Défi énergétique au Burkina : Contribution d’un citoyen

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Ceci est une contribution d’un citoyen sur les défis qui se posent au Burkina en termes d’énergie. 

Avant tout propos, je voudrais rendre hommage à nos martyrs. Ces jeunes gens qui sont tombés sous les balles et sont aujourd’hui le symbole d’un Burkina nouveau, celui du « plus rien ne sera comme avant ».

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L’une des préoccupations majeures de la population burkinabè est l’énergie. Elle est aussi au cœur de l’activité socio-économique du pays. Et malheureusement, elle est aujourd’hui une denrée précieuse, inaccessible et indisponible. Les explications de la SONABEL ne rassurent guère.

Les mesures annoncées par le gouvernement sont conjoncturelles et incompréhensibles. À travers cet écrit, je veux apporter notre touche au débat qui se mène autour de la problématique de l’énergie.

La production et la distribution de l’énergie au Burkina sont assurées par la VOLTELEC depuis 1968, devenue SONABEL sous la révolution en août 1984. Et elle est une société d’État depuis 1995 sous le régime de Blaise Compaoré. Depuis juillet 2001, la loi N012-2001/AN a autorisé la privatisation de la société. C’est un processus qui est donc en cours, à moins que cette loi ne soit abrogée.

J’ai trouvé des rapports d’activités de la SONABEL accessibles au public sur son site. En parcourant ces quelques rapports, on peut retenir le constat qui suit.

Trois sources d’énergie sont exploitées par la SONABEL. Il s’agit des centrales thermiques au nombre de 24, de centrales hydroélectriques au nombre 4 pour l’année 2011 et les interconnexions avec les pays voisins, dont la Côte d’Ivoire et le Ghana. Avec ces différentes sources,

Le pays est dépendant de trois paramètres sur lesquels il n’a aucune influence. D’abord, le combustible pour les centrales qui constituent la première source d’énergie. Le Burkina n’a pas de puits de pétrole et subit les aléas du marché du pétrole. La SONABHY qui fournit le combustible à la SONABEL rencontre également des difficultés. La SONABEL n’arrive pas à honorer ses engagements envers la SONABHY. Ensuite, selon les humeurs de dame nature, les barrages peuvent déborder ou manquer d’eau même si la quantité d’électricité de ces centrales reste moindre comparativement aux thermiques. Enfin, le jour que le voisin est content, il donne la quantité d’énergie qu’il veut. Ces pays ne connaissent pas non plus des surproductions, il faut le reconnaitre. Ce sont des arrangements souvent d’ordre politique et économique. Il faut tout de même encourager ces initiatives d’interconnexion visant à mettre ensemble les efforts pour relever les défis de développement. Elles peuvent être une alternative si nos pays ont une stabilité et des politiques de développement cohérentes.

D’autres éléments des rapports qui frappent à l’œil, ce sont les taux de recouvrement.

Le rapport d’activités de 2013 indique un taux de recouvrement des clients particuliers de 97 %. Pour la même période, le taux de recouvrement des clients « administration » a atteint 84,45 %. Ce qui veut dire que plus de 15 % des clients de cette catégorie n’ont pas payé leur facture cette année 2013. Quant aux collectivités, le taux de recouvrement moyen est de 88 % et le plus faible taux est de 55 % pour la direction régionale du centre. En somme, il y a quand même des mauvais payeurs parmi les clients de la SONABEL.

Concernant les coûts et les prix si on considère les coûts étant les dépenses pour produire l’électricité et les prix étant ce que le client paie au kWh, on note que le coût de revient du KWH en 2013 était de 138,31 Francs CFA tandis que le prix de vente moyen était de 125,06 Francs CFA. Visiblement, il y a un manque à gagner d’environ 13 Francs CFA sur les moyennes. Ce qui veut dire qu’il y a des moments où la SONABEL vend à perte et gagne également dans des moments favorables.

