Procès Yaké Camille Yé et co-prévenus : Vifs débats sur la compétence du tribunal

Le procès de Yaké Camille Yé et de ses sept co-prevenus a repris ce lundi 23 février 2026 au Pôle économique et financier du tribunal de grande instance de Ouaga 1. Ce dossier s’inscrit dans l’affaire dite Amidou Tiegnan, relative à un détournement présumé de plus de trois milliards de francs CFA au sein du ministère de l’Action humanitaire.
Parmi les prévenus figure l’ancienne ministre Laure Zongo/Hien, poursuivie aux côtés de plusieurs agents du ministère. Ils sont mis en examen pour détournement de deniers publics, complicité de détournement, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux.
Selon l’acte d’accusation, les faits reprochés portent sur la gestion du compte intitulé « Renforcement Prot-SOC/MASSN », destiné à l’achat de vivres au profit des personnes déplacées internes.
Il est reproché aux prévenus d’avoir utilisé ces fonds « tout en sachant qu’ils allaient être partagés entre des agents du ministère à des fins personnelles ».
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La matinée a été consacrée à la lecture, par le juge, des faits reprochés ainsi que des procès-verbaux issus des auditions. À l’issue de cette phase, chacun des prévenus a affirmé avoir compris l’ensemble des charges retenues contre lui. La parole a ensuite été donnée aux avocats de la partie civile pour d’éventuelles questions.
L’audience a surtout été marquée par un débat de fond sur la compétence du tribunal. Les avocats de l’ancienne ministre Laure Zongo/Hien ont soulevé une exception d’incompétence, estimant que les faits reprochés, commis à l’occasion ou dans l’exercice de fonctions ministérielles, relèveraient du privilège de juridiction. Ils ont ainsi soutenu que seule la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Ouagadougou serait compétente pour juger leur cliente.
L’Agent judiciaire de l’État a, pour sa part, a rejeté cet argumentaire. Il a rappelé que Laure Zongo/Hien n’occupait plus de fonctions ministérielles au moment de la révision constitutionnelle intervenue entre 2024 et 2025, ni lors de l’adoption du nouveau Code de procédure pénale en juin 2025. Selon lui, la loi n’étant pas rétroactive, les nouvelles dispositions ne sauraient s’appliquer à des faits antérieurs.
Le ministère public a également estimé que l’exception d’incompétence relevait de l’appréciation souveraine du tribunal correctionnel. Le procureur s’est appuyé sur la jurisprudence issue de l’affaire Vincent Dabilgou, rappelant la position du Conseil constitutionnel selon laquelle certains faits peuvent être détachés des fonctions ministérielles.
Soumane Wahab KARAMBIRI et Daouda ZONGO (stagiaires)
Burkina 24




