celui du corps vers le cœur : pour se purifier et se reformer de l’intérieur, afin d’être ramené à la première des lumières : la proximité divine sans laquelle, on n’a point de repères.

C’est pourquoi, les acquis engrangés au cours du Ramadan, ne doivent pas disparaître avec lui.

Bien au contraire, on doit les consolider et les fructifier, en vue d’être parmi les ‘’rapprochés’’ d’Allah.

Un hadice nous enseigne que « L’action que Dieu aime est celle qui perdure, même si elle n’est pas en quantité ».

Chers frères et sœurs,

La finalité du Ramadan pose des préoccupations de tous les temps : Comment cheminer sur la terre de Dieu, avec ses signes, au profit de l’humanité ? Comment développer une spiritualité citoyenne afin d’être un homme, une femme utile ?

Les cœurs et les âmes ayant constamment soif et faim de Dieu, seule la présence divine peut rassurer et combler.

Au cœur de cette quête, le Coran révélé dans ce mois, message sublime de transformation de l’individu et de la société, nous invite à construire une personnalité impactante pour nôtre environnement, d’où une présence citoyenne portée par la foi et la spiritualité ; et qui exige un engagement qualitatif au service des communautés humaines.

Le hadice nous enseigne que toute « la création humaine constitue la famille de Dieu et celui qu’Allah aime le plus est celui qui est utile à cette famille ».

« La prière n’est pas seulement se tourner vers le Très-Miséricordieux, l’adorer, s’incliner, ou se prosterner. Elle n’est pas une prière, si l’assistance envers les pauvres, les orphelins et les malades, est nulle », selon le Calife Ali Ibn Abu Talib (rha). Comment peux-tu te prosterner, demander la « miséricorde », quand elle ne vit pas en toi ?

Au regard du défi d’une présence citoyenne active et responsable, l’organisation des musulmans de notre pays doit toujours être une préoccupation pour tous, afin que nous soyons à la hauteur des espérances de notre patrie.

C’est pourquoi, le renouvellement des instances de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), du CERFI et de la CMBF, doit être porteur d’espoir pour les musulmans.

Cette fédération doit constituer le symbole vivant de l’unité des musulmans, tant désirée et gage d’une meilleure organisation de notre Ummah.

Sous la bannière de la Fédération, il apparait nécessaire, de prêcher un Islam des finalités et du vivre-ensemble, en conformité avec les enseignements fondamentaux des textes islamiques qui honorent l‘être humain et codifient les rapports avec tout notre entourage.

C’est également le lieu d’interpeller les populations musulmanes à une participation citoyenne de qualité, en étant présent partout où cela s’avère nécessaire et où l’on promeut le bien et l’intérêt général.

Tout ce qui concerne la vie du pays doit intéresser le musulman.

Notre foi induit une responsabilité vis-à-vis de Dieu, mais aussi des hommes, car notre identité musulmane (Coran 3 : 110) nous exhorte à un engagement citoyen. Au nom de Dieu et au service de ses créatures.

Nous devons mieux nous organiser pour nous impliquer davantage, dans tous les combats citoyens qui honorent et protègent l’espèce humaine.

Au delà des discours, nous sommes attendus sur des chantiers et des défis, entre autres, de la prise en charge des personnes vulnérables et des malades, l’offre sanitaire et éducative de qualité, l’éducation de la jeunesse, la dénonciation des antivaleurs et la mauvaise gouvernance, la lutte pour la justice, afin de contribuer au mieux-être des Burkinabé.

C’est cette spiritualité citoyenne qui fonde l’engagement de l’AEEMB et du CERFI, dans la formation spirituelle des musulmans et dans la maturation des projets à caractère socio-éducatif (écoles, centres de santé, centres culturels).

Ils sont nombreux, ceux, qui dans la discrétion, d’hier à aujourd’hui, par leurs apports multiformes, ont fait de ces structures, ce qu’elles sont aujourd’hui.

A tous et à toutes, Allah, l’exalté saura trouver la juste récompense ici et dans l’au-delà.

Le Coran rassure en ces termes, « Vous les croyants, si vous soutenez les œuvres divines, Allah vous soutiendra et raffermira vos pas » (Coran 47/7)

Ensemble, nous espérons poursuivre cette noble ambition, qui se renouvelle de génération en génération : offrir à notre nation, des hommes et des femmes de foi, qui parce qu’ils ont intégré le divin dans leur quotidien, se mettent au service des autres, grâce à une spiritualité responsable.

Le meilleur, sans nul doute est à venir, grâce à Allah et à votre présence et votre soutien.

A cet effet, nos structures espèrent toujours bénéficier de votre soutien pour ses ambitieux projets dans les différents domaines.