Comment la SONABEL arrive-t-elle à assurer son activité si elle vend le courant à perte ? Quelles sont les mesures prises par la SONABEL pour résoudre le problème de rentabilité ? Dans ces mêmes rapports, il y a un volet planification. Cette planification consiste entre autres au renforcement des capacités des centrales thermiques d’une part et d’autre part à une étude de faisabilité d’un barrage hydroélectrique. Je m’attendais aux réponses à mes interrogations dans cette partie des rapports. Malheureusement, il n’en est rien. Chose curieuse, comment une entreprise qui produit à perte peut-elle continuer à investir dans des projets de même nature sans pour autant régler la question de rentabilité ? Les provisions antérieures, s’il en existe, suffisent-elles à assurer la survie de l’entreprise ? Comment finance-t-elle ses projets ? En d’autres termes où trouve-t-elle les ressources nécessaires pour ses investissements ?

Les rapports indiquent l’apport des partenaires techniques et financiers qui accompagnent la SONABEL. Par exemple, la BOAD a financé les projets d’interconnexion de localités à hauteur de 10,5 milliards avec une contribution de la SONABEL d’environ 1,753 milliards. Il y a également l’agence française de développement qui a financé à hauteur de 11,8 milliards les interconnexions d’autres localités. Il faut aussi noter que l’État subventionne le combustible de SONABEL.

 Toujours dans les mêmes rapports, les états financiers, les données les plus récentes sont celles de 2012, où la SONABEL réalise une perte nette d’environ quinze (15) milliards de Francs avec une capacité d’autofinancement négative. Théoriquement, cela veut dire que l’entreprise ne dispose pas de ressources pour sa croissance ou du moins pour l’exercice N+1. Nous nous en tenons à cela.

On sait que le banquier ou le financier pour donner un prêt, exige la preuve de la capacité à rembourser l’emprunt, c’est-à-dire, les recettes attendues à même de payer ce qui est dû. Supposons que cette exigence ne s’applique pas à la SONABEL. On se retrouve dans une situation où chaque année, le niveau de la dette monte d’une part et d’autre part les coûts de production augmentent avec le vieillissement des installations, le renchérissement du prix du combustible, l’augmentation de la demande. Peut-elle survivre dans ces conditions ? Dans la vision exprimée par l’entreprise dans le long terme, elle ne pense pas à d’autres alternatives. Autre fait non négligeable à mon avis, de 2007 à 2012, les charges d’exploitation de la SONABEL ont augmenté en moyenne de 18,45 % par an sur la période considérée. N. B. Le rapport de 2011 ne contient pas les états financiers. L’année 2012 ou la SONABEL a fait une perte d’environ quinze milliards (15) milliards, ses charges ont connu une augmentation de 43 % par rapport à 2010. Les charges de 2012 ont accru de 58 % environ comparées à l’année 2007. Le résultat d’exploitation est mitigé. C’est la question de l’efficacité et de l’efficience des installations et aussi de l’optimisation des ressources de la SONABEL qui se pose. Est-ce que les équipements sont efficaces ? Est-ce que les ressources sont utilisées de façon optimale ? Avec de telles données de performances, rien ne peut rassurer le consommateur quant à un avenir meilleur. Le pire, nous déplorons le manque de politiques pour un virage aux sources renouvelables, ou une stratégie pour réduire la dépendance aux thermiques. Et pourtant, pour notre développement, il va falloir un jour crever l’abcès, avoir le courage de porter notre croix.

Quelles sont les mesures durables pour la SONABEL ?

Pour répondre à cette interrogation, je propose des mesures qui existent et connues peut-être de tous.  Parmi les solutions les plus faciles à mettre en œuvre, c’est de brandir la vente à perte comme argument pour augmenter les prix de vente aux clients. Cette solution est loin d’être efficace, durable et risque d’exacerber la situation déjà difficile pour la population. Il faut éprouver d’autres solutions dans un premier temps. Après, il sera plus facile de demander encore plus de sacrifices aux clients.

1.      Optimiser les ressources (réduire les pertes de production et de distribution)

On a coutume de dire, aide toi et le ciel t’aidera. Et la bonne gestion de nos maigres ressources est la première aide pour soi.

