Etude : La construction du réel et nouvelle-faits divers

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Ceci est une étude intitulée « La construction du réel et nouvelle-faits divers », réalisée par DRABO Amba Victorine, Chargé de recherches, Institut des sciences des sociétés (INSS), Centre national de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST) Burkina-Faso, [email protected].

Titre : La construction du réel et nouvelle-faits divers

Résumé : Ce travail est une réflexion tirée d’un article scientifique portant sur la construction du réel dans la nouvelle faits-divers. Il indique comment cette nouvelle construit le réel étant donné que la nouvelle littéraire est le genre le plus proche du réel. Cette construction étant basée sur des procédés détournés, de fausses allusions, de non-dits, de versions et autres diversions, tous susceptibles de recréer une réalité diégétique.

  • Introduction

La construction de la réalité est un cheminement complexe qui implique la création d’une représentation de la réalité à travers divers moyens, tels que le langage, les images, les médias, les expériences personnelles, mais aussi la littérature (Danon-Boileau, 1990). Et justement, la nouvelle entendue ici comme un genre littéraire qui s’inspire souvent des faits divers, concourt à la construction de cette réalité. Précisément, la nouvelle – fait divers en tant qu’interprétation et problématisation de la réalité, est destinée aux individus à l’effet de façonner leur perception et donc leur représentation de la réalité. Ceci conduit à questionner le déploiement du réel dans le récit de la nouvelle faits divers. Cette interrogation porte sur la sélection, la représentation et l’intégration des éléments de la réalité, afin de créer une narration cohérente et engageante qui permet au lecteur de se connecter à une histoire.

Elle vise donc à montrer comment la nouvelle – faits divers se nourrit de la réalité au travers de ses aspects sémantique (sens), scriptural (écriture) et narratif (récit). D’autre part, il sera question au miroir de la théorie des actes de langage de John Searle, d’appréhender le fait divers sous les éléments de régime de déclaration, l’intentionnalité des acteurs et en outre, de cerner la pertinence ou le but de la communication. Enfin, le fait divers divers – – nouvelle étant une résultante des rapports intersubjectifs, invite à scruter sa portée philosophique. Précisément parce qu’elle met aux prises des antipodes entre la perception de la réalité vs la véracité du fait, les convictions des acteurs, le fait divers en lui par rapport aux limites de la connaissance humaine.

  • Méthodologie

Mener une réflexion sur la présente thématique est très intéressante d’un point de vue heuristique. En effet, réfléchir sur la construction du réel dans la nouvelle – faits divers, consiste à passer en revue des normes qui structurent la dynamique sociale. Le cadre théorique propice à cette étude est celui de la théorie des actes de langage de John Searle. C’est une théorie qui explore la nature du langage et de la communication. Elle met en évidence l’importance de comprendre les actes de langage et les conditions de félicité pour une communication efficace.

  • Résultats

À l’issue de cette analyse, nous présentons les résultats en trois points.

3.1- La thématique

La thématique dans la nouvelle fait référence aux idées, aux concepts et aux messages qui sont explorés et développés à travers l’histoire. Les thèmes sont importants car ils donnent de la profondeur et du sens. Ils permettent à l’histoire de résonner avec le lecteur à un niveau plus profond et peuvent rendre l’histoire plus mémorable. Les thèmes peuvent également aider à relier différents éléments de l’histoire, comme les personnages, l’intrigue et le décor. Justement : « Dans la structuration de la composante discursive, le pôle thématique s’articule au pôle figuratif, en rapport avec les deux fonctions constitutives du discours : la fonction descriptive ou représentative (le discours figure, parle du monde), et la fonction prédicative ou interprétative (le discours catégorise, classe). Les deux pôles sont corrélatifs : le même élément discursif peut jouer le rôle de figure par rapport à un autre et de thème par rapport à un troisième » (Greimas et al., 1993 : 237).

3.2-  La toponymie

La toponymie dans la nouvelle fait référence à l’utilisation de noms de lieux, de régions, de villes, de pays, etc. pour créer un contexte géographique et culturel spécifique. C’est ce que Grojnowski appelle le « référentiel » (2000 : 79). La toponymie permet de créer un contexte géographique précis, qui peut influencer l’intrigue, les personnages et l’atmosphère de l’histoire. Les noms de lieux mobilisés dans une nouvelle/fait divers peuvent avoir un ancrage culturel fort sous les aspects d’éléments spécifiques tels que les traditions, les coutumes, des langues, etc.

