La Chronique de David EBOUTOU | Paul Biya vainqueur dans tous les cas…hélas !

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Depuis mon mitard où ils m’ont confiné, j’observe avec grand intérêt les grands débats qui s’affrontent autour de l’enjeu électoral au Cameroun et dont l’épilogue se déroulera le 07 octobre 2018. S’il faille d’emblée reconnaître et surtout constater que, contrairement à l’élection présidentielle de 2011 où les débats semblaient versatiles, du fait d’une conjoncture fortement marquée par une grande déception liée au déverrouillage de la limitation du nombre de mandats présidentiels et surtout l’atonie passive qui s’en est suivie, l’élection présidentielle qui arrive semble davantage concentrer les attentions autour du personnage central Biya qui reçoit alors toutes les fourches caudines des 09 différents candidats.


Ce préalable étant posé, alors que l’on peut percevoir des signaux d’espérance qui animent les états-majors des différents candidats, chacun au gré des intérêts parfois inavoués, il nous a semblé nécessaire de rappeler à notre avis, ce qui fait la morpho-structure géopolitique du Cameroun à travers la définition robot de son électorat, sa perception (l’électeur), et surtout son conditionnement à voter pour tel et non pas pour tel autre candidat. À ce propos, commençons par la plus triviale de notre questionnement.

Qu’est ce qui peut motiver le choix de l’électeur camerounais aujourd’hui pour un candidat?

Quelques pistes à en juger d’un point de vue empirique et historique :

– La peur du lendemain ? Du décryptage du discours récurent qu’on entend ici et là,et dont la rationalité nous échappe parfois, surtout quand celui-ci est tenu par des personnes de visu totalement constitués, on en vient à l’analyse à conclure qu’il s’agit là d’un souci de mutation transactionnelle (changer de statut individuellement ,au mieux pour soi et son environnement direct opposé à la mutation transformationnelle qui aspire au changement de niveau de vie de la collectivité…) qui anime la plupart des électeurs.

– Soumission idéologique et tribale? Dans nos sociétés médiévales aux traditions de félonie et dithyrambique bien ancrées, la culture de l’homme providentiel  »choisi par les dieux » demeure en bonne place. Frère qui tient le flambeau au sein de l’ethnie, de la tribu doit être suivi, obéit, car, c’est de la volonté même de  »Dieu » clame-t-on souvent. Le glissement de ce fait se fait subséquemment au plan idéologique quand le frère du village, ou même par extension, frère de profession, d’un groupe de lobby quelconque se présente à une fonction élective. La suite est connue.

– La recherche des prébendes?  La politique sous les tropiques s’accommode essentiellement des promesses de dividendes. Pour la plupart de nos élites administrative, intellectuelle, politiques et traditionnelle, la maxime c’est qu’il n’y’a aucune action s’il n’y’a pas d’intérêts. À ce propos, les rhétoriques et le sophisme de campagne n’engagent souvent que ceux qui y croient. Au final, ‘Dieu » lui, reconnaitra les siens et l’enfer restera pour la majeure partie de la populace.

Classification des grands groupes d’électeurs…

Fort de ce qui précède et à l’attention particulière des candidats à cette élection, rappelons que l’électorat au Cameroun repose fondamentalement sur 03 grandes cultures:

1-La culture paroissiale ; C’est la culture du clocher. Comme dans une paroisse, tout le monde connait tout le monde. On connaît l’épicier, le boutiquier et le vendeur de vin de palme du coin. Ici, ce qui se passe en dehors de ces cadres n’intéresse personne. C’est le cas des masses rurales. Dans les villages excentrés du grand groupe centre-sud-est, là-bas on ne connait qu’un seul nom c’est Paul Biya! Les explications à ce niveau sont à la fois, historique, anthropologique, sociologique et empirique.

2-La culture de suggestion; À ce niveau, on retrouve les grandes masses surtout socio-professionnels ou catégoriels établies même dans les grands milieux urbains (Mototaximens,  bayam-sellam, taximens, vendeurs à la sauvette, etc.) qui, par un effet de suggestion en sont arrivés à se complaire de leur situation et d’en adouber les actes de leurs Bourreaux. L’on a par exemple souvent vécu des formes de manifestation de cette autre version du syndrome de Stockholm à travers certains actes ou propos épidermiques de ces groupes pour justifier leurs attitudes. Il suffira par exemple que le Président de la République félicite les moto-taximens dans un discours pour que ces derniers organisent une marche de soutien et rédigent une motion de promesse de vote et de soutien  »inébranlable ».

3-La culture de participation.

Il s’agit ici des petits groupes élitistes de par leur intellectualité. On les retrouve en minorité soit dans les milieux universitaires, étatiques, administratifs, politiques, et même sociaux. L’espace public est pour eux, un excellent prétexte pour l’émulation des idées qui, à priori peut structurer le choix de l’électeur devant l’urne. La culture de participation est donc sélective, car, n’étant pas toujours l’apanage de tous. Ce n’est pas tout le monde qui comprend les enjeux.

Pour ne pas conclure… Le Cameroun n’a pas encore atteint un niveau de maturation politique conséquent. L’électorat de culture paroissiale et celui de culture de suggestion qui sont essentiellement affectifs et sensationnels représentent à eux seuls près de de 80% et acquis largement au candidat président Biya.

La culture politique au Cameroun du point de vue de sa géopolitique intérieure induit à des attitudes cognitives, évaluatives et affectives qui rendent lisibles le résultat final d’une élection présidentielle comme celle du 07 octobre prochain. Les perceptions qui structurent certaines analyses sur des données à l’instar d’Internet (9% de couverture nationale) sont erronées. Les concurrents actuels du vainqueur déjà connu (sauf miracle) doivent dès à présent travailler à changer de paradigmes pour qu’à l’avenir, seul le programme politique devienne l’étalon de mesure qui départagera les différents candidats.

David Eboutou

Analyste politique Chercheur en Relations Internationales


David EBOUTOU est expert en questions de Relations Internationales. Par ailleurs historien, il  a été consultant au sein de la célèbre chaîne télévision Afrique Media et dernièrement comme consultant sur la Télévision Vision 4 dans l’émission à succès « Panafritude ». Il exerce désormais comme consultant pour le compte de votre média Burkina24. A ce titre, il passera au peigne fin avec un verbe critique et percutant le développement de l’actualité en Afrique.

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