Chers frères et sœurs,

C’est ce souci d’une meilleure présence citoyenne, qui interpelle chacun d’entre nous sur la situation de notre pays.

Dans le contexte sécuritaire qui affecte notre pays (et la sous-région de façon générale) et la recrudescence du grand banditisme et des actes terroristes qui handicapent notre développement, il faut rendre un hommage mérité à tous ces hommes et femmes qui au prix de leurs vies, défendent la patrie et qui se battent quotidiennement, pour un Burkina Faso meilleur.

Autant les prières accompagnent nos Forces de Défense et de Sécurité, autant il faut davantage renforcer les mécanismes de prise en charge des familles éprouvées.

Nos cœurs sont meurtris, mais notre confiance en Allah reste intacte.

Ces situations présentent pour le Croyant, tout un signe : la fragilité et la vulnérabilité de la créature humaine face à l’épreuve.

Devant les épreuves difficiles, la tradition musulmane nous recommande le repentir sincère, la multiplication des œuvres de bienfaisance, surtout en faveur des nécessiteux, la justice sociale et les invocations.

La situation nous interpelle sur les impératifs de la sécurisation totale du territoire et le retour des nombreuses personnes déplacées internes (1,8 million de personnes selon le CONASUR, février 2022) dans leurs lieux de résidence.

Nos Gouvernants doivent développer des initiatives de réinsertion socio-professionnelle desdites personnes.

De même, il faut appeler tous les citoyens à participer à toutes les initiatives visant à nous permettre de sortir de ces vulnérabilités et encourager le vivre-ensemble.

Dans ce contexte, la construction de la paix et de la cohésion sociale, et le refus de la stigmatisation, sont plus que jamais indispensables.

Gouvernants et Gouvernés, tous doivent s’engager à créer un environnement apaisé et à cultiver un esprit de paix, gages de stabilité et de développement durable pour tous.

Dans ces moments difficiles que vit notre pays, il urge d’appeler à l’union sacrée.

Il faut se serrer les coudes, pour développer notre pays, préserver l’héritage de nos devanciers et préparer de meilleurs horizons pour nos progénitures.

Quand une nation est en danger, on tait les clivages, on couvre ses faiblesses devant l’ennemi et on se montre unis, pour être plus résilient.

Le Burkina Faso doit se nourrir d’ambitions à la hauteur des nobles et légitimes attentes des populations qui ne demandent qu’à vivre en paix, dans la stabilité et le progrès social et économique.

Notre pays a urgemment besoin de s’unir face aux adversités de toutes sortes et relever les innombrables défis, dans le sens d’un développement harmonieux, d’un partage équitable des richesses, et d’un climat pacifique et respectueux des Droits de tous les citoyens.

Nous appelons à un ‘’Pacte républicain’’ en conviant toutes les forces vives autour de l’arbre à palabre, dans la pure tradition de nos devanciers, et démarche dans laquelle, tous les acteurs devront chercher à privilégier l’intérêt de la nation.

Le Burkina Faso a besoin d’hommes et de femmes loyaux et compétents pour promouvoir le vivre-ensemble et un développement harmonieux et partagé.

C’est en cela qu’il faut saluer, les initiatives de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, à condition qu’elles n’ouvrent pas la porte à des règlements de compte. La règle doit être la même pour tous, si on doit sanctionner des écarts dans la gestion des biens publics et non sélective.

Et il appartient aux Gouvernants d’être attentifs aux défis liés à la souveraineté alimentaire, la réduction de la pauvreté, le chômage des jeunes, les conditions d’études de plus en plus dégradantes dans les universités, l’épineuse question foncière, la répartition équitable des fruits de la richesse nationale, le traitement équitable des confessions religieuses, le récurrent déficit énergétique, l’équipement optimale des formations sanitaires, l’amélioration du quotidien des populations des campagnes, la lutte contre la  corruption, l’encadrement des prix des produits de première nécessité, la préservation de la paix et la cohésion sociale, la protection des libertés publiques et le respect des différences.

En un mot, promouvoir une gouvernance politique, institutionnelle, administrative et économique de qualité, en vue de conduire notre pays vers des meilleures cimes.

Tout en saluant l’engagement de toutes ces femmes et ces hommes de tous horizons qui se battent quotidiennement pour que le Burkina Faso ait un meilleur destin, nous devrons nous convaincre que c’est moins dans les textes que dans le changement de mentalités et de comportements, que réside le progrès.

« Dieu ne change pas l’état d’un peuple, si ce peuple n’entreprend pas une démarche interne de réforme » (Coran 13/11)

La question de la cohésion sociale et de la réconciliation nationale reste un impératif, au regard des périodes sombres de l’histoire de notre pays, mais aussi des frustrations, des incompréhensions, des actes de haine, de rejet des autres, de discrimination et du délitement des relations intercommunautaires.

