Lutte contre la malnutrition au Burkina Faso : Les résultats des produits locaux ouvrent la voie à la souveraineté

Un atelier de dissémination des résultats d’une étude portant sur les Aliments Thérapeutiques Prêts à l’Emploi (ATPE) dits « alternatifs » se tient le vendredi 08 mai 2026 à Ouagadougou. Cette rencontre réunit des experts de la santé et de la recherche pour analyser l’efficacité de formulations nutritionnelles conçues à partir de matières premières locales dans la prise en charge de l’émaciation infantile au Burkina Faso.
Pendant des décennies, le traitement de la malnutrition a dépendu d’intrants importés, dont le coût élevé est principalement dû aux protéines laitières et à l’arachide. L’alternative présentée aujourd’hui repose sur un mélange endogène composé de sorgho, de maïs et de soja.
Les conclusions scientifiques sont sans appel car ces formules locales affichent une efficacité thérapeutique strictement identique aux produits standards internationaux.

Lors de l’ouverture officielle de l’atelier, le Dr Estelle Bambara, Directrice de la nutrition au ministère de la santé, a souligné l’enjeu de cette avancée. « Explorer des alternatives basées sur nos propres produits agricoles n’est plus seulement une option scientifique, c’est une nécessité stratégique. Ces évidences scientifiques sont les outils dont nous avons besoin pour orienter nos politiques nationales», a-t-elle indiqué.

L’enjeu n’est pas uniquement médical, il est aussi souverain. En utilisant les ressources du terroir, le Burkina Faso réduit sa vulnérabilité aux chocs extérieurs et aux coûts logistiques mondiaux.
Lieven Huybregts, chercheur à l’IFPRI et responsable de la coordination internationale de l’étude, confirme que ces produits alternatifs sont environ 20 % moins chers que les importations actuelles, une marge budgétaire substantielle pour un système de santé sous pression.

Le Dr Hien Alain, Enseignant hospitalo-universitaire et coordinateur de recherche clinique du projet, précise que l’étude a validé la sécurité et l’acceptabilité de ces recettes auprès des enfants de 6 à 59 mois. Pour lui, la science vient confirmer la viabilité d’un modèle où l’agriculteur burkinabè devient un maillon essentiel de la chaîne de soins.

Cependant, la validation scientifique n’est qu’une première étape. Pour Moctar Ouédraogo, directeur de l’ Agence de Formation de Recherche et d’Expertise en Santé pour l’Afrique (AFRICSanté), la structure chargée de la mise en œuvre opérationnelle du projet, le défi majeur reste désormais le passage à l’échelle industrielle.

« Il faut que nos unités de production locales intègrent ces recettes pour soigner plus d’enfants avec le même budget», a-t-il souligné. Cette transition nécessite un engagement fort des autorités et des partenaires financiers pour soutenir les infrastructures de production nationale.
Ce projet de recherche, dont la phase de terrain a débuté en avril 2025 pour s’achever en mai 2026, a été principalement déployé dans les districts sanitaires de la région des Hauts-Bassins, notamment dans le Guiriko.
Fruit d’une collaboration stratégique entre l’Université Nazi Boni de Bobo-Dioulasso, l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS) et l’International Food Policy Research Institute (IFPRI), l’initiative a été mise en œuvre par AFRICSanté avec le soutien technique et financier de partenaires internationaux tels que l’UNICEF et le Japon.

En validant l’efficacité du sorgho, du maïs et du soja locaux, ces acteurs ouvrent désormais la voie à une intégration durable de ces solutions dans les politiques nationales de nutrition au Burkina Faso.
A lire également⇒Fortification alimentaire au Burkina Faso : A la découverte des jardins scolaires nutritifs dans le Sud-Ouest
Akim KY
Burkina 24




