Charlie Hebdo interdit au Sénégal : « Je suis le président d’un pays à 95% musulman», Macky Sall

Le Président sénégalais Macky Sall a effectué une visite de travail au Burkina, ce 15 janvier 2015, dans le cadre du suivi du processus de la transition. Il a rencontré le Chef de l’Etat burkinabè, puis les forces vives pour échanger sur l’évolution de cette période transitoire au Burkina. A son arrivée à l’aéroport, les journalistes l’ont interrogé sur sa participation à la marche à Paris dans le cadre de l’attentat au journal Charlie Hebdo, suivie de l’interdiction de la vente de la dernière parution dudit journal au Sénégal. Voici ce qu’il a répondu.

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Vous êtes allé à Paris pour manifester contre l’attaque du journal Charlie hebdo, et à votre retour au Sénégal vous avez interdit la vente du journal au pays. Comment vous expliquez ce geste ?

Macky Sall : J’avais décidé de réserver cette question à la presse sénégalaise puisque je vais rentrer ce soir à Dakar, puisse que je suis hors du pays il y a 4 jours de cela.

Mais comme vous m’interpellez, je voudrais d’abord vous dire que ma présence à Paris le dimanche 11 janvier aux côtés du président Hollande et au côté du gouvernement et du peuple français est une présence qu’il fallait comprendre comme une manifestation de solidarité face à des agressions barbares que des Français ont subies suite à la tuerie des membres de la rédaction du journal Charlie Hebdo.

Bien entendu, à travers cette présence, j’ai voulu indiquer que le Sénégal s’indignait face à ces méthodes barbares, intolérables et inacceptables.

Je voulais aussi apporter notre solidarité au gouvernement et au peuple français qui ont été très solidaires de l’Afrique. Rappelons-nous de ce qui s’est passé au Mali en 2013. N’eut été l’intervention du président Hollande avec la force Serval, je pense que la sous-région aurait connu d’autres difficultés.

C’est ça le sens de notre présence, ce n’est pas d’être Charlie ou de ne pas être Charlie. Evidemment, la question de la liberté de la presse, elle se pose partout dans le monde, nous sommes des partisans de la liberté de la presse.

La liberté de la presse ne doit pas, en notre point de vue, entraîner vers ce qu’on peut considérer comme une provocation inutile, parce que du point de vue peut-être des Français, la caricature fait partie du dispositif de liberté de la presse.

 Maintenant de (notre) point de vue, lorsque cette liberté s’exprime sur une matière extrêmement sensible comme la religion, nous disons attention et lorsqu’on reprend une caricature du prophète Mohamed, pour le président du Sénégal que je suis, un pays à 95% musulman, je ne peux pas cautionner une telle publication. C’est aussi simple que cela.

Macky Sall en entretien avec Michel Kafando, ce 15 janvier 2015 à Ouagadougou / Copyright DIRCOM Présidence du Faso
Macky Sall en entretien avec Michel Kafando, ce 15 janvier 2015 à Ouagadougou / Copyright DIRCOM Présidence du Faso

Pour le soutien à la France pour la lutte contre le terrorisme, il est resté constant et nous sommes pleinement engagé dans ce combat avec la France.

Mais nous ne pouvons pas aussi au nom de la liberté de la presse cautionner ou  réagir face à ce qui pourrait être des sources de tensions sérieuses de l’ensemble de la planète.

Parce qu’il faut savoir aussi que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. C’est donc dans la compréhension et dans la vie commune que nous pourrons ensemble respecter ces principes de liberté de presse, d’expression et d’opinion mais aussi respecter la liberté de culte, ceux qui croient en leur religion. Il ne faut pas aller chercher des difficultés à leur prophète, à leur croyance.

Ça ne permet pas et ça ne facilite pas une coexistence. Voilà donc le sens de l’interdiction du journal qui ne remet pas en cause le soutien une fois encore fraternelle et vivement exprimé à Paris, le dimanche 11 janvier.

Propos recueillis par Mathieu SOMDA et retranscrits par Reveline SOME

Pour Burkina24

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