Opinion – « Le RSP, cette 5eme colonne que nous ne saurions voir : peur ou naïveté ? »

Ceci est une contribution de Aziz OUANDAOGO sur la crise actuelle entre le Régiment de sécurité présidentielle et le Premier ministre Isaac Zida.

Pendant encore combien de temps allons-nous supporter le « sabotage » – oui, ça en est bien un – de notre Transition par l’ancienne garde prétorienne de Blaise Compaoré ? Cette unité, qui n’a d’élite que sa propension à mettre des coups de frein à notre processus démocratique depuis l’avènement des 30 et 31 octobre 2014, est encore aujourd’hui au cœur de l’actualité. Il n’est pas ici question de prendre parti pour l’un des protagonistes de cette crise qui n’a que trop duré – le Premier Ministre ou son ancien corps de rattachement – mais, plutôt de dénoncer ces sautes d’humeur antirépublicaines du RSP.

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J’étais pourtant de ceux-là, qui par peur – eu égard aussi bien à sa capacité opérationnelle qu’à la force de frappe à sa disposition –, ou par naïveté – estimant que malgré sa mauvaise presse et ses nombreuses turpitudes on pourrait tout de même composer avec ce régiment notamment dans la lutte antiterroriste –, qui pensaient qu’il n’était pas nécessaire d’en arriver à une dissolution du RSP. Toutefois, à la lumière des derniers évènements où des éléments de cette unité ont, une fois de plus – hélas –  perturbé la quiétude des riverains de Kossyam et partant de tout le Burkina par des tirs de fusils – certes en l’air –, on est tenté de se poser la question suivante : pour qui roule le RSP ?

L’interpellation pour audition par la gendarmerie nationale de deux de ses officiers ne peut aucunement justifier cette chienlit. « Interpellation » n’est pas synonyme de condamnation et s’il les officiers interpellés n’ont rien à se reprocher, ils ne devraient rien craindre de ce passage à la gendarmerie. En revanche la réaction impromptue de certains éléments du RSP, manifestant leur mécontentement suite à de simples interpellations, illustre bien l’état d’esprit qui est le leur.

Pour ces derniers, la gendarmerie nationale n’est pas compétente pour auditionner leurs éléments encore moins leurs « chefs » et cela en raison de l’« immunité » et l’« impunité » dont bénéficiaient de fait les éléments de cette unité sous le régime Compaoré.

Manifestement le RSP n’a toujours pas pris la pleine mesure du slogan « plus rien ne sera comme avant » d’où, les actes de déstabilisation qu’il ne cesse de poser. Ces éléments contestataires auraient à mon sens, pu trouver d’autres méthodes pour exprimer leur mécontentement plutôt que de faire crépiter les armes, cela n’augure rien de bon.

Essaieraient-ils de nous faire passer un message subliminal dont la substance serait : nous sommes la réalité du pouvoir et les institutions de la Transition ne sont qu’une farce ? Sinon, comment comprendre que le RSP ait imposé au Président de la Transition son chef d’état-major particulier de même que la nomination de l’ancien aide de camp du président Compaoré en qualité de chef de corps de ce régiment ?

Comment comprendre qu’aux premières heures du soulèvement populaire le Premier Ministre Isaac Zida était favorable à la dissolution de cette unité pour ensuite faire du rétropédalage et estimer que le RSP ne devrait pas être démantelé et pire, qu’il devrait être plutôt renforcé ? Enfin, comment expliquer que malgré les appels incessants et les nombreuses marches organisées à travers le pays pour exiger au mieux la dissolution du RSP ou à défaut son départ de Kossyam, des éléments de cette unité continuent à narguer le peuple en se comportant comme des « gangsters » ?

La réponse à toutes ces interrogations n’est qu’un Secret de Polichinelle et jouer la politique de l’autruche n’aidera en rien à l’aboutissement de notre processus de transition.

Nous avons, pour la plupart, refusé de voir que certains éléments de cette unité d’« élite » sont restés fidèles à leur ancien « maitre » Blaise Compaoré et recevraient probablement toujours de ce dernier des instructions pour orienter la transition dans le sens des intérêts de l’ancien locataire de Kossyam. Mais que veut au juste ce dernier ? Revenir au pouvoir ? Cela est exclu car, ni les insurgés d’octobre, ni la communauté internationale ne le permettraient.

Alors, reste qu’il est de son intérêt de favoriser l’arrivée au pouvoir d’un candidat qui ne serait qu’une « marionnette » entre ses mains afin d’étouffer tous les dossiers judiciaires en cours dont, l’instruction pourrait le compromettre lui ou son cercle proche.

Cette mission était celle qui était assignée au Lt. Colonel Isaac Zida quand le RSP a prévalu de sa « force de frappe » pour l’installer au sommet de l’Etat après la fuite de Blaise Compaoré. L’ire de ce régiment contre le Premier Ministre doit donc s’analyser à travers le prisme de la volonté de ce dernier de s’émanciper de la tutelle de ce corps d’armée pour servir des intérêts qui sont manifestement en contradiction avec ceux du RSP.

Le peuple burkinabè ne peut sempiternellement supporter les frasques de cette unité qui refuse de se soumettre aux lois de la République. A un peu moins de trois mois et demi des élections présidentielle et législative, l’exigence de la démission du Premier Ministre et de tous les militaires du gouvernement est inacceptable. Il appartient donc au Président de la Transition de prendre ses responsabilités en prenant des décisions fortes concernant le RSP et si ses éléments refusent obtempérer, qu’il leur donne le pouvoir et retourne à sa ferme et là on saura officiellement qui détient le pouvoir au Burkina

 Aziz OUANDAOGO
Doctorant en Droit Public
Université de Rouen (France)


NDLR : Le titre est de l’auteur

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2 commentaires

  1. il ne faut pas douter que Blaise veut installer le chaos ici au FASO pour pouvoir p?cher en eau trouble. est reconnu sp?cialiste des crises qui ont secou? de l’UEMOA ces derni?res ann?es . Avec les m?mes hommes encore pr?sents au RSP,Il(Blaise) les a provoqu?s ou soutenus avant d’aller jouer au pompier notamment le coup d’?tat manqu? en RCI transform? en r?bellion, l’h?bergement des rebelles et les preneurs d’otages du MALI. Des marionnettes y ont ?t? certainnement install?es qui donn? la
    base de la richesse de certains du RSP. pourquoi ne pas reproduire ce scenario en terre natale ; comprenez donc pourquoi le RIMBIGA DE BOUSMA ne veut ?tre de ces marionnettes

  2. TRES TRES DEPLORABLE CE QUE FONT CES ELEMENTS DU RSP. ILS SONT ENTRAIN DE DONNER RAISON A CEUX QUI VEULENT LEUR DISSOLUTION.SI J ETAIS A LA PLACE DES DEUX CHEFS RSP J ALLAIS DEMANDER A ETRE AFFECTER DANS UNE AMBASSADE POUR UN BOUT DE TEMPS. JE NE VOIS PAS CE PRESIDENT QUI SERA ELU EN OCTOBRE LEUR FAIRE CONFIANCE.LES GARS METTEZ DE L EAU DANS VOTRE VIN CAR VOUS NE SEREZ PAS DISSOLU CAR SI ON DISSOUT LE RSP IL FAUDRA EN CREER UNE AUTRE UNITE.
    SOYONS ZEN

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