Burkina : A quand la modernisation de l’état civil ?

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Un recensement général de la population burkinabè était prévu courant 2016. Que nenni. Le phénomène des enfants appelés « enfants fantômes », c’est-à-dire non enregistrés à la naissance, persiste. Mais, les autorités donnent l’impression de fuir ce débat. La modernisation de l’état civil paraît loin d’être la chose la mieux partagée au Burkina Faso. Mais le Burkinabè Adama Sawadogo n’entend pas les choses de cette oreille. De concert avec un Français, Francis Bourrières, il a bravé toutes les difficultés pour mettre en place « iCivil », une plateforme « révolutionnaire » de l’état civil. La solution paraît une aubaine pour le pays. Elle intéresse d’ailleurs plusieurs autres pays du monde. Mais les autorités burkinabè ont les yeux rivés sur une autre plateforme… moins sûre.

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Ce qui est en train de se passer au Burkina Faso, il faut l’admettre, pourrait bien faire école sur le continent africain et porter les germes d’un formidable accélérateur de croissance, si et seulement si,… les taureaux sont pris par les cornes à temps.

L’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) devrait procéder à un cinquième recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) en 2016. Ce recensement avait pour objectif de permettre d’avoir des données récentes pour tout projet de planification et projet d’évaluation des politiques publiques au Burkina.

Le dernier recensement général qui date de 2006 estime la population à 14 millions d’habitants. Le prochain recensement devrait tenir compte de la diaspora burkinabè afin notamment de concrétiser leur droit de vote en 2020. Mais jusque-là, les résultats de l’enquête démographique ne sont pas encore connus.

Toujours, dans cette longue attente, un groupe de catégorie de personnes se font remarquer par leur particularité. Parmi nous, ces personnes vivent jours et nuits le sourire gêné. Ces individus sont souvent surnommés les oubliés de la société : eux, ce sont les « enfants fantômes ». Aux yeux de l’Etat, ils n’existent nulle part. Au Burkina, ces enfants non enregistrés à la naissance représentaient en 2015, 21 % des enfants de moins de cinq ans.

Sans acte de naissance ni acte d’état civil, ces enfants ne peuvent pas s’inscrire à l’école, passer des examens, encore moins bénéficier d’une protection sociale et juridique. Bref, ils n’ont aucun droit officiel sur terre. Pourtant, à partir du moment où un enfant naît, il ou elle a des droits, y compris le droit à une identité. L’enregistrement à la naissance de chaque enfant est son premier « passeport » pour la vie. Célestin l’aura appris à ses dépens. Son cas n’est pas isolé. Lisez plutôt.

« Je suis l’aîné de ma famille. Tous mes frères et sœurs ont un certificat de naissance sauf moi. Je suis né dans un village en Côte d’Ivoire. Quand j’ai fini l’école primaire, je voulais m’inscrire dans un collège. C’est la même année que nous sommes venus au Burkina Faso. Mais, j’avais juste besoin d’un certificat de naissance pour poursuivre mes études. Mon père a commencé les démarches pour que j’en ai un. Il est d’ailleurs toujours entre Ouagadougou et Abidjan pour me trouver un acte de naissance. Mais, cela demande du temps et de l’argent. J’ai 20 ans aujourd’hui. Je n’ai malheureusement pas pu jusque-là poursuivre mes études. Je m’occupe actuellement d’un kiosque à café. Je m’essaye également dans la musique. Mon avenir est entre les mains de Dieu » raconte Célestin Sawadogo, un nom d’emprunt.

Las de voir la situation s’aggraver de jour en jour, des chercheurs possèdent la clé d’une réponse conséquente au phénomène des enfants sans acte de naissance. Après de longues années de recherches, les efforts de deux co-inventeurs, Adama Sawadogo du Burkina Faso et Francis Bourrières de la France, ont payé. Ces derniers proposent en effet une solution technologique révolutionnaire dénommée « iCvil ».

Comment iCivil fonctionne ? Lire ici

La plateforme, conçue en 2012, permet entre autres de doter les nouveau-nés non déclarés d’un bracelet ayant valeur de carte d’identité. Cette solution durable de modernisation de l’état civil a déjà été testée dans une dizaine de centres de santé à Ouagadougou entre août 2015 et juillet 2016. Elle est même en phase d’expérimentation dans d’autres pays africains notamment au Togo, au Rwanda. iCivil intéresse par ailleurs plusieurs organismes internationaux dont l’UNICEF, l’Union européenne, l’OIF. Les concepteurs de la solution souhaitent que le Burkina Faso soit le premier pays à lancer officiellement la plateforme.

