Procès Sankara : « Salifou Diallo est une pièce maîtresse » dans ce dossier (Aziz Fall, témoin)

L’audition par visioconférence des témoins dans le cadre du procès Thomas Sankara a débuté ce lundi 10 janvier 2022 au tribunal militaire de Ouagadougou.  Aziz Fall et Thierry Secretan ont été entendus. Aussi lecture a été faite de la déposition de Salifou Diallo. 

Aziz Fall était le coordinateur du comité international justice pour Thomas Sankara. Dans son témoignage, il pointe Blaise Compaoré comme le commanditaire de l’assassinat de Thomas Sankara mais aussi présente Salifou Diallo comme l’acolyte de Blaise Compaoré dans les faits.

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« Salifou Diallo est une pièce maîtresse dans l’affaire Thomas Sankara. Il était le principal allié de Blaise Compaoré. Le jour de l’assassinat, il faisait la navette entre Blaise Compaoré et Thomas Sankara », a-t-il expliqué.

Le coordinateur du Comité International Justice pour Thomas Sankara a fait cas des manœuvres extérieures et des tentatives de corruption du collectif qu’il dirigeait. « Un étudiant était venu me voir avec une mallette contenant des dossiers et des liasses pour me dire de gérer l’affaire à l’africaine, à l’amiable. Je n’ai pas pu retenir son nom mais il connaît bien Salifou Diallo », confie-t-il.

Aziz Fall dit avoir appris à travers un dossier que Abderrahmane Zietyenga et un autre soldat du conseil auraient vu Salifou Diallo fouiller le bureau de Sankara après sa mort. Il a également cité Ablassé Ouédraogo, ancien ministre des affaires étrangères qui, selon lui peut donner des éclaircissements concernant ce document.

Pour Aziz Fall, Blaise Compaoré se serait servi de sa frustration pour préparer le coup contre Thomas Sankara car dit-il « Thomas Sankara était le numéro 1 alors que c’est Blaise qui a sorti Sankara de la prison. En plus l’aspect pécuniaire aussi ».

Le deuxième à déposer en ligne est Thierry Secretan, journaliste et photographe Français qui a eu beaucoup de voyages et de missions auprès du Président Ghanéen Jerry Rawlings. Il dit avoir connu le président Sankara par l’intermédiaire de Jerry Rawlings.

« C’est après le discours de Sankara en février 1984 à Bobo Dioulasso où Sankara avait fait cas des aides clandestines que Jerry Rawlings a apportée à la révolution, à Sankara et à ses proches. Les médias internationaux avaient repris le discours. Rawlins a dit que c’était dangereux. Il m’a envoyé chez Sankara pour lui faire dire le contraire mais il a refusé », a-t-il exprimé.

Ce dernier fait cas de la complicité extérieure dans l’assassinat de Thomas Sankara. Pour Thierry Secretan, l’aide clandestine du Ghana à la révolution burkinabè n’a pas échappé aux observateurs occidentaux. « Les camions qui ont permis à Compaoré et le commando de bouger de Pô pour monter sur la capitale ont été fournis par Rawlings et cela n’a pas échappé aux services de renseignements français et aux gouvernements européens », a-t-il laissé entendre.

Cette déclaration a emmené Ferdinand Nzepa, l’un des avocats de la famille Sankara à interroger le témoin sur un cas de manipulation évoqué par François Hauter, un autre journaliste français, de la part du service de renseignement français. « François Hauter a reconnu lors d’un colloque à Dakar qu’il a été manipulé par les services français. Il devrait faire un dossier sur le Burkina Faso.

Guy Penne a remis à François Hauter un dossier compromettant Sankara. Le dossier évoque des tortures, des assassinats sous la Révolution où Vincent Sigué est présenté comme quelqu’un qui torture les gens de façon inhumaine.  A la sortie, François Hauter a donc dépeint le Burkina assez sombre et il l’a reconnu lors du colloque qu’il a été manipulé par les services secrets Français », a souligné l’avocat.

Après les deux dépositions par visioconférence, lecture a été faite du procès-verbal d’audition de feu Salifou Diallo. Il était le directeur de Cabinet de Blaise Compaoré, alors ministre de la justice au moment des faits. Il est remonté à son dernier voyage avec le président Thomas Sankara à Addis Abeba où Thomas Sankara lui avait confié la mission de rédiger un document qui comporte trois points.

Il dit avoir rédigé le document à trois points, à savoir une réorganisation du Conseil National de la Révolution (CDR), le désarmement des CDR et le troisième point concerne la proposition du président Sankara qui voulait que Salifou Diallo lui-même assure la direction du parti qui sera issu de la réforme du CNR.

« Le 15 octobre 1987, je m’apprêtais à aller à la réunion de 16h avec Frédéric Kiemdé. Le président Sankara m’a dit d’aller chez Blaise qui était malade prendre ses amendements par rapport au document que je lui avais remis.

 Arrivé c’est son cuisinier Kouamé qui m’a reçu et il est allé taper à la porte de Blaise. Il est revenu avec le document.  Mais il était informé car je n’avais même pas dit ce pourquoi j’étais venu. On s’est assis entrain de voir les amendements que Blaise a faits. On était à la troisième page que les coups de feu se sont faits entendre. Blaise m’a dit que ça doit être les éléments de Sankara qui tirent sur lui ses gardes. 

 C’est de là qu’il m’a envoyé appeler Omar Traoré et après Gabriel Tamini pour aller à la radio. J’ai passé la nuit à la Radio. Si Thomas Sankara ne m’avait pas envoyé chercher le dossier avec Blaise je serais mort comme Kiemdé Frédéric, car on allait partir à la réunion nous deux dans son véhicule », a-t-il raconté.

Il dit avoir cru à la version que Blaise Compaoré donnait de la mort de Sankara longtemps. « En février 1988, Blaise m’avait envoyé donner une lettre à un chef d’Etat de la sous région. Arrivé il a ouvert devant moi. Quand il a fini de lire, il a dit que c’est comme ça on traite ceux qui ne respectent pas les vieillards que ça reste le bâtard de Accra. 

Je n’ai rien compris dedans. Quand je suis revenu Blaise m’a dit que si je répète cette phrase à quelqu’un d’autre que même devant toute l’armée burkinabè, il ne pourra pas me protéger », cite-t-il.

Salifou Diallo décline donc toute responsabilité, selon la déposition et se disait plus proche de Sankara. Si beaucoup de témoins lui ont attribué la paternité du premier discours de Blaise Compaoré le 15 octobre, l’intéressé s’en démarque.

L’audience suspendue reprend le mardi 11 janvier 2022 avec la suite des auditions des témoins restants par visioconférence. Des pièces à conviction seront déposées et les experts passeront à la barre pour les expliciter, selon le président de la première chambre du tribunal militaire.

Akim KY
Burkina 24

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