Moustapha Sarr, directeur du Parc Bangreweogo : « On nous oublie souvent »

Moustapha Sarr, directeur du Parc Bangreweogo © B24

Le Parc urbain Bangreweogo de Ouagadougou. Il n’est pas inconnu à Ouagadougou ni  au Burkina et s’est fait un nom hors des frontières burkinabè et africaines. Que ce soit pour son cadre agréable, reposant et propice aux loisirs, son rôle de poumon vert réduisant les gaz de la ville, pour son attrait scientifique au regard de sa richesse faunique et végétale ou pour son exotisme et son mystérieux caractère sacré aux yeux de touristes venus de l’autre côté du monde, Bangreweogo est utile et important. Cependant, il fait face à des problèmes et à des difficultés, qui menacent, si ce n’est sa survie, du moins celle des composantes qui font son charme. La jacinthe d’eau est l’une des hantises de Bangreweogo, parmi tant d’autres.  Le premier responsable de ce joyau s’en est ouvert à Burkina24. Le directeur du Parc Bangreweogo  Moustapha Sarr, invité de la rédaction, vous parle des joies et des angoisses du Parc Bangreweogo dans les lignes qui suivent.  

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Burkina24 : Comment monsieur Sarr se définit-t-il ?

Moustapha Sarr : Merci à cette jeune entreprise, Burkina24, au travers de laquelle je suis en train de m’instruire sur ce à quoi peuvent servir les nouvelles technologies de l’information. Je suis content d’avoir en face de moi des jeunes qui font mieux que moi et je suis fier de cela. Je suis confiant dans la relève.

Je suis un passionné de la nature en général, de mon parc et de mon métier en particulier. Je suis gestionnaire de formation. Dès mon jeune âge, j’ai fait de l’élevage et de l’agriculture. Je suis membre de plusieurs associations. J’ai fait aussi un peu de politique. J’ai été conseiller municipal et il a plu  à mon parti de bien vouloir me proposer comme adjoint au maire en charge de l’environnement et je crois que c’est à ce moment que j’ai attrapé le virus auprès de certains responsables, le maire Simon Compaoré notamment.  Depuis lors, j’ai été responsabilisé  à la gestion du parc (Bangreweogo) qui, je vous rappelle, était une poubelle urbaine. La conservation d’une entité de 265 ha au cœur d’une grande capitale qui, à côté des problèmes fondamentaux de l’environnement connus (braconnage, coupe de bois, etc.), connaît aussi  les problèmes de la ville. Et parmi ces problèmes, à côté du banditisme et de la drogue, il y a ce qu’on appelle la « pollution ». Et entre autres pollutions, il y a la jacinthe d’eau. Et c’est qui nous réunit ici pour en dire plus et en savoir plus.

Votre parcours politique vous a fait côtoyer Simon Compaoré qui traverse actuellement une situation difficile. Un mot à son endroit ?

C’est d’abord un témoignage de reconnaissance, d’admiration.  Lorsque que quelqu’un a souffert pendant plus d’une dizaine d’années, il lui faut témoigner beaucoup de tolérance. Qu’il plaise à Dieu d’accorder un prompt rétablissement à Simon Compaoré, car on a actuellement besoin de lui. J’ai appris que ça va bien. Que les mânes de Bangreweogo intercèdent auprès du Tout Puissant pour qu’il recouvre la santé.

Revenons au Parc Bangreweogo. Pour ceux qui ne l’ont pas encore visité, pouviez-vous dresser un panorama des animaux qu’on peut y rencontrer ?

Le Parc Bangreweogo était une forêt naturelle, ancestrale et avait plusieurs facettes. On a soixante espèces animales dans ce parc qui se reproduisent.  A l’intérieur, se trouve toujours le python sacré, qui existe toujours à l’heure où nous parlons. Beaucoup l’ont vu comme moi. Il y a le crocodile sacré, le varan sacré. On a introduit aussi des plantes d’espèces locales. Et sur les 1450 espèces qui peuplent la zone sahélienne, nous avons plus de 1011 au parc Bangreweogo. Et je ne parle pas des espèces exotiques. C’est un site à biotope complet. Il y a 227 espèces d’oiseaux répertoriés.

