Rambo : « Des gens ont profité de la pagaille du putsch pour tuer et mettre sur notre dos » 

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L’interrogatoire de l’adjudant-chef Nebié Moussa dit Rambo s’est poursuivi le samedi 7 juillet 2018 dans la salle des Banquets de Ouaga 2000 réquisitionnée depuis février 2018 par le Tribunal militaire pour le procès du Coup d’Etat de septembre 2015. Le parquet et les avocats de la partie civile ont estimé que l’accusé Rambo a exécuté « un ordre manifestement illégal » en arrêtant le Président Michel Kafando car, explique le parquet, cela portait atteinte à la sûreté de l’Etat. Quant à l’accusé, mordicus, il maintient avoir exécuté un ordre militaire.

Le samedi 7 juillet 2018, les liens entre l’adjudant-chef Nebié Moussa dit Rambo avec une accusée civile, en l’occurrence Minata Guelwaré, poursuivie pour complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, meurtre, coups et blessures volontaires et dégradation volontaire aggravée de biens, ont été abordés par les différentes parties présentes au procès.

L’adjudant-chef Rambo a affirmé avoir connu Minata Guelwaré entre juillet et août 2015. Avec d’autres personnes, Minata Guelwaré avait pour mission, selon Rambo, d’épier les positions des forces loyalistes qui descendaient sur Ouagadougou, plus précisément ceux qui venaient de Fada N’Gourma. « Je l’ai envoyée vers Zorgho pour me donner l’information quand les forces loyalistes viendront de Fada ». Les débats se sont poursuivis pour savoir à quel titre l’accusée livrait les informations et ce à quoi celles-ci servaient.

« Une fuite de responsabilité »

« Je lui ai demandé un service et elle m’a rendu », a d’abord répondu Rambo pour ensuite affirmer que les informations étaient juste pour sa propre personne. Sur insistance des avocats de la partie civile, l’accusé a nié avoir été informé de la présence d’hommes de l’ex Régiment de sécurité présidentielle (Ex RSP) sur le terrain pour le maintien de l’ordre. Mais selon Me Prosper Farama de la partie civile, ces mots de Rambo sonnent comme « une fuite de responsabilité ». « Je suis conscient qu’il y a eu des morts (…). Des gens ont profité de la pagaille du putsch pour tuer des gens et les mettre sur notre dos », a poursuivi l’adjudant-chef Nebié Moussa. Il prend le soin d’indiquer que des accusés « ont des preuves » et viendront « édifier » le tribunal.

Sur les faits de meurtre et de coups et blessures volontaires qui pèsent sur lui, Rambo ne les reconnait pas. « Je n’ai pas donné l’ordre et je n’ai pas entendu quelqu’un donner l’ordre d’aller chasser les manifestants », se défend l’accusé. Plus, selon son avocat Me Solange Zéba qui a lu une déclaration de Michel Kafando contenue dans un procès-verbal, le président de la Transition disait à propos de son arrestation que « le militaire en question (l’adjudant-chef Rambo) a demandé de le suivre. Il m’a conduit sans violence vers la porte (…). Je n’ai pas subi de violence physique ni verbale ». 

« … je voulais profiter zapper »            

A la suite de l’adjudant-chef Nebié Moussa dit Rambo, c’est l’adjudant Ouékouri Kossè qui a été appelé à la barre. Les griefs à lui reprochés sont : attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coups et blessures volontaires et dégradation volontaire aggravée de biens. Il est assisté de Me Timothée Zongo. D’office, l’accusé a planté le décor : « je ne reconnais pas les faits ». « Le 16 septembre, j’étais de repos. Vers 13h, le major Badiel (Eloi) m’a appelé et il m’a dit : ‘’le général Diendéré a dit d’arrêter Zida’’ ».

Par la suite, explique l’adjudant Kossè, en compagnie du sergent-chef Lahoko Mohamed Zerbo et de deux autres soldats qu’il ne connait pas, ils se sont positionnés côté Ouest de la présidence pour une « mission d’observation ». L’adjudant Kossè précise qu’à l’appel du major Badiel, il était en tenue de sport et avait demandé à rentrer pour se mettre en tenue militaire. « Quand le major m’a dit (l’arrestation d’Isaac Zida), je voulais profiter zapper ». Des éclats de rire s’élèvent dans la salle. « Zapper, c’est quoi ? », reprend le président du tribunal. « Fuir », rétorque l’adjudant Kossè.

Aussi confie-t-il, « si le major m’avait dit de rentrer me changer, je n’allais plus revenir ». A la question du parquet qui lui demandait pourquoi, l’accusé affirme être à un pas de la retraite. « J’ai cinq enfants et en plus je suis grand-père. Je préfère aller rester auprès d’eux », explique l’ex soldat du RSP. « Arrêter un Premier ministre, est-ce normal ? », a poursuivi le Procureur militaire. « Ça dépend. C’est ma réponse », répond l’adjudant Ouékouri Kossè sans plus de commentaire.

« Le chef, même s’il est comment comment, il n’a qu’à aller lui-même »

Un peu plus loin, l’accusé Kossè a indiqué que c’est à partir du 17 septembre 2015 qu’il a compris que les évènements renvoyaient à un coup d’Etat. Et poursuit-il, « j’ai su que c’était le général Diendéré » qui était à la tête. L’adjudant Ouékouri Kossè a aussi affirmé que dans les mêmes conditions, il n’exécuterait pas un tel ordre. « Si c’était à refaire, le feriez-vous ?», a questionné Me Sandwidi de la défense.  « Non. Avec ce que je vois, c’est fini tout ça. Le chef, même s’il est comment comment, il n’a qu’à aller lui-même », a sèchement répondu l’accusé Kossè.

A 13h 45, sur demande de l’avocat de Ouékouri Kossè, la séance a été suspendue par le président du tribunal. Elle reprendra le lundi 9 juillet 2018 à 9h.

Lire Rambo : « Si vous me dites d’arrêter le Président du tribunal, je le ferai »

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

There are 2 comments

  1. Il serait bien de revoir cette manière de faire ou l’executant n’a pas son mot à dire. Impossible d’aucuns le diront. Pour ceux ci rien n’est impossible il suffit qu’a lire dans l’histoire.D’autre part cet argumentaire est insuffisant pour se dédommager car beaucoup de mal à été fait. Les victimes,les familles des défunts et la nation exigent réparations.

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Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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