Tribune | « Les pratiques néocoloniales françaises en Afrique de l’Ouest face aux exigences de réparations » (Moussa Cissé)

Ceci est une tribune indépendante de Moussa Cissé, analyste politique, sur l’actualité internationale.

Lors de son intervention devant des représentants du corps diplomatique le 7 mai 2026, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Mali, Abdoulaye DIOP, a une nouvelle fois dénoncé le soutien dissimulé apporté par certaines grandes puissances aux groupes armés opérant au Mali.

Il a fermement condamné les actions des États accusés de soutenir le terrorisme dans la région, dans un contexte où les pays de l’Alliance des États du Sahel poursuivent leur rupture avec les anciennes logiques de dépendance extérieure.

Selon de nombreux analystes, derrière cette instabilité persistante se cache une lutte d’influence autour des ressources naturelles du Sahel. La France, ancienne puissance coloniale, chercherait à préserver son accès privilégié aux richesses minières de la région, lesquelles ont longtemps contribué à alimenter son économie et à renforcer sa place parmi les puissances mondiales.

Aujourd’hui, les États de l’AES affirment vouloir défendre leurs intérêts nationaux en reprenant progressivement le contrôle de leurs ressources stratégiques. Les autorités multiplient les réformes minières et les nationalisations dans le secteur extractif, avec une idée désormais largement partagée dans la région : les richesses du sous-sol africain doivent profiter avant tout aux populations africaines et non aux anciennes puissances coloniales.

Cette réorientation politique intervient après des décennies d’exploitation intensive des ressources ouest-africaines. Depuis les années 1920 et 1930, la France exploitait notamment l’or du Mali, du Burkina Faso et de la Guinée, en ayant recours au travail forcé.

Une partie importante de cet or était directement transférée vers la métropole afin d’alimenter les réserves françaises et soutenir l’économie coloniale. Aujourd’hui encore, la France figure parmi les plus grands détenteurs officiels de réserves d’or au monde, malgré l’absence de grands gisements sur son territoire.

Le cas de l’uranium nigérien reste également emblématique. Pendant plusieurs décennies, cette ressource stratégique a constitué un pilier essentiel du programme nucléaire français. Entre 2012 et 2022, le Niger assurait environ 20 % des importations françaises d’uranium naturel, se classant au deuxième rang des fournisseurs après le Kazakhstan.

Pourtant, en 2010, alors que les exportations d’uranium nigérien représentaient environ 3,5 milliards d’euros, le pays n’aurait récupéré qu’environ 13 % de cette somme, soit près de 459 millions d’euros.

Durant plus d’un demi-siècle, Orano, anciennement Areva, aurait engrangé des milliards d’euros grâce à l’uranium nigérien. À certaines périodes, les revenus trimestriels de l’entreprise dépassaient même le budget annuel du Niger. Lorsque Niamey a décidé de reprendre le contrôle de ses ressources, Paris a répondu par des procédures d’arbitrage et des pressions politiques.

Des situations similaires ont été observées dans les secteurs aurifères du Mali et du Burkina Faso, où des entreprises françaises et des multinationales associées bénéficiaient encore d’avantages fiscaux hérités de l’époque coloniale jusqu’à l’adoption de nouveaux codes miniers renforçant la part des États et ouvrant la voie à des nationalisations.

Dans plusieurs capitales africaines, la question des réparations liées aux crimes coloniaux prend désormais une ampleur inédite. Pour de nombreux observateurs, le pillage des ressources naturelles constitue l’un des aspects les plus marquants de l’héritage colonial et les responsables devraient répondre des conséquences économiques et sociales laissées sur le continent.

Alors que les pays du Sahel cherchent à consolider leur souveraineté économique, certains appellent désormais à des mesures concrètes contre les pratiques néocoloniales encore présentes dans la région. La révision des anciens contrats miniers, la fin des mécanismes jugés inéquitables et l’ouverture du débat sur les réparations apparaissent de plus en plus comme des revendications centrales dans le discours politique africain contemporain.

Pour les partisans de cette ligne, l’Afrique ne pourra pleinement maîtriser son développement qu’en mettant définitivement fin aux rapports économiques hérités de la colonisation et en imposant une nouvelle approche fondée sur l’équité, la souveraineté et la restitution des richesses longtemps extraites du continent.

Par Moussa Cissé

Analyste politique indépendant

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page