D’un point de vue scientifique, c’est le laboratoire à ciel ouvert de la ville, des universités. C’est également un musée naturel à ciel ouvert.

Comment se fait l’accès au parc, notamment pour étudier les espèces végétales ?

L’accès se fait par les 5 portes du parc. Je vais vous expliquer ce pléonasme. Nous avons fixé une contribution à l’entrée à  100 F CFA, c’est-à-dire 0,15 euro. Il n’y a pas de parc à ce prix au monde, à moins que l’accès ne soit totalement gratuit. Cette contribution est ainsi fixée pour que  l’argent ne soit pas un obstacle à l’accès. Et même si vous dites que vous ne payez pas, on vous laisse entrer. Tous mes collaborateurs ont reçu des instructions dans ce sens. Parce que nous avons la conviction que la forêt va vous parler et vous parlerez à cette forêt. Lorsqu’on demande aux gens de protéger l’environnement, il faut qu’ils touchent, découvrent avant toute action de protection.

La première année, nous avons eu 700 visiteurs. Quand j’ai fait mon bilan au niveau du conseil municipal, il y a des conseillers qui s’en sont moqué, c’était ridicule et tout le monde en a ri. Le maire m’a regardé et a vu que j’étais un peu découragé. Il m’a dit qu’en une année on ne peut pas faire un bilan, surtout qu’il s’agit de l’environnement et qu’il fallait être patient. Au jour d’aujourd’hui, on fait plus de 600 visiteurs par jour. Nous recevons 100 stagiaires par an. La mayonnaise a donc pris. La fonction d’éducation joue donc.  Mais on nous oublie souvent. Le parc Bangreweogo est le champion de l’écotourisme. Mais regardez sur les affiches, on ne parle pas de Bangreweogo. Notre expertise doit être valorisée au plan national qu’international.

Comment gérez-vous les enfants qui entrent dans le site et font des déchets ?

Pascal Yemboini Thiombiano, le directeur de la TNB, a fait une image que je souhaite vous voir publier en ligne. Ce n’est pas un enfant qui a jeté un déchet. C’est un parent, un adulte, qui a jeté un déchet. Et c’est une petite fille qui a pris et allé le mettre dans la poubelle (…).

Que dire des animaux potentiellement agressifs à Bangrweogo? Les serpents par exemple?

Il y a la sécurité au parc Bangreweogo. Chaque agent s’y connaît en faune, en flore. Les serpents, il y en a au parc. Mais l’animal n’est pas mauvais, n’est pas méchant. Il ne réagit que lorsqu’il est acculé. Les enfants comme les adultes qui y viennent sont en sécurité. Nous prenons les mesures rationnelles de prévention et de sécurité.

Et l’hygiène ?

Il y a des poubelles et nous demandons aux gens d’y mettre leurs déchets. Ces bacs sont levés régulièrement par la direction de la Propreté. Mais chaque lundi, où le parc est fermé,  nous utilisons ce jour pour le ramassage de déchets et le nettoyage du parc.

Rappelons-nous les inondations de 2009. Comment cette catastrophe a été gérée à votre niveau ?

Chaque année, nous sommes inondés. Mais en 2009 c’était un peu plus. Ce qui fait qu’au niveau du parc, nous avons notre plan de sécurité qui nous permet de savoir comment prévenir certaines catastrophes, accidents. C’est un manuel que nous avons remis aux pompiers. En  2009, chacun avait son rôle à jouer lors des inondations mais nous avons été pris par la vitesse de la montée des eaux. Nous avons sauvé beaucoup d’animaux, mais beaucoup ont été victimes. Mais ce dont on ne parle pas, c’est que nous avons secouru les voisins, les riverains du parc. Nous nous sommes mis à secourir les autres avant de venir voir ce qui se passe chez nous.    C’est nous qui avions été les premiers à franchir le pont du barrage pour baliser le terrain au niveau de l’hôtel Silmandé.  C’est nous qui avions franchi le pont pour sortir les gens de leur maison. Et nous avions été les premiers à cotiser pour venir en aide au quartier de Bangreweogo. Mais on ne revendique pas ces genres de choses.

