Affaire Tiégnan 2 : Yé Yaké Camille rejette les accusations et s’explique sur ses millions

Le procès de Yé Yaké Camille s’est poursuivi ce lundi 23 février 2026 devant le Pôle économique et financier du Tribunal de grande instance Ouaga I. L’ancien Directeur de la gestion des finances au ministère de l’Action humanitaire comparaît aux côtés de sept autres prévenus pour détournement de deniers publics, complicité, blanchiment de capitaux et enrichissement illicite. Tous ont plaidé non coupables.
Ce dossier est connexe à l’affaire dite « Amidou Tiégnan », du nom de l’ancien agent déjà condamné à plus de dix ans de prison pour un détournement de plus de trois milliards de FCFA au sein du même ministère.
L’audience a longuement porté sur un marché relatif à l’acquisition de pagnes d’une valeur de 12 millions de FCFA. Selon l’accusation, aucune pièce comptable ne prouverait que les intermédiaires ayant livré les pagnes ont été effectivement payés.
Le tribunal a également relevé que, bien que ces pagnes aient été destinés aux femmes déplacées internes, la majorité aurait été distribuée à des agents publics et partenaires. Sur 1 200 pagnes commandés, seulement 427 auraient été tracés à travers des listes d’émargement.
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À la barre, Yé Yaké Camille a rejeté toute irrégularité, affirmant que les paiements ont été effectués dans le cadre d’un contrat formel. Il a également nié toute entente frauduleuse avec son ancien collaborateur Amidou Tiégnan.
L’ancien DGF a rappelé avoir lui-même porté plainte en 2024 contre Amidou Tiégnan après avoir découvert que ce dernier imitait sa signature pour effectuer des dépenses. « J’ai été blanchi pour les faits de faux et usage de faux. Je ne comprends pas que l’on me reproche aujourd’hui des détournements fondés sur ces mêmes faux », a-t-il déclaré.
De son côté, Tiégnan accuse son ancien supérieur d’avoir participé au partage de fonds et à l’orchestration de marchés fictifs. Des accusations que Yé Yaké Camille qualifie de représailles.
Des soupçons de tentative de corruption
Le parquet a également évoqué des éléments laissant supposer une tentative d’influence sur des auditeurs de l’Autorité Supérieure de Contrôle d’Etat et de Lutte contre la Corruption (ASCE-LC) chargés de contrôler sa gestion. Il lui est reproché d’avoir proposé la prise en charge de carburant et remis une enveloppe lors d’un deuil.
L’accusé a réfuté toute intention de corruption, parlant d’actes d’hospitalité : « Il s’agissait simplement d’offrir de l’eau et du café, conformément aux usages ».
Un patrimoine expliqué par des prêts et des activités privées
Face aux accusations d’enrichissement illicite, Yé Yaké Camille a détaillé ses sources de revenus :
- Trois prêts bancaires contractés en 2023 pour un montant total de 53,6 millions de FCFA afin de financer la construction d’une villa ;
- Des revenus locatifs estimés à 600 000 FCFA par mois depuis janvier 2024 ;
- Une auberge à Boromo ayant généré, selon lui, environ 300 millions de FCFA de chiffre d’affaires entre 2022 et 2024 ;
- Des activités de consultant et d’enseignant en comptabilité des matières et gouvernance, notamment à l’ENAM et à l’ENAREF.
Son conseil, soutient qu’il pourrait tout au plus s’agir d’irrégularités administratives, mais en aucun cas d’infractions pénales caractérisées.
Au total, huit personnes comparaissent dans ce dossier lié à la gestion de fonds destinés aux personnes déplacées internes. Parmi elles figure également l’ancienne ministre Laure Zongo/Hien. L’audience a été suspendue et doit reprendre avec la suite des auditions et témoignages.




