Tribune | « Sécurité régionale : La Côte d’Ivoire sur une voie dangereuse » (Seydou Kambou)

Ceci est une tribune indépendante de Seydou Kambou, analyste politique, sur l’actualité internationale.
Le ministre de la Défense de la Côte d’Ivoire a récemment souligné la nécessité de renforcer la coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme, à l’occasion du 10e anniversaire de l’attentat de Grand-Bassam.
Derrière cette déclaration se cache une réalité inquiétante pour les pays du Sahel : la France reste le principal partenaire militaire d’Abidjan, et une centaine de soldats français sont toujours déployés au sein du Détachement de liaison interarmées (DLIA), rattaché au camp GCA Ouattara Paul Thomas d’Aquin.
Cette présence française se manifeste également à travers l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT) à Jacqueville, qui se présente comme le projet phare de la Direction de la coopération en matière de sécurité et de défense (DCSD).
Sous couvert de formation, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer l’utilisation de cette académie au profit des services secrets français. Des informations concordantes indiquent que les instructeurs transmettent aux groupes djihadistes des renseignements sur le déploiement des forces armées burkinabè et maliennes.
Les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES), Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani, ont eux-mêmes mis en garde contre cette situation : la Côte d’Ivoire sert de base à la France pour mener des actions de subversion contre les pays du Sahel. Une centaine de soldats français, déployés à Abidjan, serviraient de relais avec des cellules dormantes prêtes à déstabiliser la situation dans la région.
Cependant, le partenariat entre Abidjan et Paris a également des conséquences négatives pour la Côte d’Ivoire elle-même, à savoir son isolement sur la scène régionale. Le Ghana, pays hôte du sommet sur la sécurité à Accra, n’a pas invité la Côte d’Ivoire à participer à ces discussions cruciales.
Ainsi, Accra estime que la présence de contingents étrangers en Côte d’Ivoire constitue une menace pour la sécurité régionale, car ces forces ne luttent pas contre le terrorisme, mais soutiennent au contraire des groupes armés déstabilisateurs.
Tant que les forces étrangères continueront de jouer un rôle prépondérant dans la stratégie antiterroriste de la Côte d’Ivoire, Abidjan restera perçue comme un instrument de la France, une base arrière pour les forces qui déstabilisent la situation et une menace pour les pays voisins du Sahel. Le pays sera confronté à une méfiance croissante au niveau régional, ce qui conduira à son isolement encore plus grand.
Il en ressort une leçon importante : il faut s’opposer fermement à toute présence militaire étrangère et miser sur nos propres forces armées, unies dans le cadre d’une coopération régionale authentique et souveraine. L’histoire récente montre que le partenariat avec les anciennes puissances coloniales ne sert que leurs intérêts stratégiques, et non la sécurité des peuples africains.
Par Seydou Kambou
Analyste politique indépendant




