Boukari Talatou : « Aujourd’hui, si les mines ne travaillent pas, l’Etat aura chaud »

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Le Réseau des populations riveraines des communes minières (REPOCOM) a visité des sites miniers du 10 au 24 mars 2019. Dirigée par Boukari Talatou, cette association, explique-t-il, sensibilise les populations à éviter de « casser et brûler » en cas de désaccord avec une société minière. « Ce que nous cherchons, c’est que les mines, l’Etat et les populations, que chacun puisse avoir sa part dans l’exploitation des mines. Que chacun puisse tirer profit de ce bien là », ajoute le Président du REPOCOM, Boukari Talatou. Dans cette interview, il revient sur la caravane qui a été organisée.

B24 : Pourquoi avoir initié cette tournée ?

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Boukari Talatou : Cette tournée, ce n’est pas la première qu’on organise. C’est une caravane de sensibilisation, de paix et de partage d’expérience sur les mines en exploitation. Une quarantaine de personnes ont participé à cette tournée et nous avons visité presque toutes les mines en exploitation au Burkina Faso. 

B24 : Durant cette tournée, entre populations riveraines et sociétés minières, quelles sont, en gros, les problèmes que les populations ont soulevés ?

Boukari Talatou : Il n’y a pas une mine où il n’y a pas de problème. Mais c’est un peu différent. Je pense qu’il y a des gens qui n’ont pas compris. Dans les comités consultatifs, lors des accords, s’il n’y a pas eu de bons accords entre les communautés et les minières, les problèmes vont toujours exister. Et la plupart de ceux qui revendiquent, à voir bien, ce ne sont pas des populations impactées. Si par exemple le contrat a été signé en 2008 ou 2009, et des gens arrivent plus tard pour réclamer quelque chose à la mine, que la mine les emploie, c’est cela qui amène parfois les conflits.

Dans d’autres zones, c’est la voie empruntée par les camions de la mine, avec la poussière, les communautés disent qu’il faut forcement que la voie soit goudronnée, sinon, elles barrent les routes. Les difficultés qui sont ressorties, c’est l’emploi. Aujourd’hui, la plupart des mines sont saturées mais les jeunes exigent de l’emploi.

B24 : Mais du côté des sociétés minières, ont-elles soulevé des difficultés à leur niveau ?

Boukari Talatou : Beaucoup de mines se plaignent du côté du gouvernement. Quand les communautés voient les mines, elles pensent que c’est la mine qui doit tout faire pour elles. Au niveau du réseau, nous voulons faire comprendre à nos parents, aux communautés qui vivent autour des mines que les mines ne peuvent pas tout faire pour elles. Il y a une responsabilité de l’Etat qui est là. Quand les gens disent qu’il faut qu’une mine goudronne une voie, c’est vrai, la mine prend la voie, mais la route appartient à l’Etat. Mais si les mines et le gouvernement se donnent la main, ils peuvent faire quelque chose.

Dans la plupart des mines que nous avons visitées, leur inquiétude c’est comme si l’Etat ne met pas trop sa main. Parce que si des individus viennent barrer des routes pour qu’une mine fasse ce qu’ils veulent, je pense que c’est de la responsabilité de l’Etat. L’Etat doit sensibiliser ces personnes, les amener autour d’une table pour trouver les solutions aux problèmes. Dans certaines zones, c’est le problème de l’insécurité qui préoccupe les mines.

B24 : En rencontrant les minières, est-ce qu’elles sont prêtes à payer leur part du Fonds minier de développement local (FMDL) ?

Boukari Talatou : Beaucoup de mines ont dit qu’elles ont déjà leur billet de liquidation. Cela veut dire qu’elles sont prêtes à payer. Mais on a une petite inquiétude et nous en avons parlé aux mines. Si une fois qu’elles ont reversé les 1% de leur chiffre d’affaire, il y a la RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) qui est là. Nous pensons que même si elles ont reversé les 1%, il ne faut pas qu’elles freinent ce qu’il y a déjà entre la mine et les communautés directement impactées.

B24 : Il y a aussi l’aspect sécuritaire, est-ce que les sociétés minières vous ont exposé leur inquiétude ?

Boukari Talatou : Oui. Ça se voit même. Par exemple, entre Fada N’Gourma et Boungou, il y a une forêt. Nous même on a eu peur. Nous avons vraiment voulu visiter Boungou, mais on a eu peur. Vous voyez Inata, à cause de l’insécurité, la mine ne travaille pas, pourtant c’est une mine qui rapporte de l’argent pour le pays. C’est parce qu’aujourd’hui, Essakane dans le Sahel a mis beaucoup de moyens que la mine est là.

Mais il faut que l’Etat revoie la situation parce que la mine seule ne peut pas tout faire. Si vous prenez le Sahel aujourd’hui, il y a beaucoup de villages qui sont déplacés. On ne sait pas qui est qui. Il faut que l’Etat prenne des mesures sécuritaires très fortes pour accompagner les communautés parce que ça ne va pas.

B24 : Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées lors de cette caravane ?

Boukari Talatou : Il y a des mines qui pensaient que le Réseau venait monter les communautés contre elles, alors que ce n’est pas notre objectif. L’accès à beaucoup de mines n’a pas été facile. Par exemple, vers Zabré, vraiment, on a forcé pour aller. Au début, ils ont dit qu’ils ne peuvent pas recevoir les 40 personnes. On a forcé aller, notre véhicule nous a lâchés.

On a demandé à la mine si elle peut venir chercher même si c’est 10 personnes, ils ont dit qu’ils n’ont pas de véhicule. Ce n’est pas intéressant. On a tout fait et on est allé. La mine s’appelle BMC (Burkina mining compagny). Ce que nous voulons, c’est que cette mine continue d’échanger avec les communautés.

B24 : Quelle est la suite qui sera donnée à cette tournée ?

Boukari Talatou : Une restitution sera faite. Nous allons échanger avec notre partenaire qui est la chambre des mines. Des rapporteurs étaient de la délégation et avec la Chambre des mines, nous allons voir comment organiser cette restitution.

Vidéo – Mines et insécurité : Le cri de cœur de Boukari Talatou

Burkina 24

Propos recueillis par Ignace Ismaël NABOLE

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Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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Un commentaire

  1. Bonjour. Merci pour cet effort mais. Vous avez fait une confusion de rôle. L état ne sendibilise pas les populations mais les collectivités locales (mairie. Cr

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