Le Burkina perd le Nord : « C’est excessif », selon Roch Kaboré

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Le Président du Faso comprend « bien » l’impatience de ses concitoyens qui attendent toujours de ressentir l’effet du Plan national de développement économique et social (PNDES) qui « a eu quand même des résultats significatifs ». Il ne considère pas les mouvements citoyens comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête parce qu’« ils sont dans leur rôle ». Dans ce pays salué pour sa coexistence religieuse, le Chef de l’Etat n’assimile pas les attaques terroristes à « une remise en cause de la convivialité religieuse  qui existe au Burkina Faso » mais plutôt comme étant le résultat d’ « une certaine collusion avec les forces djihadistes qui sont au Mali ». Collusion dont Blaise Compaoré passe pour l’auteur en raison de ses « rôles de médiation » joués dans ce pays. Retour sur le grand entretien qu’il accordé à TV5 Monde, RFI et au journal Le Monde ce samedi 4 novembre 2017 dans l’émission Internationales. 

Le Chef de l’Etat comprend « bien l’impatience du peuple burkinabè face aux enjeux du développement et de la lutte contre la pauvreté». Mais il tient à signifier que c’est une lutte de moyen et long termes. Il n’a pas d’échéance à donner à ses compatriotes pour voir l’effet escompté jusque dans le panier de la ménagère. Mais en « deux ans de mandat, affirme-t-il, il y a eu quand même des résultats significatifs dans le secteur de la santé, de l’électrification, de l’éducation ».

Ces résultats significatifs, tous ses concitoyens ne les voient pas, ne les perçoivent pas. Les mouvements citoyens avec en tête le Balai Citoyen qui a contribué à l’avènement de l’insurrection populaire, ne manquent pas de le lui faire savoir. Pour autant, le Président ne considère pas le mouvement comme un problème à solutionner. « Le Balai citoyen est dans son rôle citoyen. La société civile est un instrument nécessaire à faire un rappel au pouvoir public sur les engagements et les mesures que nous devons prendre ». Ce mouvement « ce n’est pas une épée de Damoclès » et ses membres qui sont dans leur rôle, il les écoute, tire ce qu’il y a de « positif », travaille « à le mettre en œuvre également ».

Prime à la démocratie pour le Burkina ?

Rappelant brièvement l’histoire du pays qui a été marquée depuis 1960 et dont il est le seul Chef d’Etat civil qui a été élu, tous les autres (hors-mis sous la transition) étant arrivés au pouvoir suite à des coups d’Etats militaires,  Roch Kaboré est catégorique. « De ce point de vue, cette prime n’existe pas ». Mais relativisant, en référence à la mobilisation « positive » autour de la table ronde des bailleurs de fonds pour le financement du PNDES à Paris en France, le président du Faso n’exclut pas que le processus de renouveau démocratique en cours soit sujet à une éventuelle prime.   Partis pour récolter 5900 milliards d’intention de financement, le gouvernement était revenu avec 15 000 milliards en termes d’annonces dont « c’est en cours pour certains » avec « d’autres (qui) sont concrétisées ».

Concernant les attaques terroristes, une des pistes qu’il a écartée d’office, c’est qu’ « il n’y a pas une remise en cause de la convivialité religieuse  qui existe au Burkina Faso ». 

Par contre, le président Kaboré privilégie celle de la collusion qu’il y a eu entre l’ex-Chef de l’Etat Blaise Compaoré et des chefs djihadistes qu’il recevait dans le cadre de sa médiation dans la crise malienne qui n’a pas connu de dénouement depuis lors.

« L’ex-président Blaise Compaoré a joué des rôles de médiation au Mali qui ont fait que de façon constante nous avons eu une certaine collusion avec les forces djihadistes qui sont au Mali », a soutenu Roch Kaboré. Et contrairement à Blaise Compaoré, lui affirme ne pas pouvoir « laisser le Burkina Faso comme une plate-bande où nous passons des armes, où nous passons de la drogue et nous faisons des trafics de tous genres ».

Cette position affichée face aux mouvements dont les leaders bénéficiaient de toute l’attention avant la fin 2014 constitue « forcément un obstacle pour ces personnes ». De ce fait, conclut-il, « il est tout à fait normal que le Burkina Faso soit visé ». La situation affirme Roch Kaboré, n’est pas une question de capacité des services de sécurité en termes d’informations mais c’est plus une question que la collusion permettait de masquer un peu ces insuffisances.

Des officiers aux postes d’ambassadeurs et d’attachés militaires en ce temps de guerre

A la suite de l’ancien chef d’Etat-major nommé ambassadeur au Ghana voisin, d’autres chefs militaires ont été nommés ambassadeurs ou attachés militaires dans les représentations diplomatiques. Pourquoi un tel choix ? « Le pays a besoin de renouvellement », a justifié Roch Kaboré. Poursuivant ses explications, le président a lié ce choix au fait que ceux qui étaient experts hier sont peut-être dépassés par l’expertise d’aujourd’hui.

Ainsi, pour bâtir « une nouvelle agence de renseignement qui est conforme aux nouveaux B-A-BA dans ce domaine », il juge « tout à fait normal » de procéder à un changement de la hiérarchie et à une réaffectation des anciens chefs militaires. Dans cette réorganisation de l’ANR, a indiqué Roch Kaboré, le pays s’est tourné vers des partenaires pour la formation des hommes qui vont permettre de mettre une « véritable » institution qui va s’occuper des renseignements.

Pendant ce temps au Nord… Pour le chef suprême des armées, « c’est excessif de penser que nous perdons une partie de notre territoire ou le nord de notre territoire » même si nuance-t-il, « c’est vrai qu’il y a des points de récurrence dans un certain nombre de zones bien limitées dans lesquelles ces problèmes se posent ». Cela n’exclut pas « malgré les actions spontanées réalisées çà et là » que le Burkina a  « une bonne maîtrise de [son] territoire ».

Et si la difficulté de venir à bout des assaillants se complique davantage, c’est parce que, analyse le président du Faso, « pour l’instant, nous sommes obligés de faire face à des gens qui nous attaquent sur les premiers postes de notre pays et qui repartent au Mali » alors que « chacun devait faire en sorte d’assurer la sécurité des frontières ».

Oui KOETA

Burkina24

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