Tribune | « Vie chère : La menace qui vient du chemin de fer »

Ceci est une tribune de Josué Bonkoungou, analyste économistes sur l’actualité ferroviaire au Burkina Faso.

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Alors que l’inflation est croissante au Burkina, la grève jugée « illégale » initiée par la CGT-B rail menace l’approvisionnement du pays en carburant et en produits essentiels.

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La vie chère est une réalité sur les marchés du Burkina Faso, dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine et la crise économique mondiale qui se profile. Des voix s’élèvent de plus en plus pour dénoncer cette flambée des prix des biens de consommation courante. Ce 27 octobre 2022, la Ligue des Consommateurs du Burkina (LCB) a organisé une conférence de presse pour dénoncer cette situation.

Selon Dasmané TRAORE, président de la Ligue des Consommateurs du Burkina (LCB) : « De Mai à Août 2022, les prix des hydrocarbures ont connu une double hausse, soit au total de 130f pour le gasoil et de 135 f pour l’essence à la pompe. Il n’est un secret pour personne que cette flambée des prix de l’essence et du gasoil a des effets d’entrainement sur les prix des produits de façon générale », a-t-il déclaré.

C’est dans ce contexte critique pour les populations que se déroule depuis le 25 octobre 2022, une grève d’une partie du personnel burkinabè de Sitarail. Cette grève surprise qui n’aurait respecté aucun des préalables de négociation prévus par la loi et donc jugée illégale par la Direction générale du travail du Burkina Faso et la Direction de Sitarail, bloque depuis plus de 48 heures tous les trains qui approvisionnent le pays, depuis la Côte d’Ivoire, le principal corridor d’échanges commerciaux et communautaires du Burkina Faso.

« Nous voulons travailler pour faire approvisionner notre pays en produits essentiels, mais certains de nos collègues nous menacent, posent des actes de sabotage sur la voie avec le concours des personnes extérieures au chemin de fer et nous empêchent de faire notre job », indique un collaborateur rencontré à la gare de Ouagadougou et qui s’est désolidarisé du mouvement de grève. Ce à quoi Thomas Kiendrebeogo, secrétaire général du syndicat CGTB la CGT-BF Rail répond que « La Direction n’a pas donné le sentiment de vouloir dialoguer au cours de la tentative de conciliation qui a eu lieu le 24 octobre. Nous voulons nous faire entendre. »

Une position qu’Antoinette Sorgho Secrétaire générale de Sitarail contredit. « Le 10 octobre 2022, la direction générale a invité le syndicat à respecter les procédures définies par la réglementation et à privilégier les voies du dialogue. Et depuis janvier 2022, la direction générale a rencontré à quatre reprises toutes les organisations syndicales avec des avancées significatives déjà concédées en 2022 pourtant dans un contexte de grandes difficultés notamment post pandémique pour la Sitarail », indique Antoinette Sorgho.

Une situation qui ne rassure pas au regard des blocages des trains qui ne circulent plus et impacte directement les approvisionnements du Burkina. Selon plusieurs experts, si cette grève perdure, elle risque d’entrainer à court terme, une inflation aigue au Burkina Faso. Car en effet, le chemin de fer assure, à des tarifs compétitifs, environ 50 % du trafic de conteneurs à destination du Burkina Faso et transporte ainsi plusieurs produits de grande consommation, comme la farine, l’huile végétale, le sucre, le sel, etc.

En outre, plus de 30% des besoins annuels du Burkina Faso en hydrocarbures (1.100.000 tonnes) sont convoyés par voie ferrée, depuis Abidjan et plusieurs dizaines de sociétés industrielles du pays des hommes intègres fonctionnent, grâce au rail. C’est donc tout le système d’approvisionnement du Burkina Faso, en produits de première nécessité qui se trouve ainsi menacé, par la grève en cours chez Sitarail.

Cette grève s’ajoute à la menace de suspension de l’approvisionnement en carburant révélée hier par Africa Intelligence. Le journal fait savoir en effet que la Sonabhy aurait des difficultés à payer ses factures aux traders en raison d’une dette de 600 millions d’euros (près de 400 milliards de FCFA) due par le ministère du budget à la Sonabhy.

Face à cette situation déjà difficile pour les consommateurs et les entreprises au Burkina Faso, la grève menée par les employés de Sitarail vient mettre de l’huile sur le feu, et risque d’asphyxier davantage des citoyens déjà à bout de souffle, du fait du terrorisme, de l’instabilité politique et de la crise économique. Les autorités de Burkina Faso gagneraient donc à se prémunir d’une paralysie des circuits d’approvisionnement du pays, afin de sauver le panier de la ménagère et apporter plus de sérénité au sein de la population.

Josué Bonkoungou

Analyste Economique

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