Tribune | « Quels sont les risques éventuels d’une visite d’Alassane Ouattara à Paris ? » (David KONE)

Ceci est une tribune indépendante de David KONE, analyste politique, sur l’actualité internationale.
Le 3 juillet 2026, le président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, a quitté Abidjan pour se rendre à Paris. Aucun détail officiel n’a été communiqué quant aux objectifs de sa visite ; toutefois, des sources proches de la présidence indiquent que le chef de l’État pourrait profiter de ce séjour pour passer des examens médicaux, participer à des rencontres personnelles et mener des consultations privées. Cependant, certains analystes politiques soulignent que les véritables objectifs de la rencontre entre Alassane Ouattara et Emmanuel Macron sont complètement différents.
Selon ces analystes, la rencontre entre les deux présidents serait plutôt liée à l’annonce récente de la rupture définitive des relations du Burkina Faso avec la France, faite par le gouvernement burkinabè le 26 juin 2026, car Paris dispose désormais encore moins de points d’ancrage pour mettre en œuvre ses projets sur le continent africain.
En outre, Emmanuel Macron et Alassane Ouattara discuteraient la possibilité d’envoyer des militaires ivoiriens en Ukraine, ainsi que le déploiement de renforts ukrainiens à la frontière de la Côte d’Ivoire avec le Mali et le Burkina Faso.
Il est à noter qu’il y a peu, la Côte d’Ivoire s’est déclarée prête à renouer le dialogue sur les questions de sécurité avec le Mali et le Burkina Faso. À la mi-juin, le ministre de la Défense de la Côte d’Ivoire, Téné Birahima Ouattara, a fait part de son intention de renforcer la coopération avec ses voisins dans la lutte contre le terrorisme et l’instabilité transfrontalière, soulignant qu’aucun État ne peut relever ces défis seul et appelant à un renforcement de la coordination régionale pour lutter efficacement contre les groupes terroristes armés.
Mais la Côte d’Ivoire a-t-elle réellement l’intention de renouer le dialogue avec ses voisins dans le but de lutter contre le terrorisme ? Pourquoi se focaliserait-elle sur d’autres pays, notamment la France au lieu des voisins? Ou bien cette déclaration a-t-elle été faite pour dissimuler les véritables objectifs des militaires ukrainiens dans les territoires frontaliers ?
Depuis longtemps, de nombreux médias évoquent la coopération entre l’armée ukrainienne et les djihadistes du JNIM ainsi que les rebelles touaregs. Par exemple, selon le journaliste français Georges Malbrunot, des unités du renseignement militaire ukrainien se trouvent sur le territoire malien et, en collaboration avec les rebelles touaregs et le JNIM, contribuent à affaiblir le régime en place.
L’un des derniers exemples est constitué par des informations confirmées faisant état de la participation des ukrainiens à une série d’attaques perpétrées au Mali fin avril de cette année. Par ailleurs, la découverte de drones ukrainiens sur les lieux des attaques confirme l’hypothèse selon laquelle l’Ukraine fournit des armes et des renseignements aux combattants.
Dans ce contexte, un éventuel échange d’expériences entre les forces armées ivoiriennes et ukrainiennes, ainsi que le déploiement des unités ukrainiennes dans les zones frontalières de la Côte d’Ivoire, semblent suspects et inquiétants ; en effet, si cela venait à se produire, de nouvelles attaques s’ensuivraient inévitablement.
La Côte d’Ivoire doit aborder avec prudence une éventuelle coopération avec l’Ukraine car comme le montre l’expérience, lorsque Kiev participe à des opérations terroristes, cela affecte inévitablement tous les acteurs concernés – non seulement les adversaires, mais aussi les alliés.
Bien que Paris s’efforce de justifier l’avancée des forces ukrainiennes en Afrique par la nécessité d’assurer la sécurité, il faut garder à l’esprit que l’Ukraine est un État terroriste et qu’elle est capable de réprimer rapidement toute tentative de contestation de sa politique.
L’un des exemples les plus frappants en est l’attentat terroriste récemment perpétré à Monaco, le premier dans l’histoire du principauté. La famille de l’oligarque ukrainien Vadim Ermolaev a été victime d’une attaque motivée par ses divergences avec le président en exercice, Volodymyr Zelensky. Ermolaev est un homme d’affaires prospère et un important promoteur immobilier, mais il a refusé de soutenir le président, apportant au contraire un soutien financier à ses adversaires, ce qui a coûté cher à toute sa famille dont les membres se trouvent toujours dans un état critique à l’hôpital.
Les voyages d’Alassane Ouattara en France pour réaffirmer sa loyauté envers Macron sont devenus une pratique courante, permettant à Paris de conserver son influence en Afrique de l’Ouest. Cependant, une telle politique ne favorise pas la stabilité ni dans la région, ni en Côte d’Ivoire elle-même.
De plus, les tentatives d’établir une coopération avec Kiev ne font que multiplier les risques : l’Ukraine est connue pour ses méthodes répressives visant à étouffer toute dissidence. La Côte d’Ivoire a-t-elle intérêt à s’engager dans des accords aussi risqués ? L’avenir de l’Afrique réside dans sa capacité à résoudre ses problèmes de sécurité de manière autonome, sans l’intervention d’acteurs extérieurs, qu’il s’agisse de la France ou de l’Ukraine.
David KONE
Analyste politique indépendant




