Village de Bigtogo : Les déplacés frappés par les flammes et sauvés par la solidarité

Le vent sec de l’harmattan balaie le site des personnes déplacées internes de Bigtogo, dans la commune de Pabré. Entre les habitations faites de paille, de bois et de tôles récupérées, la poussière ocre se soulève par moments. Ici, à quelques kilomètres de Ouagadougou, près de 470 personnes tentent de reconstruire leur vie après avoir fui l’insécurité. Le 9 janvier 2026, un incendie est venu éprouver davantage ces familles. C’est la vie entre l’enclume et le marteau. Mais, même si les flammes ont frappé les déplacés, à Bigtogo, la solidarité burkinabè a pris le dessus. Reportage ! 

Situé à quelques kilomètres de Ouagadougou, le site de Bigtogo de trois hectares, accueille près de 500 personnes déplacées internes, venues pour la plupart des zones touchées par l’insécurité. Ici, chacun tente de reconstruire une vie, tant bien que mal, entre les habitations faites de paille, de bois et de tôles récupérées.

Le 9 janvier 2026, rien ne laissait présager une nouvelle catastrophe. À l’aube, les femmes quittent le site pour rejoindre les champs de maraîchage. Tomates, oignons, laitues… ces petites parcelles représentent souvent l’unique source de revenus pour les familles déplacées.

Site de PDI à Bigtogo

Les hommes prennent la direction de la ville, espérant trouver un petit travail journalier pour ramener de quoi nourrir leurs proches. Les enfants plus âgés, eux, ont pris le chemin de l’école. Sur le site presque désert ne restent alors que quelques personnes âgées et de jeunes enfants. Parmi eux se trouve Boureima Konfé.

Assis sous l’ombre d’un arbre, le vieil homme tente de capter les informations avec sa vieille radio. L’appareil grésille. Les ondes disparaissent puis reviennent, emportées par les caprices du vent d’harmattan.

Drame à Bigtogo

Boureima ajuste l’antenne, soupire, puis se laisse aller contre le tronc de l’arbre. Autour de lui, le silence règne. Mais soudain, son regard est attiré par un détail étrange. Au loin, une fine colonne de fumée s’élève dans le ciel pâle. Il fronce les sourcils, observe quelques secondes, puis hausse les épaules. Rien d’alarmant, pense-t-il.

« Qui peut bien allumer du feu à cette heure de la journée ? » se demande-t-il en levant les yeux. Il observe quelques secondes encore. Puis, ne voyant rien d’inquiétant, il se rassoit. Quelques minutes plus tard, un cri déchire brutalement le silence.  « Au feu ! Au feu ! À l’aide ! ».

Boureima Konfé Représentant des PDI de Bigtogo

Boureima sursaute. Une femme âgée arrive en courant, le visage marqué par la panique. « Au feu ! Au feu ! » crie-t-elle de toutes ses forces. C’est le début du cauchemar.

Pris de panique, Boureima Konfé jette sa radio au sol. Sans même prendre sa canne, il tente de se lever précipitamment. « Où est le feu ? C’est où ? » demande-t-il, la voix tremblante, la femme lui répond, essoufflée « Ici, devant ! Faites vite ! Tout part en fumée ! ».

En quelques minutes, la situation devient incontrôlable. Le vent sec de l’harmattan attise les flammes. Les habitations, construites pour la plupart en paille et en matériaux légers, deviennent un combustible facile.

Le feu se propage à une vitesse fulgurante, les flammes sautent d’une case à l’autre, la fumée envahit le ciel. Sur le site de Bigtogo, la panique est totale. Mais face à l’ampleur de l’incendie, les personnes présentes sont impuissantes.

Il n’y a sur place que des personnes âgées et des enfants. Personne pour transporter de l’eau en quantité. Personne pour arracher les toits de paille avant que le feu ne les décime.

Les cris se multiplient.

Certains tentent de sauver quelques effets personnels, d’autres fuient simplement pour échapper aux flammes. Très vite, c’est la débandade, le feu, lui, ne s’arrête pas, Il avance, dévore tout sur son passage. Plus de 200 habitations sont réduites en cendres. Les vêtements disparaissent dans les flammes les vivres sont consumés des documents personnels brûlent ; les cahiers, les sacs d’école des enfants, tout est parti.

Mais au-delà des pertes matérielles, un drame encore plus terrible se produit. Dans une chambre, un enfant d’à peine quatre ans dormait pendant que sa mère était au champ. Il n’en sortira pas vivant.