D’autres solutions palliatives pourraient venir de l’intérieur de la SONABEL. Par exemple :

2.      Promouvoir l’efficacité énergétique à tous les niveaux (administrations, collectivités, industries, habitations)

Nous savons tous que l’énergie produite si elle n’est pas consommée, elle ne peut être stockée. Dans les administrations, les climatiseurs, les lumières et autres machines fonctionnent à longueur de journée alors que les occupants n’y sont pas pour la plupart du temps. Il y a des rues où l’éclairage public fonctionne 24 h/24. L’efficacité des systèmes de production pose également problème, trop de pertes. À travers ces mesures comme la compensation par exemple, on peut améliorer la qualité de l’énergie et soulager les machines de la SONABEL.

En matière d’efficacité énergétique, il y a des spécialistes qui font actuellement un gros travail au niveau national, il faut le reconnaitre, encourager et féliciter ces personnes aussi. Cependant l’appui politique reste déterminant pour réussir de telles mesures à grande échelle (ministère, direction décentralisée, collectivité, entreprises publique et privée). Un programme qui s’inscrirait dans une politique nationale de gestion environnementale, changement climatique oblige, est salutaire.

3.      Rendre les branchements plus accessibles par la réduction des coûts de branchement 

L’énergie est précieuse, une nécessité pour l’activité socio-économique. Nous avons toujours de faibles taux de couverture. Il semble paradoxal de vouloir connecter plus d’abonnés au moment où la quantité produite ne suffit pas, voire indisponible. En effet, les centrales de la SONABEL fonctionnent à perte dans certaines localités. Les ventes ne couvrent pas les coûts de production. Dans ces cas, soit on augmente le nombre d’abonnés soit on arrête ces centrales. Optons pour le premier, augmenter le nombre d’abonnés.

Le poteau électrique est l’un des éléments qui alourdissent le coût de branchement pour le consommateur. Le Burkina ne produit pas du fer et le poteau est importé. Cette situation n’est pas propre au Burkina. D’autres pays connaissent également les aléas liés au marché des matériaux, dont les poteaux électriques. Des solutions alternatives qui pourraient aussi être développées et approuvées sont de deux ordres, le bois et le béton.

Pour le bois, le Burkina ne dispose pas de forêt où on pourrait trouver de grands arbres pouvant servir de support électrique. À l’opposé, le Burkina dispose des espaces où nous pouvons exploiter de tels arbres si c’est l’option retenue. Ce sont des cas qui existent dans plusieurs pays à travers le monde où certains pays connaissent des intempéries plus sévères que le nôtre.

Pour l’option support en béton, on pourrait d’emblée dire qu’il reviendra cher si on prend la composition d’un tel ouvrage. La SONABEL pourrait présenter des études de faisabilité.

4.      Investir dans les énergies renouvelables (solaire, l’éolien….)

C’est principalement ici que SONABHY et SONABEL, les deux sociétés d’État en charge de l’énergie devraient conjuguer ensemble leurs efforts pour sortir le pays de la dépendance énergétique.‎ Dans le rapport 2009, la SONABEL fait ressortir des travaux où son implication est le suivi au même titre que la SONABHY. Il s’agit du projet de production de combustible à base de biodiesel, la construction de la centrale solaire 20 MW de SEMAFO et l’installation de centrales thermiques à biogaz (Po et Garango). Les enjeux sont doubles et il est incompréhensible que les entreprises qui devraient être aux commandes se retrouvent à jouer les seconds rôles. Nous faisons face aux enjeux climatiques avec les émissions de gaz à effet de serre d’une part et d’autre part à la dépendance énergétique.

 Les énergies renouvelables comme le solaire sont au cœur des politiques énergétiques nationales dans des pays qui n’ont même pas le soleil. Pendant ce temps, notre soleil, source inépuisable, disponible tout au long de l’année est inexploité . Ça coûte cher, on n’a pas les moyens.

Je dirai que c’est plus un manque de volonté politique que de moyens, ou un manque d’intérêt pour les uns. Allons chercher la technologie là où elle se trouve pour construire au lieu de recourir tout temps à des solutions d’urgence. Aujourd’hui, on disposerait au moins un centre de montage de panneaux solaires et accessibles aux particuliers. Par un système de transfert de technologie et de compétences que nous offre l’ouverture des barrières des marchés, nous aurions pu aujourd’hui profiter des meilleures technologies.

