Fonds minier : Le CDVC-Houndé, un rempart contre la mauvaise gestion et la corruption
Au Burkina Faso, le Fonds minier de développement local (FMDL) finance des projets prioritaires comme la santé et l’éducation. Depuis 2019, la commune de Houndé a reçu plus de 7 milliards de FCFA à ce titre. Pour garantir le bon usage de ces ressources, le Comité de dialogue et de veille citoyenne (CDVC) assure un contrôle rigoureux des chantiers. En favorisant le dialogue entre citoyens, élus et entreprises, cette structure s’impose comme une sentinelle pour la transparence et la gestion efficace des fonds publics.
Vendredi 20 décembre 2024. Il est 11heures 10 minutes, entre le village de Kari et Bombi. Situés dans la province du Tuy dans la région des Hauts-Bassins, les villages de Bombi et Kari relèvent du ressort territorial de la commune de Houndé. L’accès à ces deux localités, nichées dans le grand ouest du Burkina Faso, se fait par le biais de routes sinueuses à travers un dédale de collines, offrant des panoramas époustouflants et par endroit vertigineux.
En train de fendre une piste rurale négociée dans cet espace hostile à la vitesse, nous tombons sur un groupe d’écoliers. En panne d’énergie, c’est à pied qu’ils poussent leurs engins pour gravir une colline. Les pieds couverts de poussière, la bande avance à pas mesurés, sous un soleil éclatant.
Sur l’autre versant de la monticule, Lohoua Isabelle, une élève de 5ème, et une camarade ont déjà franchi la partie la plus difficile du chemin. Elles glissent maintenant sur leur monture, aspirées par l’inclinaison. Ces élèves viennent du lycée de Kari. Bombi, leur village, les attend à l’horizon.
Comme d’habitude, ils y retournent après une matinée studieuse. Lohoua Isabelle, qui habite à plus de 10 kilomètres, a le trajet le plus long parmi les élèves rencontrés, certains ne parcourant que 5 kilomètres.

Les dernières élévations qui jouxtent les concessions offrent une vue panoramique du village. Sur place, un interlocuteur nous attend. Les habitants de ce village perché, isolé par les montagnes, ont parfois du mal à capter le réseau téléphonique. Mais la chance fut des nôtres quand nous tentons de joindre notre hôte après quelques essais.
Nous le retrouvons au lieu convenu, extrémité nord du village. Nous sommes à 20 kilomètres de Houndé. Les civilités terminées, il nous entraîne sur un chantier. Un espace dominé par des herbes est censé accueillir les bâtiments du Collège d’Enseignement Général (CEG) de Bombi.
Un champ de hautes herbes sèches s’étend à la place. Tout autour règne un calme plat. Notre hôte nous informe que les travaux, démarrés fin novembre 2021 pour un coût prévisionnel de 32 000 000 FCFA, ont été interrompus en janvier 2022.

Les populations qui avaient applaudi l’ouverture prochaine d’un collègue d’enseignement général grâce au Fonds minier de Développement local ont commencé à perdre espoir. Après la fondation, aucun parpaing n’a été placé sur l’autre.
Doubado Bahan, notre guide, connait quelques éléments du fond de ce dossier qui attriste plus d’un à Bombi, son village natal. « L’ingénieur a disparu et n’est plus revenu », lâche-t-il. Les raisons de son départ précipité lui sont jusque-là inconnues cependant.
« On se pose la question si ce sont les autorités qui ont refusé de payer l’entrepreneur. Mais on s’est concerté pour aller vers les autorités, eux-mêmes ne savaient pas que l’entrepreneur a abandonné. Après on n’a pas eu de retour », marmotte-t-il.

Doubado Bahan éprouve une profonde tristesse à l’idée que ses frères et sœurs poursuivent leurs études loin du foyer familial. De son avis, un collège est indispensable pour garantir le bien-être et la réussite de ses frères.
Le chemin des collines que nous avons emprunté traverse Kari, avec une légère courbe, en face de l’école primaire publique Kari A. Toujours sous la conduite de notre guide, nous voici à l’école primaire A de Kari-Lonkuy construite en 1975. Là aussi, les restes d’un édifice scolaire se fondent dans la nature.

