Ministère de la famille : Après le retrait de la rue, place à la « resocialisation »

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Il y a une semaine, ils étaient dans les rues de la capitale Ouagadougou. Depuis le début de l’opération, les personnes en situation de rue qui ont été récupérées par les soins des agents du ministère de la famille apprennent à « se réapproprier les éléments de base pour se resocialiser ». C’est le cas de ces enfants et adolescents du centre d’accueil d’urgence de Somgandé.

 

Il est 11h05, lorsque le chef du gouvernement franchit l’entrée du centre situé au Nord-Est de la capitale. Y ont été accueillies 428 personnes de sexe masculin avec un âge variant de six à 20 ans. Dix pour cent (10%) de « retournés » de cet effectif sont « suivis » par le ministère de la femme, de la solidarité nationale et de la famille.

Yirpawendtaoré, en chemise noire et pantalon blanc sandales aux pieds, confie avoir 20 ans et venir de Kokologo à quelques encablures de la capitale. Avant de se retrouver au centre, la nuit tombée après avoir effectué des travaux de manœuvre sur les sentiers, il dormait à la gare routière, à Sankaryaaré. « Là où je  suis fatigué, c’est là que je dors. Je n’ai pas un coin fixe ». Et pourtant, il a des parents ici. Pourquoi n’est-il donc pas en famille ? « C’est compliqué », répond-t-il. 

Le jeune homme, qui doute de partager les mêmes gènes que ses frères, finira pas s’étaler sur les raisons qui l’ont conduit dans la rue. Une bien triste histoire. « On m’a dit de laisser mes études, de partir en Côte d’Ivoire travailler. (…) Je me suis dit que dans mes pensées, ce n’est pas mon père. (…) Ce n’est pas lui qui m’a dit de sortir. Mais dans mes pensées, c’est moi je suis l’aîné de mon père. Si tu me fais quitter et tu peux payer les études des autres, ce n’est pas normal », se plaint Yirpawendtaoré.

A présent qu’il a où dormir et manger à sa faim, il « remercie le Tout puissant et le président du Burkina Faso parce qu’il a su de faire cela, c’est une bonne chose ». En effet, pour cet adolescent, il n’y a rien de tel qu’être au centre. « Etre ici, c’est bon avec nous. On nous donne à manger. Les nourritures restent. On nous donne à habiller, à laver, tout ce qu’on veut ». Ce qu’il veut lui, c’est avoir cette possibilité d’obtenir un permis de conduire ou de reprendre les études.

Paulin Tambadi est éducateur spécialisé dans ledit centre.  «La majorité accepte de rester », confie-t-il. Et ceux qui  fuguent, ils reviennent toujours. Des cas de délinquance avérée, il en existe, déplore l’éducateur spécialisé. Ce qu’apprécie Paulin  Tambadi par-dessus tout, avec ces « enfants  qui ont longuement vécu dans la rue et sont devenus violents » c’est qu’ « il y a une complicité entre eux. Ils se bagarrent, ils se réconcilient après ».

Le football, un jeu collectif ou le fair-play est de mise

« Se réapproprier les éléments de base pour se resocialiser »

La rencontre avec les enfants se fera dans une salle après une visite du centre. Un briefing autour de l’opération de retrait des personnes en situation de rue par leur répartition dans quatre centres de Ouagadougou a été fait par Laurence Ilboudo/Marchal, ministre de la femme, de la solidarité nationale et de la famille.

C’est alors que le chef du gouvernement a quitté son confortable siège pour se rapprocher de ces enfants qui « ont connu des expériences douloureuses, traumatisantes à cause de circonstances qui les ont amenées dans la rue ». L’opération, une « initiative louable » de la part de ce département ministériel, appréciera Paul Kaba Thiéba,  « c’est l’expression la plus achevée de cette volonté politique du gouvernement ». Il fonde l’espoir qu’à travers celle-ci, depuis « l’intérieur de ces centres, qu’ils apprennent à se réapproprier les éléments de base pour se resocialiser, se donner des ambitions dans la vie »

Debout au milieu de la salle face aux enfants, il leur a fait une promesse. Aux gosses, le Premier ministre a promis que le gouvernement mettra tout en œuvre pour faire d’eux des champions dans le théâtre, dans le football, dans l’athlétisme, dans l’artisanat, dans les études pour devenir des docteurs, des ingénieurs, des docteurs pour le Burkina Faso.

De l’implication des familles

Avec 10% de retournés dans leur famille biologiques qui sont suivis par les agents du ministère, « le phénomène n’est pas seulement la pauvreté » mais « c’est un phénomène social où il faut vraiment que tout le monde s’y mette » lance la ministre de la famille dont les collaborateurs ont commencé à stabiliser les enfants récupérés pour leur donner une chance de réussir.

« Maintenant nous devons travailler à ce que d’autres ne viennent pas remplacer ces enfants », oriente Laurence Ilboudo. Elle est soutenue par le chef du gouvernement. Lui aussi en appelle à la responsabilité des familles. « De grâce, interpelle Paul Kaba Thiéba, nous les parents, faisons tout pour éviter que ce genre de situation ne se reproduise dans nos sociétés. Le gouvernement est déterminé mais il faut aussi que les familles prennent leurs responsabilités ».

« De grâce, nous les parents, faisons tout pour éviter que ce genre de situation ne se reproduise dans nos sociétés »

« Je reste ouverte »

Lundi, en conférence de presse, le syndicat des travailleurs de l’action sociale (SYNTAS) affirmait que l’«opération a véritablement été montée dans la clandestinité ». La ministre a réagi au cours de l’interview qui a suivi la rencontre avec les enfants.

Laurence Ilboudo, « première responsable » du département affirme n’avoir « jamais été interpellée par un syndicat » au sujet de cette opération mise en place « avec leurs collaborateurs qui sont des professionnels aussi » sous le prétexte qu’elle « était mal attelée ».

 

Qu’à cela ne tienne ! Elle a fait part de sa disponibilité à écouter les responsables syndicaux. « Je reste ouverte à toute critique pour améliorer. S’ils pensent que cette opération n’est pas à leur sens bien attelée qu’ils me fassent leur suggestion ».

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