Moustapha Sarr ©B24

Est-ce que toutes les espèces qui ont été emportées par les eaux ont été restaurées ?

Tout a été restauré, sauf les espèces aquatiques végétales. Mais il y a une réaction. Au niveau des espèces animales, il nous en manque plusieurs (…).   Nous avons fait une demande de permis scientifique de capture au niveau du ministère de l’Environnement dont nous avons l’accompagnement. Mais la capture coûte cher.  Partout, on nous parle de tensions de trésorerie. Mais moi j’ai des tensions environnementales qui ne peuvent pas attendre ! (…)

Pour parler de l’un des défis majeurs actuels de Bangreweogo, qu’est-ce qui est fait ou prévu pour régler le problème de la jacinthe d’eau ? D’abord, qu’est-ce que c’est ?

En ce qui concerne la jacinthe d’eau, c’est une plante flottante qui se développe très rapidement mais qui a besoin de beaucoup d’eau. Elle se développe sur les eaux usées. La graine de la jacinthe peut subsister pendant 25 ans. Elle occupe tous nos cours d’eau. C’est un fléau pour nous. Elle assèche nos mares car accélérant le processus d’évaporation, elle étouffe la vie aquatique, empêche nos oiseaux  et les roussettes de boire et elle livre un spectacle qui n’est pas beau à voir.  Dans la première approche, on  voulait la détruire de façon chimique. Mais on s’est rendu compte qu’en le faisant, nous détruisons plus notre environnement que la jacinthe d’eau. On est revenu sur l’approche bactériologique, c’est-à-dire l’attaque par les insectes. Il y a un charançon qui a été ramené du Brésil et inséminé au parc Bangréweogo et il était censé brouter très rapidement la jacinthe d’eau. Mais il s’est trouvé que cette jacinthe pousse moins vite qu’elle ne se reproduit. A l’heure actuelle, le charançon est là. Il continue à se nourrir mais la jacinthe d’eau se développe plus rapidement. Je ne sais pas s’il a retourné sa veste, mais ce charançon ne joue pas son rôle. Maintenant, comment l’éradiquer ? Quand on la ramasse et la jette, lors des pluies, l’eau de ruissellement la convoie vers d’autres cours d’eau. Nous avons trouvé une méthode contre qui, jusqu’à présent, personne n’a démontré qu’elle est mauvaise ou proposé mieux. Nous allons lancer l’opération dans deux semaines. Tous les agents ramassent à la main la jacinthe, on la met dans les pirogues. Ensuite, on creuse une grosse fosse et on entasse la plante. Ensuite, on referme la fosse. Cela évite de disséminer la graine et cela nourrit le sol sans permettre à la plante de repousser.  La Direction de la propreté envoie aussi ses bennes ramasser les plantes  et les versent dans le centre d’enfouissement technique de la commune.   Il y a aussi le ministère de l’Emploi qui a lancé une opération d’emploi de jeunes. Le parc est bénéficiaire d’une centaine de jeunes qui viendront principalement pour l’extraction de la jacinthe d’eau. Il y a les serpents et les scorpions dans les eaux, mais nous avons la bénédiction de Dieu. Nos crocodiles, inch’Allah, ne feront rien à personne.

Il y avait de l’éclairage à Bangreweogo. Mais les projecteurs semblent désaxés et le mur est endommagé par endroit. Qu’est-ce qui est prévu pour régler cette situation ?