Quelque soit la formule qui sera choisie, tout en veillant à ne donner aucune prime à l’impunité et à l’injustice ; qu’elle puisse courageusement refléter notre aspiration commune à assumer, dans la sincérité, notre histoire, panser nos plaies, réparer les torts et surtout tracer des sillons pour que les générations futures ne vivent pas les mêmes drames et manquements.

Chers frères et sœurs,

Dans cette quête du bien-être, comment ne pas être solidaires de tous ces peuples, à la recherche de la paix et d’une stabilité durable ?  et dont le contexte sécuritaire qui affecte la sous-région handicape les efforts de développement.

Nos prières et invocations accompagnent toutes ces populations qui vivent dans l’insécurité, les crises sociales, l’injustice.

Ces mêmes élans de solidarité et de compassion sont pour le peuple palestinien qui vit toujours le martyr et l’injustice au quotidien, dans une indifférence sélective mondiale.

Que les initiatives de dialogue puissent reprendre et apporter réconfort et paix à cette partie du monde, berceau des plus importants itinéraires spirituels ; et que la paix et la justice règnent dans le monde entier.

Chers frères et sœurs,

En ce jour de souvenir et de gratitude, nous devrions avoir une pensée pieuse pour tous ceux qui sont éprouvés, autour de nous, et leur témoigner notre compassion et notre solidarité.

Dieu n’oublie personne et sa miséricorde est plus grande que toute chose : « Il s’est prescrit la miséricorde » et est à proximité : « Certes, Je suis proche. Je réponds à l’appel de qui m’appelle … » Coran 2/186.

« Je ne me soucie pas de savoir si Allah exaucera mes invocations ou non. Mon souci principal est : Allah va t’il toujours m’inspirer la volonté de l’invoquer ? Car du moment où Il m’inspire l’invocation, je sais pertinemment qu’il m’exaucera », disait
Umar Ibn Al- Khattab (ra).

« Habillons-nous des vêtements de la piété, ce sont les meilleures parures », dit le Coran et cultivons la bienfaisance permanente.

’Sois bon comme Dieu l’a été à ton égard’’, proclame le livre sacré. (28/77)

Chaque jour qui passe est une partie de notre vie qui s’en va, multiplions alors nos bonnes œuvres et engageons-nous tous, à gravir des marches, par la pratique d’exercices spirituels, qui nous conduira à une plus grande proximité avec Dieu.

L’Islam est une voie qui nous fixe un sens des finalités et nous guide vers un horizon de valeurs. C’est un message sublime dans sa profondeur et dans sa capacité à transformer l’individu et la société, par la saine compréhension et la bonne pratique des préceptes. La vraie foi est une lumière, une miséricorde, une grâce pour le genre humain.

Chers frères et sœurs, le temps et ses déchirures nous prennent souvent une partie de nous-mêmes et seul un cœur présent avec Dieu, peut échapper à l’oubli.

N’oublions justement pas, en ce jour de fête, de rependre la joie et la miséricorde autour de nous par le partage de la nourriture avec les personnes déplacées internes, les voisins et les amis ; tout en évitant les excès, le gaspillage et l’illicite.

Dieu nous invite à avoir un lien permanent avec lui : ‘’Ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Dieu et Dieu fît en sorte qu’ils s’oublièrent eux-mêmes’’.  (Coran 59/19) et à faire vivre le cœur : ‘’Ô vous les croyants, répondez à l’appel de Dieu et de son messager quand ils vous appellent à ce qui fait revivre vos cœurs’’ (Coran 8/24 ).

La Ramadan achevé, se dresse devant nous le 5ème pilier qu’est le pèlerinage aux lieux saints, dans les mois à venir.

Pour justement contribuer à offrir un encadrement de qualité aux pèlerins burkinabé, le CERFI et l’AEEMB viennent de créer une agence, « Excellence Voyage », dont les portes vous sont ouvertes.

Puissent les jours, les mois et années à venir, nous offrir une gradation dans l’échelle du rapprochement avec Allah !

Puissent les jours bénis du Seigneur de la création, apporter à nos familles, nos pays et au monde entier, la paix et la sérénité !

Qu’ils nous procurent la joie d’être parmi les bien-aimés de Dieu, aujourd’hui et demain !

Qu’Allah nous guide, nous protège et nous comble de Son infinie miséricorde !

Qu’Allah bénisse le Burkina Faso et y fasse régner la paix, la gouvernance vertueuse, la justice sociale, le vivre-ensemble et une prospérité partagée !

Bonne fête de Ramadan à toutes et à tous !

Imam Tiégo TIEMTORE

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