L’ambiance est calme et isolée. On ressent de la tristesse à cause du bâtiment abandonné. Entouré du personnel administratif et enseignants, les commentaires fusent de partout. « C’est un gaspillage. Les briques étaient mal confectionnées au départ ».
C’est suite à l’appel d’offre lancé par la mairie de Houndé pour la construction d’un bâtiment de trois classes, d’un bureau, d’un magasin et des latrines à l’école primaire de Kari Lonkuy, au deuxième semestre de l’année 2021, pour un délai d’exécution de trois mois, que tout a commencé.
« En 2021, le jour de la pose de la première pierre, nous étions très contents. Mais notre surprise fut grande après, car le chantier a été abandonné », se rappelle Sanou Tolo Georges, instituteur à l’école primaire publique Kari A.
L’entrepreneur a voulu continuer les travaux malgré les problèmes du bâtiment. Les réparations sont visibles. Cependant, les habitants ont refusé les travaux, ce qui a forcé l’entrepreneur à arrêter le chantier. À côté, un autre bâtiment est à moitié détruit. Des murs sont tombés et il y a des débris par terre. Les murs restants sont fissurés et la structure n’est pas solide. Pourtant, des élèves de CP2 et de CE1 étudient encore dans ce bâtiment.
L’ambiance est très triste quand l’enseignant parle des problèmes dans les classes. « De fois, quand tu rentres dans les salles, à partir du mois de mai, les salles de CP2, CE1, quand un petit vent souffle il faut qu’on sorte sinon on ne peut pas faire cours », raconte-t-il.

Grâce à l’engagement des acteurs de la veille citoyenne, la construction de trois nouvelles salles a été engagée. Les travaux du chantier touchent à leur fin, pour le plus grand plaisir des acteurs. L’école de Kari A célèbre bientôt ses cinquante ans.
Mais l’absence d’eau, de toilettes, de clôture et de cuisine, jette une ombre sur ce jubilé d’or. Après les constats de ces deux chantiers, nous prenons congé de Doubado Bahan, notre guide.

Le soleil brille pendant que nous changeons de direction. À midi, nous arrivons à Dankari, à plus de 20 kilomètres de Houndé. Nous traversons des champs de coton pour atteindre un site. De dos, le bâtiment semble solide et en bon état. Mais de face, l’apparence est différente : des blocs de béton tombent de la structure.
Les situations se ressemblent et les explications sont les mêmes. Le projet du CEG de Dankari coûte 32 050 000 FCFA. Il a commencé en 2021, mais il n’est toujours pas fini. La population est découragée. L’entrepreneur est parti depuis plusieurs années. Kakuy Abdoulaye ne comprend pas cette situation. Il voulait que les élèves utilisent l’école pour la rentrée 2023-2024, mais c’est impossible.

« L’entrepreneur chargé des travaux ne travaillait pas correctement. À chaque visite, il ne disait pas la vérité. Finalement, il a arrêté le chantier et a disparu. Les habitants ont contacté les autorités. Le Président de la Délégation Spéciale (PDS) a expliqué qu’ils allaient étudier la situation.
L’idée est de rembourser les dépenses déjà faites par l’entrepreneur pour récupérer le chantier et confier les travaux à une autre personne», souligne-t-il.
Un engagement à garantir la transparence et la redevabilité
Face à ces échecs, des citoyens comme Doubado Bahan et Abdoulaye Kakuy agissent au sein du Comité de Dialogue et de Veille Citoyenne (CDVC). Ils surveillent l’utilisation du Fonds Minier de Développement Local (FMDL), créé en 2015 pour financer des projet de santé et l’éducation.
Toutes les régions et les communes reçoivent cet argent. Cependant, le calcul du montant dépend de la présence ou non d’une mine dans la région et dans la commune.