Ces barres d’éclairage ont été coupées dans les années 96 par des bandits lorsque le parc n’était pas surveillé et on ne les  a plus restaurées. Pourquoi ? Parce qu’assurer la sécurité de 265 ha 24h/24 pendant que les voleurs développent des stratégies pour vous voler ou détruire. Nous avons opté de ne pas les restaurer. Note vœu, c’est d’opter pour l’énergie solaire. Nous prions pour que nos vœux coïncident avec nos moyens. Nous n’avons pas les moyens d’assurer un éclairage électrique toutes les nuits. Sur un budget attendu de 400 millions de F CFA par an pour le minimum, nous nous retrouvons souvent avec 200 millions de F CFA uniquement financés par la commune. C’est vrai qu’on dit que le parc est budgétivore, mais évaluez combien coûte un litre d’oxygène à l’hôpital Yalgado. Le Parc Bangreweogo est très utile. Nous avons demandé à un étudiant de faire une évaluation de l’impact du parc Bangreweogo.

Pour clore ?

Il n’y  a pas de dernier mot avec l’environnement. Ce qui reste à dire est important. Mon dernier mot, c’est donc une doléance : que vous m’ouvriez encore ce canal. Ne soyons pas égoïstes et comme le dit un écriteau à  Bangreweogo, nous ne l’avons pas (le parc) hérité de nos parents. Nous vous l’avons emprunté à vous, générations futures, et nous devons vous le restituer mieux. Je vous remercie.

Petit rappel historique sur Bangreweogo

«  Les autochtones, les Nioniossé, avaient des fétiches qui étaient à l’intérieur de cette forêt. Les Mossi, avec Naaba Oubri, sont venus de Tenkodogo en conquérants. Les autochtones les ont bien accueillis, ont nourri leurs chevaux et nourri  les guerriers et ont demandé l’objet de leur présence  sur leur terre. C’est difficile de dire à celui qui vous  a nourri et abreuvé que vous êtes venus le trucider. Il a dit, entre autres phrases, « woôgd la ka », c’est-à-dire en mooré, « on nous a honorés ». Et c’est la déformation qui a donné « Ouagadougou » et Nongrmassom, c’est-à-dire, « l’ombre est bonne » (…). Cette dans cette forêt protégée que se faisaient les rituelles des autochtones, qui les faisaient au nom de l’empereur et sur autorisation de ce dernier (…). Le caractère bois sacré du parc est alors apparu avec à l’intérieur le python, qui existe toujours à l’heure où nous parlons. Beaucoup l’ont vu comme moi. Il y a le crocodile sacré, le varan sacré et la rivière sacrée et qui, en ces temps de sécheresse, se divise en deux mares. Il y a aussi le vieux puits. Il y a d’autres choses mais je vous livre ce que je suis autorisé à dire car nous avons des ententes parfaites entre les autorités coutumières et celles administratives.  A l’arrivée des colonisateurs, les populations ont été dépossédées de leurs droits (…). Mais en 1937, la forêt a été déclarée forêt d’intérêt scientifique et classée. Aux indépendances, tout a restitué à la Haute-Volta (..). En 1997, sous l’instigation de Salif Diallo, alors ministre l’environnement et de l’eaU, on a lancé l’aménagement de cette forêt (…) afin d’éviter les déchets ménagers et les déchets humains (bandits, délinquants, etc.). Le 5 janvier 2001, la forêt a été rétrocédée à la ville ; une rétrocession pleine et entière proposée au conseil municipal qui a délibéré et l’a adoptée. C’est donc une entité communale. »

Moustapha Sarr

 

 

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Abdou ZOURE

Abdou Zouré, journaliste à Burkina24 de 2011 à 2021. Rédacteur en chef de Burkina24 de 2014 à 2021.

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Un commentaire

  1. ayez la gentillesse d’aller voir mon site et mon blog (lien ? partir du site). vous verrez que m?caniquement je peux venir r?colter la jacinthe d’eau. . . je suis au CAMEROUN fin du mois de mai, si vous croyez que nous pouvons faire quelque chbose ensemble, au retour du CAMEROUN je peux faire un e escale chez vous
    merci de me donner une suite et n’ayez aucune retenue sur les questions ? poser

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