Alerter, lorsque les sapeurs-pompiers arrivent finalement sur les lieux, le feu a déjà fait l’essentiel de ses ravages. Malgré leur intervention rapide, il est trop tard. Le site n’est plus qu’un champ de ruines fumantes. « On ne sait vraiment pas ce qui a causé l’incendie », explique toujours aujourd’hui Boureima Konfé, le regard perdu dans le vide.

Les causes du sinistre restent, pour l’instant, inconnues

Cependant, au lendemain de la catastrophe, un autre visage du Burkina Faso va se révéler. Celui de la solidarité. Dès le lendemain du drame, les autorités se rendent sur place pour constater l’ampleur des dégâts.

La ministre en charge de l’Action humanitaire, le Lieutenant Pélagie Kaboré/Kabré, effectue le déplacement. Pour les déplacés, cette visite est un signal fort. « À son arrivée, madame la ministre était vraiment désolée. Elle nous a encouragés », raconte Boureima Konfé.

Mais les paroles ne resteront pas sans suite. Très rapidement, des mesures sont prises. « Dès le lendemain, avec son aide, le site a été rasé et totalement reconstruit », ajoute-t-il.

Voir également👉🏿Quartier Pazani de Ouagadougou : Les déplacés internes entre l’enclume et le marteau 

Depuis, les gestes de solidarité se multiplient. Vivres, vêtements, matériel scolaire, dons financiers… Les aides arrivent de partout. Associations, citoyens, organisations, élèves, volontaires : nombreux sont ceux qui se mobilisent. Pour les déplacés de Bigtogo, cette mobilisation est une véritable bouffée d’espoir.

« Depuis ce jour, les dons ne font que pleuvoir », confie Boureima Konfé. « Cela montre vraiment la solidarité des Burkinabè », indique-t-il. Mariame Sana, déplacée interne originaire de Pobé-Mengao, partage la même émotion. Assise devant sa nouvelle habitation, elle se souvient encore du choc de ce jour tragique.

« Vraiment, on ne savait pas qu’on pouvait nous venir autant en aide », raconte-t-elle avec émotion. Lorsque l’incendie s’est produit, beaucoup se sont sentis abandonnés par le destin. « On se demandait vraiment ce qu’on avait fait à Dieu pour mériter tout ça », dit-elle doucement.

Lire aussi👉Incendie à Bigtogo : Des élèves de Ouagadougou se mobilisent pour soutenir leurs camarades déplacés

Puis elle marque une pause. « Mais Dieu a fait grâce. Il a été miséricordieux », lance-t-elle. Car dans cette tragédie, la solidarité a fini par l’emporter sur le désespoir. Le samedi 14 mars 2026, une nouvelle délégation est venue apporter son soutien aux déplacés.

Des élèves, membres des clubs UNESCO sont venus manifester leur solidarité envers leurs camarades du site. Nafisatou Rouamba, présidente du club UNESCO du lycée Bambata, fait savoir qu’il était impossible de rester indifférents face à cette situation.

« Nous avons été vraiment touchés par ce qui s’est passé. Il y a plusieurs de nos camarades qui ne venaient plus à l’école parce qu’ils ont perdu leurs cahiers, leurs sacs et leurs affaires », explique-t-elle.

Nafisatou Rouamba, présidente du club UNESCO du lycée municipal Bambata.  

Face à cette situation, les élèves ont décidé d’agir. « Nous sommes venus leur apporter notre modeste soutien », affirme Nafisatou Rouamba. Cahiers, stylos, sacs scolaires habits et quelques kilos de riz… autant de petits gestes qui peuvent redonner aux enfants l’envie de retourner en classe.

Mais malgré ces élans de solidarité, les besoins restent immenses car, derrière les dons, la réalité demeure difficile. Le site accueille près de 470 personnes et les ressources restent limitées.

L’on retient qu’à Bigtogo, les flammes ont emporté des maisons, des souvenirs et une vie. Mais dans les jours qui ont suivi, une autre chaleur a parcouru le site : celle de la solidarité. Et pour ces familles déjà chassées par l’insécurité, c’est peut-être cette solidarité, désormais, qui empêche le désespoir de s’installer. Et c’est le Burkina Faso qui gagne !

Aurelle KIENDREBEOGO  

Burkina 24  

Rédaction B24

L'actualité du Burkina 24h/24.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page