Axe Bobo-Orodara : 75 kilomètres, un calvaire de 3 heures !

Longue de 75 kilomètres, la route nationale n°8 (RN8) est aujourd’hui l’ombre d’elle-même. Quitter la capitale économique et rejoindre la « cité du verger » est un vrai parcours du combattant. Inaugurée en 1999, soit environ 24 ans d’existence, cette voie est maintenant dans un état de dégradation très avancé. Creux, nids-de-poule, goudron à moitié effacé, goudron recollé, poussières… Voilà ce qui reste du tronçon Bobo-Orodara, frontière du Mali. Auparavant fluide et accessible, cet axe est aujourd’hui un véritable nid de dangers. Accidents par-ci, panne d’engins par-là, la RN8 est même au-delà de ces maux un tapis rouge pour les braqueurs, du fait de son état détérioré. La voie laisse sans voix ! Malgré les nombreuses alertes, le sort de cette route inquiète toujours… 

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13h40, début janvier 2023 ! Nous nous présentons dans une gare de la ville de Orodara avec pour but de rejoindre la capitale économique du Burkina Faso, Bobo-Dioulasso. « Salut monsieur, y a-t-il un départ à 14h ? Non c’est 16h ». N’ayant pas autre solution, puisque notre premier guichet nous avait donné 18h, nous validons le départ pour 16h.

Il est 15h. Aucun bus ne se pointe à l’horizon. Perplexes, nous sommes, et les interrogations s’en suivent. Le regard figé vers la route, notre souhait le plus ardent est de voir un car pointer son nez.

Ouf, un grand soulagement nous anime quand nous voyons un mini bus se diriger vers nous. Bonjour les bousculades ! Comment réserver sa place ? C’est ce qui importe les passagers. Morceau de pagne, casquette, chargeurs,… Tout est opportun pour occuper un siège, le temps d’avoir l’accord des convoyeurs pour ensuite embarquer.

A la gare, les passagers qui se bousculent pour rentrer dans le bus avant le départ !

« Dring dring », c’est les premiers cris que le bus pousse. Nous sommes rassurés, car nous allons enfin quitter les lieux. Effectivement à 16h 00, le chauffeur met la première vitesse et c’est parti…

« Oh ! La souffrance va commencer »

Pas plus que 10 minutes de route, nous sommes à notre premier poste de contrôle. « Tout le monde, descendez avec vos pièces », lance un convoyeur à haute voix. Autre calvaire pour les passagers d’obtempérer, car le bus si bondé de monde ne favorise aucun mouvement. Situation nationale oblige, chacun fait l’effort de passer le contrôle. Un homme de tenue bien flingué prend le soin de vérifier les documents d’identité que chacun lui tend avant de le laisser filer.

« Oh ! La souffrance va commencer », alerte une dame assise juste devant nous, en langue dioula. De quelle souffrance s’agit-il exactement ? Nous nous questionnons. L’état de la route ne va pas passer par mille chemins pour nous répondre. Sic !

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Déjà à une dizaine de kilomètres, bonjour les secousses. Nids-de-poule, voix restreinte, goudron à moitié épuisé, c’est ainsi qu’on se rappelle l’alerte que la bonne dame a lancée juste après le poste de contrôle.

Impossible de rouler à une vitesse supérieure à 30 kilomètres. A quel moment allons-nous rejoindre notre destination située donc à 75 kilomètres ? C’est là notre préoccupation. Un, deux, trois, « koonn », sonne le bruit de freinage du bus. Si ce n’est un ralentisseur mal positionné, c’est un creux de la route qui nous rappelle le calvaire dans lequel nous sommes embarqués.

Vue sur le goudron bricolé sur l’axe Bobo-Orodara!

L’ambiance dans le car quant à elle est plutôt morose. Si au départ les causeries vont bon train, l’état des lieux, quant à lui, va transformer cette bonne ambiance. La peur se lit sur chaque visage. Un seul moment d’inattention suffit pour perdre l’équilibre.