Ainsi, la commune de Houndé, dans la région des Hauts-Bassins, qui abrite la deuxième plus grande société minière du Burkina Faso, Houndé Gold Operation SA (HGO), une filiale de l’entreprise canadienne Endeavour Mining SA, inaugurée en 2017, a pu récolter depuis 2019, la somme globale de 7 934 542 276 FCFA.
Ce fonds est destiné au financement des projets inscrits dans les Plans communaux de développement (PCD) et qui concernent la santé, l’éducation, l’eau et l’assainissement.
Si ces communes doivent le financement de leurs infrastructures grâce au FMDL, le choix des projets et le contrôle de la qualité des ouvrages reviennent aux Comités de dialogue et de Veille citoyenne (CDVC), qui ont été mis en place, le 19 avril 2019 pour veiller à la bonne utilisation des finances publiques.
Le CDVC de Houndé se compose de 10 regroupements de la société civile : coordination des corps socioprofessionnels(CCJ) ; Provinciale des Femmes du Tuy ; Organisation Démocratique de la Jeunesse (ODJ), Association pour la Promotion des Jeunes Filles ; Antenne Social Alert Burkina (ASAB) ; Mouvement Burkinabè des droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP) ;
Coalition des Fermiers de Houndé ; la Société Coopérative Simplifié de la Commercialisation des Céréales NABONSWENDE ; Personne Affectée par le Projet (PAP HGO) ; le Conseil Communal des Jeunes Coutumiers. Mais la structure a été réorganisée pour prendre en compte 5 autres structures.
Dans le cadre de la mise en œuvre du projet « Pour un programme de renforcement de la participation citoyenne et la recevabilité dans la gestion des finances publiques », Oxfam Burkina, en collaboration avec ses partenaires que sont CERA/FP, ORCADE et RECIBOG, a voulu s’assurer de la gestion efficace du FMDL dans les communes bénéficiaires.
Ce projet, financé par la Fondation HEWLETT, participe au renforcement du dialogue et à la veille citoyenne et a procédé à la mise en place de CDVC dans 3 communes du Burkina Faso comme Houndé (Hauts-Bassins), Soaw (Centre-Ouest) et Dédougou (Boucle du Mouhoun).
Éviter le piège de la malédiction des ressources
À Houndé, le CDVC veille toujours au grain, même après la réalisation des infrastructures. Kari, Bombi et Dankari, des infrastructures dont la construction est lancée depuis 2021 ne sont pas effectives. Les causes de ce retard varient d’un interlocuteur à un autre, certes, mais le Comité reste focus sur son objectif.
Afin de renforcer la transparence et la redevabilité, le CDVC a mis en place des dispositifs de suivi citoyen dans chaque village, permettant aux populations de vérifier si les politiques publiques sont mises en œuvre comme prévu.

« Actuellement, notre commune reçoit de l’argent du fonds minier. Cet argent sert à financer des projets pour la santé, l’éducation, l’eau et l’assainissement. Il est important que la population surveille ces projets pour vérifier que les travaux sont bien faits», note Adama Traoré, président du CDVC Houndé.
Le comité de veille citoyenne est devenu très important dans la commune. Même si la mairie a commencé les premiers contrôles, le CDVC a réussi à mobiliser les habitants pour surveiller les projets. Grâce aux réseaux sociaux, le comité aide les citoyens et les autorités à discuter ensemble.
Bien qu’écarté au début, le CDVC dénonce aujourd’hui la corruption et la mauvaise qualité de certains travaux. Grâce à ses sorties terrain ainsi qu’aux réseaux sociaux, le comité mobilise la population pour s’assurer que l’argent des mines serve réellement à construire des infrastructures solides pour la commune.
L’exemple des trois salles de classe de l’école Kari A, qui a fait grand bruit, illustre parfaitement la situation. « Nous avons appelé 15 médias en caravane de presse pour aller voir ça. On a dû faire un plaidoyer et le contrat a été résilié et ça a été repris au bénéfice de la population. Pace que si la construction continuait, ça allait s’écrouler sur les enfants », a expliqué M. Traoré qui met cette victoire aussi à l’actif des populations qui ont accompagné cette lutte.
Des bénéfices à la commune de Houndé
Malgré les difficultés, la commune de Houndé a réalisé des progrès grâce au FMDL. Le CDVC et ses antennes locales surveillent de près chaque chantier, comme celui de la gare, pour limiter les erreurs et améliorer la qualité des constructions. Le comité lutte aussi activement contre la corruption. Par exemple, lors de la construction du mur de l’école A de Houndé, leur intervention a conduit à l’emprisonnement de trois personnes à Boromo.
Plusieurs projets restent cependant en souffrance. Les chantiers des écoles de Pont-Nonré, Bombi, Dankari ou encore Wioho sont aujourd’hui à l’arrêt. Ces bâtiments inachevés sont les témoins d’un échec. Malgré tout, le CDVC continue de chercher des solutions pour relancer ces travaux.

