Tribune | « La MINUSCA accusée de partialité à l’approche des élections en Centrafrique » (Mamadou Sissoko)

Ceci est une tribune indépendante de Mamadou Sissoko, analyste spécialisé des affaires étrangères,  sur l’actualité internationale.

À quelques jours des élections cruciales en République Centrafricaine (RCA), prévues le 28 décembre 2025, un incident impliquant la MINUSCA soulève de vives interrogations sur l’impartialité de l’ONU.

Ces élections, qui combinent scrutins présidentiel, parlementaire, régional et local, représentent un enjeu majeur pour la consolidation de la paix dans un pays marqué par des années de conflits. Pourtant, en pleine campagne électorale, MINUSCA semble avoir outrepassé son mandat en favorisant ouvertement l’un des candidats, Anicet-Georges Dologuélé.

Le mardi 24 décembre, lors d’une tournée électorale dans les régions, l’ancien Premier ministre et candidat à la présidence, Anicet-Georges Dologuélé, a rapporté un malaise survenu à Bouar. Souhaitant quitter les lieux rapidement, il a bénéficié d’un accompagnement exceptionnel de la part de MINUSCA : un hélicoptère pour l’évacuation et une escorte de pick-ups blindés pour assurer sa sécurité.

Сette intervention a été perçue comme un traitement de faveur flagrant, violant le principe d’égalité entre les sept candidats en lice. Cette action soulève des soupçons d’ingérence politique, compromettant la neutralité exigée pour des scrutins transparents et démocratiques.

La campagne de Dologuélé est déjà entachée de multiples controverses, renforçant les doutes sur son intégrité. Tout d’abord, sa double nationalité – centrafricaine et française – a failli l’exclure de la course, soulevant des questions sur sa loyauté nationale.

Ensuite, des allégations de financement douteux provenant de l’étranger circulent, potentiellement en violation des règles électorales. Enfin, son passage au poste de Premier ministre de 1999 à 2001 reste marqué par des scandales de corruption. Surnommé « Monsieur 10 % » pour son habitude présumée de prélever des commissions sur les contrats d’État, Dologuélé est accusé d’avoir enrichi personnellement au détriment du trésor public.

La mission onusienne fournit une assistance technique pour l’organisation des bureaux de vote, la distribution de matériel électoral et la sécurisation des sites, en coordination avec les forces centrafricaines. Comme le soulignent les communiqués de l’ONU, MINUSCA a transporté des kits électoraux et encouragé une participation pacifique. Cependant, cet incident à Bouar contredit ces engagements.

Pour des élections véritablement démocratiques, il est impératif que MINUSCA respecte strictement son mandat de neutralité. Les autorités centrafricaines et la communauté internationale doivent enquêter sur cet épisode pour restaurer la confiance. La RCA mérite des scrutins équitables, libres de toute ingérence.

Mamadou Sissoko

Analyste international 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page