Régénération des sols : Le miracle des Koglweogo de Komki

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Le Burkina Faso est un pays sahélien. De ce fait, il est confronté à la dégradation massive de sa biodiversité à cause de la sécheresse. Malgré cet état, des volontés naissent pour contrer cette donne qui parait définitive. A Komki, un village de la Commune rurale de Komki-Ipala dans la province du Kadiogo, une communauté de défenseurs de la nature est née. Jadis terre non arable et non fertile, un travail de longue haleine a été mené par l’association Koglweogo avec l’appui de techniciens pour redonner à une portion de terre, son couvert végétal d’antan, prouvant que les effets de la sécheresse ne sont pas irréversibles.

Loin des cérémonies de plantation annuelle d’arbres organisées çà et là sans aucun suivi, à Komki, un village de la Commune rurale de Komki Ipala, des nouvelles approches innovantes ont été implémentées avec succès par un groupe de planteurs pépiniéristes, l’Association Koglweogo qui signifie littéralement ‘’prendre soin de la brousse’’. Ces Koglweogo se différencient de ceux qui, dans les derniers développements de l’appellation, se sont donnés pour mission d’assurer la sécurité des personnes et des biens.

L’Association Koglweogo du village de Komki a bénéficié de l’apport technique et financier du Projet gestion intégrée de la sécheresse en Afrique de l’Ouest (PROGIS-AO) dans sa composante Promotion de pratiques innovantes de résilience à la sécheresse par la mise en place d’un parc agro forestier multifonctionnel dans la commune de Komki-Ipala. Il y a trois ans de cela, sur la portion de terre identifiée à Komki, les populations avaient en face d’elles un terrain fortement dégradé, très lessivé et abandonné. Grâce au Projet gestion intégrée de la sécheresse en Afrique de l’Ouest (PROGIS-AO), un travail de restauration a été mené à travers la régénération naturelle assistée du couvert végétal pour rendre la terre plus arable.

Vidéo – Genèse et évolution de la régénération naturelle assistée des sols à Komki

Source : Projet gestion intégrée de la sécheresse en Afrique de l’Ouest (PROGIS-AO)

Ce projet, initialement, vise à aider les parties prenantes à tous les niveaux en leur fournissant des orientations pratiques et stratégiques et en diffusant des informations et des connaissances scientifiques ainsi que les meilleures pratiques en matière de gestion intégrée des sécheresses. Le mercredi 21 novembre 2018, une équipe de Burkina24 a effectué une incursion sur le site de Komki. Dans le cadre du projet, tout d’abord, la zone a été clôturée pour éviter l’intrusion des animaux.  

L’Association Koglweogo sollicite un forage sur le site de Komki Ph. B24

Par la suite, des scarifications ont été faites pour permettre l’infiltration de l’eau, explique Félicité Vodounhessi, chargée du Partenariat mondial de l’eau/Afrique de l’Ouest (GWP/AO).

D’autres techniques telles la mise en place de cordons pierreux, de haies vives et la pratique du zaï, des techniques innovantes de résilience à la sécheresse, ont contribué à la régénération des terres.

Et trois ans après, les deux hectares respirent la verdure. La terre revit et les récoltes redonnent le sourire. Avec ce travail, au bout d’une année, les résultats étaient visibles.

« La première année, comme c’était le début, nous n’avons pas eu beaucoup. Mais la vente du foin nous a rapporté 50.000 F CFA. Pour l’année suivante, nous avons dépassé ce montant. On attend cette année pour voir ce qu’on va avoir », rapporte Bila Compaoré dit Moussa, président de l’Association Koglweogo.

En déposant les pieds dans cet espace régénéré grâce à la main de l’homme, la différence se montre très nette par rapport à la zone non grillagée. Les herbes poussent à plus d’un mètre de hauteur. Les arbustes resurgissent. La terre jadis semblable à un vieux terrain de foot sans gazon retrouve sa douceur, offrant plus de chance de survie aux multiples plantes aux feuillages verts disséminées çà et là : manguiers, goyaviers, tamariniers, moringas, baobabs. Avec ces arbustes, les insectes y ont trouvé un havre de paix.

Actuellement, narre Hilaire Ilboudo, chargé de Projet du Partenariat national pour l’eau/Burkina Faso (PNE/BF), « la strate herbacée a recolonisé 90% de la superficie, alors qu’initialement, le taux d’herbacée ne dépassait pas 25 à 30% lorsqu’on faisait l’étude diagnostic ». Aussi, explique Félicité Vodounhessi, quand le projet débutait, la terre arable était de 5 cm et trois ans après, « on est à plus de 15 cm », dit-elle. Du pain béni pour Bila Compaoré dit Moussa et ses co-Koglweogo qui arrivent à commercialiser les bottes de foin issues de la repousse des herbes. Cette production est aussi utilisée par les membres éleveurs de l’association.

La différence de taille de l’herbe dans la zone clôturée et non-clôturée se passe de commentaires – Ph. B24

L’Association Koglweogo de Komki qui regroupe 25 membres dont 9 femmes, tous amis de la nature, sait pertinentes les actions qu’elle a menées en ce sens qu’elles luttent contre la sécheresse et traduisent de meilleurs lendemains pour les futures générations. Mais l’association réclame plus d’accompagnement pour consolider les résultats. « Si nous avons un accompagnement, nous n’allons pas souffrir. Si on peut nous aider avec un forage, cela nous évitera d’aller très loin pour ramener l’eau », soutient Wongo Nikièma, membre du groupement.

…un dispositif d’arrosage simplifié et adapté

Tout est bien beau sur le site régénéré de Komki. Mais le plus dur à faire, c’est de préserver et pérenniser les acquis. Les repousses doivent être entretenues et des pare-feux établis pour éviter les feux de brousse. Et pour perspectives, explique Hilaire Ilboudo, il s’agira de développer un dispositif d’arrosage simplifié et adapté au modèle goutte à goutte afin de faciliter le travail éreintant des membres de la communauté et d’assurer une bonne gestion de la ressource eau.

A défaut de ce système innovant, pour le moment, les membres de l’Association Koglweogo de Komki, composé en grande partie de personnes du troisième âge, usent de la force de leurs bras pour apporter l’eau aux plantes via un bassin érigé au milieu de la zone grillagée, bassin qui est au préalable rempli en puissant l’eau de la fontaine du village.

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

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Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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