Burkina : C’est parti pour la « refondation du contrat social » !

1678 0

Après l’annonce le 11 juin 2018 par le chef du gouvernement de la couleur, c’est parti pour soixante et douze heures de concertations, « une opportunité pour gommer les injustices de notre société » avec pour base « les critères objectifs » que sont le diplôme, la qualification, la durée de la fonction, le niveau et la pénibilité du service public en cause.

Issus de l’administration publique, des organisations syndicales ( 5 centrales syndicales sans la CGT-B et 21 syndicats autonomes) et des autres composantes de la société civile, les participants à la conférence des forces vives de la nation sur la rationalisation du système de rémunération des agents publics de l’Etat ont trois jours. Ils doivent  « refonder le contrat social avec les agents publics de l’Etat et assurer la pérennité de notre modèle social » en s’appuyant sur les trois « principes majeurs » que sont l’équité et la justice, la soutenabilité des finances publiques et la solidarité.

Tous ceux qui ont accepté de s’attabler comme Olivier Guy Ouédraogo de la Confédération syndicale du Burkina (CSB)  conviennent de la nécessité de parvenir à « une répartition équitable des richesses,  preuve d’un gage d’une cohésion sociale qui permettra à notre pays de se construire » par la résolution  « une bonne fois pour toute de l’épineuse question de l’inégalité du traitement salarial des agents publics de l’Etat ».

De l’absence de délégués de la CGT-B

L’absence à la conférence de délégués de la Confédération général du travail du Burkina (CGT-B) a évidemment fait l’objet de commentaires. Le premier est venu d’Olivier Guy Ouédraogo qui a pris la parole au nom des 5 centrales syndicales et des 21 syndicats autonomes.

Il a dédié la citation « le monde dans lequel nous vivons est le fruit de notre réflexion. Si nous voulons le changer, il faut que nous changeons notre manière de réfléchir » d’Albert Einstein aux non présents dont il regrette l’absence « car on ne peut construire le Burkina de demain avec des réflexions qui ont toujours prévalu d’opposition stérile de classes ».

Conciliateur, le chef du gouvernement, Paul Kaba Thiéba, tout en félicitant les « délégués présents qui ont fait l’effort de participer à ce forum capital pour l’avenir » assure les absents quant à la disponibilité de « leur place » et ce en « dépit des divergences d’opinion ».

« On ne peut construire le Burkina de demain avec des réflexions qui ont toujours prévalu d’opposition stérile de classes »

« Eviter la survenance d’un Etat à éclipse »

Le Pr Seyni Ouédraogo, ministre de la fonction publique, du travail et de la protection sociale, a opté lors de l’allocution de 20 minutes de « prendre congé de [sa] fonction ministérielle le temps d’un discours » pour « revêtir la toge de l’universitaire (et) pour retrouver la liberté de ton » qui va avec. L’enseignant de droit à l’Université Ouaga II en avait besoin eu égard du recours à ses pairs et aux décisions ultérieures de tribunaux administratifs.

Parce que « l’Etat, ce n’est pas le président du Faso et ses ministres », argumente-t-il, et que « la place qu’il (Etat) occupe dans notre vie quotidienne est telle qu’il ne pourrait en être retiré sans que, du même coup, soient compromises nos possibilités de vivre », comme l’écrivait Georges Burdeau dans l’Etat, 1970, « le gouvernement a obligation de garantir l’intérêt général en travaillant à satisfaire de façon permanente les besoins sociaux de base » et « doit veiller en ces temps de crise à éviter la survenance d’un Etat à éclipse ». Notamment parce qu’il a en face des « agents publics (qui) usent, voire abusent de leurs libertés de manifestations pour interrompre brutalement la continuité du service public».

Pour qu’il y ait harmonie dans le ménage à trois  composé du gouvernement, des fonctionnaires et le juge administratif, et surtout parce que « c’est le sort des générations actuelles et futures qui se dessine à cette conférence », l’enseignant de droit estime qu’il n’est possible d’atteindre cet état qu’en prenant « pour cardinale cette boutade selon laquelle ’’la justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique’’ »

Pour plus d’équité, de justice et d’investissements

« Les droits syndicaux, a déclaré le Pr Seyni Ouédraogo, ne font pas partie du noyau des droits de l’homme considérés comme absolus et indérogeables » que sont « le droit à la vie, le doit à ne pas être torturé ni subir des traitements inhumains ou dégradants, l’interdiction de l’esclavage, la non rétroactivité de la loi pénale ». A l’exception de ces droits, défend-t-il, tous les autres droits peuvent faire l’objet de restrictions nécessaires par la loi pour protéger la sécurité nationale, l’ordre public, la santé ou la moralité publique.

Ce qui ne fait pas passé l’Etat qui y recoure pour une dictature ou un Etat moins démocratique à l’image du Canada avec sa loi  spéciale qui permet au gouvernement de mettre fin à une grève et imposer la négociation aux acteurs. Pour l’universitaire, cette conférence est « une opportunité pour gommer les injustices de notre société » en se basant sur « les critères objectifs » que sont le diplôme, la qualification, la durée de la fonction, le niveau et la pénibilité du service public en cause.

Pour que cela n’ait pas l’effet d’un sparadrap sur une plaie en temps de chaleur, « l’impératif de sécurité juridique doit être la variable d’ajustement des solutions et de leur mise en œuvre » oriente l’enseignant de droit.

En référence à l’injonction « faites-moi de bonne politiques, je vous ferai de belles finances » du baron Joseph Dominique Louis, Seyni Ouédraogo a demandé aux participants de « se pénétrer au mieux de l’idée que les décisions législatives et administratives doivent être modulées pour garantir leur effectivité ».

Parce que « notre fonction publique est le reflet de notre histoire », a caricaturé le Premier ministre avant d’ajouter  qu’il faut « à tout prix le préserver, le moderniser et le transmettre aux générations futures », « changer la trajectoire d’évolution de la masse salariale (qui) menace notre capacité à générer une épargne budgétaire conséquente pour assurer une part substantielle des investissements ».

Oui KOETA

Burkina24

Votre commentaire sur ce sujet

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Oui Koeta

Je pense que 'la vitalité d'un pays se mesure (en partie) à celle de ses journalistes'. Merci de participer à cela à travers vos retours de lectrices et lecteurs. I believe that 'the vitality of a country is meseared (in part) by that of its journalists'. Thank you for being part of the adventure by giving feedback.

Article du même genre