Mali : Le maestro de la musique traditionnelle peule, Dinda Sarré, a tiré sa révérence

Le monde de la culture sahélienne est en deuil. Le virtuose originaire du Mali, maître incontestable du Hoddu et gardien du patrimoine musical peul, Dinda Sarré, est décédé en ce début du mois de juillet 2026. L’annonce de sa disparition suscite une immense vague d’émotion du Mali au Burkina Faso, où les mélomanes pleurent l’auteur de l’indémodable tube « Bandalabourou ».
Une bibliothèque culturelle vient de brûler au Sahel. Pour les défenseurs de l’authenticité africaine, le nom de Dinda Sarré résonne comme un hymne à la terre, au pastoralisme et aux traditions séculaires. Le virtuose s’est éteint, laissant derrière lui un héritage immense et orphelin.
Bandalabourou : Le chef-d’œuvre qui fait vibrer et danser le Sahel
Si Dinda Sarré était un puriste de la tradition, il a également réussi l’exploit de signer l’un des plus grands classiques populaires de l’espace sahélien : l’incontournable Bandalabourou.
Véritable hymne d’identité et de bravoure ancré dans la mémoire collective de la région de Niafunké au Mali, ce morceau a largement dépassé ses frontières d’origine. Avec ses notes de Hoddu hypnotiques et son rythme entraînant, Bandalabourou est devenu une pièce maîtresse des fêtes, des mariages et des grandes célébrations culturelles, jusqu’au Burkina Faso.
Des décennies après sa création, ce titre intergénérationnel continue de faire vibrer la jeunesse et de faire danser le Sahel, prouvant que la musique traditionnelle possède une énergie résolument moderne.
Le maître incontesté du Hoddu et du « Gambari »
Originaire de Ngouma (dans le cercle de Douentza, région de Mopti au Mali), Dinda Sarré s’était imposé au fil des décennies comme un Bambaaɗo de référence, un musicien-chroniqueur traditionnel. Sa spécialité ? Le Hoddu (la déclinaison peule de l’afro-luth ou n’goni), un instrument traditionnel exigeant qu’il maniait avec une dextérité mystique.

À travers ses cordes, il faisait revivre le « Finaa Tawaa », ce répertoire ancestral qui guidait autrefois les éleveurs transhumants à travers la savane. L’une de ses autres performances mémorables demeure son interprétation de Gambari (« l’herbe verte »), enregistrée avec la plateforme Instruments for Africa (i4Africa). Ce morceau, véritable ode à la migration saisonnière et à la nature, transmettait toute la splendeur et la rudesse de la vie nomade.
Une empreinte transfrontalière au Sahel
Si Dinda Sarré était malien, son œuvre dépassait largement les frontières administratives. Au Burkina Faso, pays frère partageant la culture et les grands espaces pastoraux peuls du Macina et du Liptako-Gourma, ses mélodies étaient profondément écoutées et respectées.
Ambassadeur du Mali lors de grands rendez-vous internationaux—notamment au prestigieux Smithsonian Folklife Festival aux États-Unis—il avait également croisé le fer musical avec les plus grands noms de la musique subsaharienne, d’Ali Farka Touré à la diva Khaïra Arby.
Un message de paix éternel
Dans un contexte sahélien marqué par des crises multidimensionnelles, Dinda Sarré avait choisi d’utiliser son art comme un outil de résilience. Ses textes, portés par une voix profonde, chantaient inlassablement la paix, l’honneur (le Pulaaku), la cohésion sociale et l’amour du prochain.
La communauté culturelle africaine pleure aujourd’hui un homme décrit par ses proches comme « humble, modeste et d’une sagesse infinie ». Dinda Sarré s’en va, mais les vibrations de son Hoddu et l’énergie de Bandalabourou continueront de résonner à travers les collines de Douentza, les plaines du Faso et partout au Sahel.