La gare de Houndé en construction
Les déplacements massifs de populations créent un déséquilibre pour les infrastructures déjà construites. De plus, le manque de moyens et l’insécurité limitent le travail du CDVC. Le comité a donc plus de mal à surveiller la gestion de l’argent public. Autre difficulté : le CDVC de Houndé n’a toujours pas de local pour son siège.
Pourtant, les relations avec les autorités locales se sont beaucoup améliorées avec la Transition. Aujourd’hui, le CDVC est devenu un partenaire important pour le développement de la commune. Adama Traoré salue d’ailleurs la volonté de la délégation spéciale d’associer la société civile et les chefs coutumiers et religieux à la création des projets financés par le fonds minier.

Pour mieux comprendre le problème, nous avons rencontré le Président de la Délégation Spéciale (PDS) de la commune de Houndé, Souleymane Dianda. L’administrateur civil explique que les retards sont souvent causés par des entreprises inefficaces et par les lenteurs de l’administration. Selon lui, les disputes politiques de 2021 ont aussi bloqué le travail administratif, ce qui a empêché l’avancement des projets.
« À cause de la situation, certaines entreprises qui avaient des contrats étaient méfiantes. Plusieurs ont abandonné leurs chantiers, même ceux qui étaient bien avancés, car elles craignaient de ne pas être payées. Il y a aussi des marchés lancés en 2021 qui avaient été attribués sans signature de contrat.
À notre arrivée en 2022, nous les avons relancés. Nous avons signé les contrats, mais certaines entreprises ont encore des difficultés. Nous les avons relancées sans succès. La solution est alors d’envoyer des mises en demeure ; c’est ce qui a été fait. S’il n’y a pas de réaction, nous procédons à la résiliation », explique l’administrateur civil.

La municipalité s’engage maintenant à trouver des solutions pour terminer les travaux rapidement. Souleymane Dianda affirme qu’il entretient de bonnes relations avec le comité de veille citoyenne et il apprécie leur travail. De son côté, le CDVC insiste sur l’importance de construire des bâtiments solides pour éviter les accidents liés à la mauvaise qualité des travaux.
Par exemple, à l’école de Dankari, une partie d’un bâtiment s’est effondrée et a tué un élève. Un autre drame a eu lieu le 31 août 2021 à l’université Norbert Zongo de Koudougou : l’effondrement d’une dalle en construction a causé la mort de quatre personnes.
En somme, selon Adama Traoré, l’utilisation du fonds minier a permis à la commune de Houndé de réaliser des avancées significatives dans les secteurs de l’éducation et de la santé, en comblant une partie du déficit d’infrastructures.
Pour les acteurs locaux, ces progrès démontrent qu’une gestion transparente du fonds est un levier essentiel pour renforcer la confiance entre les citoyens et l’administration, tout en constituant un rempart efficace contre la corruption.
L’installation de la mine a engendré une situation de tension persistante avec les mineurs artisanaux, marquée par des violences récurrentes qui inquiètent !

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