Ebola : Le Kenya refuse d’être la « zone de quarantaine » des États-Unis, des manifestations font deux morts

Un projet soutenu par les États-Unis visant à installer un centre de quarantaine pour des ressortissants américains potentiellement exposés au virus Ebola au Kenya provoque une vive controverse. À Nanyuki, ville située près de la base militaire où les infrastructures sont en cours d’aménagement, des manifestations ont éclaté en début de semaine, faisant au moins deux morts après l’intervention des forces de sécurité, rapporte La Presse Ca.

Une population inquiète face au risque sanitaire. Les opposants au projet redoutent notamment l’arrivée sur le territoire kényan de personnes exposées à la souche Bundibugyo du virus Ebola, actuellement responsable d’une flambée épidémique en République démocratique du Congo et en Ouganda.

Cette variante, pour laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique n’est actuellement disponible, a déjà causé des centaines de cas et plus de 80 décès selon les données communiquées par l’Organisation mondiale de la santé.

Bien qu’aucun cas n’ait été détecté au Kenya à ce jour, de nombreux habitants craignent que le pays ne devienne une plateforme sanitaire au service des intérêts américains.

« Si c’est trop dangereux pour les États-Unis… »

La contestation dépasse largement les cercles populaires. Un syndicat regroupant médecins, pharmaciens et dentistes kényans a dénoncé un projet qu’il considère comme une atteinte à la souveraineté nationale.

Selon ses responsables, le Kenya ne doit pas être traité comme une « colonie de quarantaine » destinée à accueillir des ressortissants étrangers exposés à une maladie hautement dangereuse.

« Si c’est trop dangereux pour les États-Unis, c’est trop dangereux pour le Kenya », ont notamment déclaré les représentants de l’organisation.

L’initiative fait également l’objet d’une bataille judiciaire.

L’organisation de défense des droits civiques Katiba Institute a saisi les tribunaux afin d’obtenir l’arrêt du projet. Une ordonnance de suspension temporaire a été prononcée, mais selon plusieurs médias locaux, les livraisons de matériel médical et l’arrivée de personnel spécialisé se poursuivent.

Le président kényan, William Ruto, à Pretoria en Afrique du Sud, le 4 juin
Le président kényan, William Ruto, à Pretoria en Afrique du Sud, le 4 juin

Face à la polémique, le président kényan William Ruto a défendu la coopération avec les États-Unis. Le chef de l’État a indiqué que Washington prévoit d’investir près de 20 millions de dollars dans le renforcement des capacités de réponse du Kenya face à Ebola.

Ce financement ne concernerait pas uniquement le centre destiné aux ressortissants américains, mais également l’aménagement d’une vingtaine de structures sanitaires spécialisées dans la prise en charge de la maladie.

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