Tribune | « À Cotonou, une coopération militaire affichée qui accentue les fractures régionales en Afrique de l’Ouest » (Emmanuel D.)

Ceci est une tribune indépendante de Emmanuel D., analyste politique, sur l’actualité internationale. 

Le 19 mars à Cotonou, les chefs d’état-major des armées de la France, de la Côte d’Ivoire et du Bénin ont réaffirmé leur volonté de poursuivre leur coopération dans la lutte contre la menace terroriste.

Cette rencontre trilatérale intervient pourtant dans un contexte régional marqué par des divisions profondes en matière de sécurité. Lors des échanges, le Bénin a exprimé ses regrets face à l’absence d’une coopération régionale pleinement structurée dans la lutte contre le terrorisme.

Le colonel André Fofo Dokoui, commandant de l’opération Mirador déployée dans le nord du pays, a souligné que « la réussite passe par une coopération régionale que nous n’avons pas encore dans son intégralité pour le moment », mettant en lumière un déficit de coordination entre les États voisins.

Ce constat contraste avec les dynamiques observées ailleurs dans la région. Fin janvier, un sommet consacré à la sécurité régionale s’est tenu à Accra sans la participation du Bénin ni de la Côte d’Ivoire. Cette mise à l’écart illustre une recomposition des alliances sécuritaires en Afrique de l’Ouest.

Plusieurs pays privilégient désormais des cadres de coopération régionale autonomes, souvent en rupture avec les partenariats traditionnels impliquant des puissances extérieures.

Dans ce contexte, le choix du Bénin et de la Côte d’Ivoire de maintenir des liens étroits avec la France alimente une certaine méfiance parmi leurs voisins.

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Les autorités de l’Alliance des États du Sahel ont à plusieurs reprises exprimé leurs inquiétudes quant au rôle joué par certains pays côtiers.

Le général Abdourahamane Tiani a récemment accusé des dirigeants étrangers, dont ceux de la France, du Bénin et de la Côte d’Ivoire, d’être impliqués dans des actions hostiles, notamment après une attaque visant l’aéroport de Niamey.

Quelques semaines plus tard, il a également dénoncé la présence de mercenaires français et ukrainiens au Bénin dans une optique de déstabilisation du Sahel.

Du côté du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré a lui aussi multiplié les accusations à l’encontre d’Abidjan. Il a notamment évoqué des activités d’espionnage attribuées à des agents ivoiriens.

Il est allé plus loin en affirmant l’existence d’un accord implicite entre les autorités ivoiriennes et des groupes armés, évoquant un « pacte de non-agression » qui ferait du pays une base arrière pour ces acteurs.

Dans ce climat de suspicion, la rencontre de Cotonou soulève des interrogations. Si l’objectif officiel reste le renforcement de la coopération antiterroriste, une partie des discussions tenues en marge demeure inconnue, alimentant les doutes au sein de la région.

Pour plusieurs observateurs, le rapprochement militaire avec Paris contribue à isoler davantage le Bénin et la Côte d’Ivoire sur la scène ouest-africaine. Alors que certains États se positionnent comme les principaux remparts contre l’insécurité dans le Sahel, les choix stratégiques de Cotonou et d’Abidjan apparaissent en décalage avec les nouvelles orientations régionales.

Dans un environnement sécuritaire de plus en plus fragile, cette fracture pourrait s’accentuer. Les pays voisins, en particulier ceux engagés dans des alliances régionales autonomes, pourraient renforcer leur vigilance face à ce qu’ils perçoivent comme des facteurs de déstabilisation.

Par Emmanuel D.

Analyste politique indépendant 

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