Les pays comme la Chine, l’Inde et autres ont acquis la technologie et les compétences en passant par là. Dans ces pays, la logique qui se cache derrière chaque gros marché, c’est d’acquérir la technologie et les compétences pour être capable de les développer à leur tour. Malheureusement, c’est aussi là où les sociétés d’État de l’énergie pèchent par une absence. Les gros marchés se font clés en main. Les formations de haut niveau du personnel se font à la tête du client, le népotisme en quelque sorte, la promotion de la médiocrité tout court.

5.      Investir dans la recherche, l’éducation et la formation

Le Burkina abrite les 2IE, une école réputée dans le secteur de l’énergie. En plus, il y a l’université de Ouagadougou qui travaille depuis quelques années à la promotion de l’énergie solaire avec des programmes de formation sur le solaire. Sans oublier, l’université polytechnique de bobo qui forme les techniciens en électricité industrielle, et la liste est longue.

Ces universités ne sont pas soutenues dans leurs efforts par les entreprises qui sont les premières consommatrices de leurs produits. Les contributions seules de L’État aux universités ne suffisent pas.

Voici des entreprises qui ont souvent des besoins particuliers, mais qui n’attendent que le produit fini prêt à être consommé. Ce qui pourrait aussi expliquer le problème d’adéquation entre les contenus des formations et les besoins des entreprises. Il faut que les sociétés accompagnent les structures de recherche et de formation.

6.      Se financer par emprunt public et auprès d’autres sociétés d’État

Pour une entreprise qui n’arrive pas à honorer ses engagements vis-à-vis de ses partenaires tout en ne créant pas de la valeur, les investisseurs ne voudront jamais injecter leur finance. C’est pourquoi l’entreprise devrait se focaliser sur l’efficacité et l’efficience de ses processus et l’optimisation de ses ressources.

La croissance d’une entreprise est liée à sa capacité à créer de la valeur pour assurer sa survie. Toutefois au regard de notre contexte, la SONABEL en s’engageant dans une nouvelle voie, pourrait solliciter le peuple pour financer certains projets comme la promotion d’autres sources d’énergie durables.

 Les sociétés d’État comme la CNSS, la LONAB, etc. sont des structures qui se portent probablement bien. Elles peuvent, dans une dynamique de placement et au lieu de prêter les fonds à certains privilégiés, contribuer à la constitution de fonds de financement de l’énergie.

En guise de conclusion, ces solutions, même faciles à mettre en œuvre ne marcheront pas, ne régleront pas nos problèmes tant qu’il n’y aura pas une réelle volonté, un élan de patriotisme de l’ensemble des parties prenantes.

Ce n’est pas aussi simple, après 27 ans de gestion chaotique, où les intérêts égoïstes, individuels sont devenus la règle. La morale doit être morte après plusieurs années dans l’agonie. Néanmoins, avec cette jeunesse consciente, un autre Burkina est possible. Dans ce même élan, il va falloir repenser le système de reproduction sociale qu’est l’éducation, actuellement défaillante, amputée des valeurs d’identité.

Les valeurs d’identité culturelle et personnelle comme la moralité, la dignité, la justice et l’équité doivent être restaurées. Le patriotisme, le sens de la responsabilité, l’ardeur au travail bien fait sont indispensables pour bâtir une nation. Les capacités d’innovation, d’imagination, de créativité sont à construire.

Les étudiants finissent leurs études et ne savent pas quoi faire avec ce qu’ils ont appris dans les classes s’ils ne trouvent pas tout de suite du travail. Le diplôme ne garantit pas l’emploi. Le métier, on ne le choisit plus par vocation ni par motivation, mais pour la survie, par nécessité. Il y a un déphasage entre le besoin de notre société et les produits du système éducatif, notre système de reproduction sociale.

Seul un système repensé en profondeur prenant en compte les aspirations de développement personnel, collectif pourra nous sortir de ce cercle vicieux. Sans quoi, ce sont encore les jeunes qui chasseront dans 10 ans le président qui sera en place. Plus rien ne sera comme avant. La jeunesse doit continuer à se battre, car la classe politique actuelle, la même depuis plus de 30 ans n’a plus d’avenir, mais des souvenirs. Comme le dit F. Blanche : « Face à un monde qui change, il vaut mieux penser le changement que de changer le pansement ».

Que Dieu bénisse le Burkina Faso et son peuple !

Singapinda ZAGRE

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