A quand va prendre fin ce calvaire ? A 1 heure de course environ, nous sommes à Badara, localité située à environ 45 kilomètres de la ville de Bobo-Dioulasso. Le chauffeur marque un léger arrêt. Bien que nous ignorons l’objet de cette pause. Une chose est sûre, cette pause nous permet de nous détendre un peu et oublier les dangers de ce trajet.

Tout ceci se passe sur une route dite goudronnée…

Pas plus de 5 minutes, c’est reparti, nous continuons notre bonhomme de chemin. Cette fois-ci, c’est la portière de notre bus qui nous fait faux bond en s’ouvrant à l’insu du convoyeur, qui jusque-là est chargé de l’ouvrir ou la refermer au besoin.

Ces quelques secondes sont suffisantes pour que la poussière s’invite dans le bus. Tout est imbibé de poussière. Les cache-nez sortent de partout, peu importe leur état. Ceux malheureusement qui n’en possèdent pas éternuent ou encore toussent. Tout ceci se passe sur une route dite goudronnée, lâche une voix désespérée.

Après la pause de Badara, le chauffeur rejoint son poste pour la suite du trajet.

Quand on a le courage de regarder à travers les vitres, grande est notre surprise de voir qu’on circule sur tout, sauf du goudron. Une terre bien rouge recouverte de sable remplace le goudron. Triste pour une voie assez importante pour le trafic fruitier, quand on sait très bien que la province du Kénédougou est la cité du verger du Burkina Faso.

« Enfin! »

18h passées, nous faisons face au deuxième poste de contrôle routier. On sent déjà la fatigue, mais on garde espoir car le mal va bientôt finir. Une fois le contrôle validé, nous embarquons pour les quelques kilomètres restants. 30 minutes après, on lit déjà sur des pancartes « Bonne arrivée à Bobo-Dioulasso ».  Ouf enfin, se réjouissent plus d’un. Le car change d’ambiance et les éclats de rire nous envahissent.

« La route là vraiment nous fatigue hein. Au début, on faisait tout au plus une heure sur cette route, mais aujourd’hui, il faut voir, on a fait environ trois heures sur cette même route, donc il y a quelque chose qui ne va pas. Les trous là nous fatiguent beaucoup. On a même des malaises souvent à cause des secousses », laisse entendre une passagère assez remontée.

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Pour Madi Traoré (nom fictif), usager, l’état de cette route devrait être réglé depuis belle lurette, mais triste est le constat d’emprunter cette voie aujourd’hui et traverser tout ce calvaire avant d’arriver à bon port.

« Depuis le temps de Blaise Compaoré, des milliards ont été votés pour retaper cette même voie. Comme en ce moment le goudron n’était pas totalement détruit, les gens ont détourné ces fonds. Voilà maintenant que la route est complètement foutue et il n’y a pas de fonds pour l’arranger », dit-il dans les discussions. 

« La RN8 agonise et appelle à un changement… »

18h 39, les premiers bâtiments de la ville de Sya se dressent. Les lampadaires, les immeubles, et même l’éclat de la circulation nous rassurent qu’on est bel et bien à bon port. A 18h 45, le bus marque l’arrêt, fin du calvaire !

De vue, tous ceux qui descendent du bus ne manquent de s’étirer, histoire de se relaxer un tant soit peu, après cette rude épreuve.

De bouche à oreille, on a vent que des dispositifs sont en cours pour la réhabilitation de cet axe dans les prochains jours. Vrai ou faux, en tout cas, la RN8 agonise et appelle à un changement. Et c’est urgent !

Sié Frédéric KAMBOU

Burkina24

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Un commentaire

  1. Building good road way is not enough we also have to plan plus budget for maintenance of those roads. Where corruption exist we will find roads are of poor condition plus not proper maintained. This must change plus proper complete management of roads from planning to, budgeting to construction to maintenance must be fulfilled.
    Henry Author Price Jr aka Kankan

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