Ainsi donc, après étude, un dossier de proposition d’intégration de iCivil dans le système de gestion de l’état civil burkinabè a été soumis à l’appréciation du Président du Faso ainsi que du Conseil des ministres, sous la Transition en décembre 2015. Sans hésitation, le Président Michel Kafando et son équipe ministérielle ont donné leur OK pour l’enclenchement de la procédure d’intégration.

Mais d’après des informations à notre possession, des figures du régime de Roch Marc Christian Kaboré ne seraient pas favorables à l’implémentation de iCivil pour le moment au Burkina Faso. Pourquoi ? Nul ne saurait répondre. Ces personnalités sont, en tout cas, en train de tester une autre plateforme technologique. En effet, dans le cadre de la révision de la stratégie nationale d’état civil (SNEC) adoptée en 2012, un autre logiciel est en train d’être testé. Il est appelé « Citoyen ». Le logiciel a été inventé par une entreprise dénommée « I-Concept ».

Attendre en cas d’échec des tests de Citoyen…

Que sait faire « Citoyen » ? Rien d’extraordinaire. « Citoyen » permettrait juste de numériser les actes d’état civil et de les rassembler dans une base de données centralisée. Le second plan d’action de la SNEC adopté en fin 2016 pour la période 2017-2021, prévoit une poursuite des tests de ce logiciel. Mais et la suite ?

« Nous comptons l’expérimenter dans une trentaine de communes en 2017 et 2018 », a expliqué, Jean-Baptiste Lansomdé, Directeur général de la modernisation de l’état civil (DGMEC). Pourtant, l’entreprise « I-Concept » qui a inventé le fameux logiciel « Citoyen », selon plusieurs sources, n’a à Ouagadougou qu’une seule boîte postale. Des autorités compétentes contactées avouent même ne pas connaître les premiers responsables de cette structure.

Selon la DGMEC, cette application serait déjà en test dans l’arrondissement 1 de Ouagadougou. Si les essais s’avèrent concluants, l’Etat ambitionne d’implanter « Citoyen » à l’échelle nationale, malgré que la technologie n’ait pas encore trouvé de solution pour garantir l’unicité et l’authenticité des actes d’état civil.

C’est là l’un des enjeux principaux du second plan d’actions de la SNEC. Aussi, l’Etat affirme ne pas fermer la porte à « iCivil ». En cas d’échec des tests du logiciel « Citoyen », l’Etat compte bien tester les performances de « iCivil ». Mais quand ? Nos multiples tentatives de rentrer en contact avec les responsables de I-Concept sont restées vaines.

Pour ceux qui ne le savent pas, la solution iCivil fonctionne sous le Code à bulles. Le Code à bulles est une propriété exclusive de l’entreprise française « Prooftag ». Il a été inventé par le patron de cette entreprise, Francis Bourrières. Cette technologie sécurise entre autres les titres fonciers au Bénin, les diplômes d’étude en Côte d’Ivoire et même certains grands crus du Bordelais.

Sa trouvaille est infinie. Son coût de fabrication s’avère extrêmement bas. Et surtout, le Code à bulles est infalsifiable. D’après les experts, les technologies classiques de sécurité sont produites en masse et donc reproductibles en masse. Seules les technologies ne pouvant être reproduites ni par leurs propres fabricants offrent l’assurance d’une protection efficace contre la contrefaçon. C’est le cas du Code à bulles utilisé pour mettre en place « iCivil ».

Au vu de tout ce qui est dit, l’on ne peut s’empêcher de croire qu’il y a anguille sous roche. Le temps nous dira si tel est le cas ou pas. S’il y a effectivement des choses dissimilées, il appartient toujours au temps de nous montrer la taille et la carrure de l’anguille, et les mesures idoines à prendre. A qui appartient I-Concept ? A un membre du gouvernement ? Les solutions « Citoyen » et « iCivil » ne peuvent-elles pas être associées ? Qui est contre l’une ou l’autre ? En tout cas, tout finira par se savoir… Affaire à suivre, donc.

Noufou KINDO

Burkina 24

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Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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Un commentaire

  1. la DGMEC n est que la voix de son maitre sinon a travers tous les media le peuple burkinabe et les autorites ont pu voir l importance et la fiabilite de Icivil donc ne parlons pas des autorites parlons du refus manifeste des responsables du ministere .Sinon comment comprendre que nos responsables veuillent mettre de cote une technologie securisee avec une trouvaille infinie pour se cambrer sur une inconnue du nom de Citoyen .BURKINABE OSONS RECONNAITRE NOS ERREURS ET CHERCHONS LE BONHEUR DE NOS POPULATIONS

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