Ces toponymes peuvent être frappés d’une bonne dose de symbolisme (les noms de lieux peuvent avoir une signification symbolique, qui peut être liée à l’intrigue, aux personnages ou aux thèmes de l’histoire), ou encore métaphorique (ces toponymes peuvent également être utilisés comme métaphores pour décrire des états d’esprit, des émotions ou des expériences). C’est dans ce sillage que Christiane Lahaie (2009: page):

« Nul ne peut nier qu’en dehors du réel et de la matérialité, le lieu fait l’objet d’une appropriation qui se rapporte à l’art et à l’imaginaire. Les lieux mis en scène par la littérature, qu’ils soient urbains ou ruraux, architecturaux ou naturels, cadastrés ou dignes de toutes les théories du chaos, répondent dans leur lisibilité à des critères davantage poétiques que géographiques ».

3.3- Les personnages et leur identité

Le profil des personnages dans la nouvelle fait divers est un élément essentiel qui concourt à l’élaboration du récit et du message. Les personnages dans une nouvelle faits divers sont souvent caractérisés de manière réaliste, avec des traits de personnalité, des motivations et des émotions qui les rendent crédibles et authentiques. De plus, les personnages sont peu nombreux et sont moins développés que dans le roman.

D’un autre côté, les personnages peuvent être diversifiés en termes d’âge, de sexe, de culture, de profession, etc., ce qui ajoute de la richesse et de la complexité à l’histoire. Le profil desdits personnages peut être ancré dans leur expérience personnelle, à travers leurs valeurs et leurs croyances, mais aussi dans une identité collective, par le biais de leur appartenance à un groupe social, culturel ou professionnel.

Ces deux catégories visent à particulariser les personnages et donc à contextualiser leurs actions et leurs décisions. Les personnages dans une nouvelle fait divers peuvent être dotés d’une psychologie réaliste, avec des pensées, des émotions et des motivations qui sont cohérentes avec leur personnalité et leur expérience.

Les personnages peuvent également présenter une complexité psychologique, avec des contradictions et des nuances qui les rendent plus intéressants et plus crédibles. Les personnages peuvent créer une connexion émotionnelle avec le lecteur, en partageant des expériences et des émotions qui sont universelles et reconnaissables

Conclusion

La présente étude a porté sur la manière dont l’auteur représente la réalité dans une nouvelle-faits divers. Pour ce faire, nous avons recouru à la théorie des actes de langage de John Searle. Le premier enjeu de notre exposé était de dégager la particularité d’une nouvelle-faits divers. Il en ressort qu’une nouvelle de façon conventionnelle, est une œuvre moins dense qu’un roman, centrée sur une seule intrigue, avec peu de personnages. La mise en relation des éléments du fait divers, de l’actualité s’étend à une mise en relation des termes de plusieurs éléments de la réalité (thématiques, toponymes, personnages) ou à une structure dans laquelle le réel est réinvité

  • Références bibliographiques

BARTHES Roland, 2002. « Structure du fait divers », Œuvres complètes, t. II, 1962-1967, Seuil, Paris, pp. 442-451.

BRUNER Jérôme Seymour, 1999. Car la culture donne forme à l’esprit, De la révolution cognitive à la psychologie culturelle, Eshel, Paris.

DANON-BOILEAU Laurent, 1990. « La construction de la représentation du réel dans les premiers mots de l’enfant », Cahiers de praxématique, 1990/15, pp. 111-119.

DAUNAIS Isabelle, 2025. « Le personnage et ses qualités », Études françaises, Vol. 41, n°1, pp. 9-25

DRABO Amba Victorine, 2025. « La construction du réel et nouvelle faits divers », in Revue EVALU’A Experts et Evaluateurs d’Afrique Vol 2 n° 6 Octobre 2025, ISSN Print : 3008-1319, ISSN Online : 3008-1327, ISSN Digital : 3008-1335 n°6

GODENNE René, 1976. La Nouvelle française, Edition PUF, Paris.

GOIN Emilie, 2013. « Narrateur, personnage et lecteur. Pragmatique des subjectivèmes relationnels, des points de vue énonciatifs et de leur dialogisme », Cahiers de Narratologie, consulté le 06 juillet 2025. http://journals.openedition.org/narratologie/6797

GOYET Florence, 1993. La Nouvelle 1870-1925, Description d’un genre à son apogée, Presses universitaires de France, Paris.

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