Procès putsch: La Défense doute des conclusions de l’expertise

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Les investigations électroniques auront coûté la bagatelle de 586 millions de FCFA à l’Etat burkinabè. Elles ont concerné notamment l’expertise des téléphones portables et l’exploration des ordinateurs des présumés putschistes et alliés. Mais, l’objet des discussions de ce 10 septembre 2018 au Tribunal militaire ne se résume pas à cette question. La sincérité du rapport d’expertise est mise en cause par la partie défenderesse.

Le lieutenant Limon Kolamba Jacques était de nouveau à la barre du Tribunal militaire. Son nom est cité dans l’affaire parce que ressorti en expertisant le téléphone du Capitaine Zoumbri Oussène de l’ex-RSP. Poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires, ce « militaire bureaucrate » était chargé de vérifier la régularité des documents notamment confidentiels au secrétariat particulier du Ministère de la défense nationale.

« L’incident entre l’expert Younoussa Sanfo et moi n’est pas un incident isolé. C’est une action collégiale. Tout tourne autour d’une histoire de 347 millions de FCFA en rapport avec un marché public à la Justice militaire, étant donné que la 1re somme de 239 millions lui avait été versée à notre insu. Notre discussion a mal tourné. Younoussa Sanfo m’a dit que c’est à mon niveau que son dossier était bloqué et que je serai responsable de ce qui va s’en suivre », déclare l’Officier militaire dès la reprise du procès.

Le Lieutenant Limon K. Jacques explique que ledit dossier n’était pas en conformité avec les textes en vigueur. « A l’époque, j’ai critiqué son dossier parce qu’il ne respectait pas les normes. C’est des trucs tripatouillés et inventés de toutes pièces. Par exemple, dans son devis, les montants sont en Euro. On n’est pas en France ici. En tout cas, le gars me guettait pour me fouetter. Je ne comprends pas l’acrobatie par laquelle ils ont foutu mon nom dans cette affaire », ajoute le prévenu qui bénéficie actuellement d’une liberté provisoire.

« Monsieur le Parquet, s’il vous plaît, arrêtez de me harceler »…

Les avocats de la défense viennent à sa rescousse. Maître Bonkoungou se demande si le travail de l’expert a été vraiment fait pour appuyer la Justice militaire ou bien juste pour avoir de l’argent. Il met en cause la sincérité des conclusions de l’expert en électronique, Younoussa Sanfo. Obstiné, l’avocat de l’accusé revient à la charge, armé d’une flopée de dictons romains. Pour Maître Sombié, « l’histoire du coup d’Etat de septembre 2015 est une histoire de financements occultes ».

Il regrette que la simple extraction de SMS ait valu à l’Etat burkinabè plus du demi-milliard de FCFA. Selon le Parquet, l’accusé et sa défense donnent des coups d’épée dans l’eau. Le Procureur rappelle que la contestation de la régularité d’une pièce peut se faire devant les juridictions compétentes notamment la Chambre de contrôle. « Monsieur Limon, pourquoi reconnaissiez-vous certains SMS, mais pas tout ? ». Cette question du Ministère public hérisse le poil de l’accusé qui finit par nier presque tous les SMS présentés.

« Monsieur le Parquet, s’il vous plaît, arrêtez de me harceler. Je n’ai jamais soutenu un coup d’Etat », réagit le Lieutenant Limon. Malgré l’insistance de la partie défenderesse, le Parquet et les avocats des Parties civiles retiennent que le mis en cause a bel et bien travaillé à assoir le putsch, et que quand il a su que le navire CND battait de l’aile, il a initié des actions qui lui ont finalement valu des décorations. L’audition du Lieutenant se poursuivra demain 11 septembre 2018 à la Salle des Banquets de Ouaga 2000.

Noufou KINDO

Burkina 24

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Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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