Ici Au Faso : Que veut dire Komsilga ?

Ouagadougou, la capitale burkinabè, est entourée de plusieurs communes rurales. Parmi elles, il y a la commune « émergente » de Komsilga, comme l’appellent ses ressortissants. Le département ou la commune rurale de Komsilga de la province du Kadiogo, dans la région du Centre au Burkina Faso, est administrativement composé de 36 villages, dont le village chef-lieu homonyme (données de population consolidées en 2012 issues du recensement général de 2006). Mais quelles sont l’origine et la signification du nom que porte cette commune ? 

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C’est environ une trentaine de kilomètres que nous devons parcourir pour nous rendre à Komsilga. Sur la route nationale N°6 que nous empruntons, l’on est séduit par le beau paysage qu’offrent ces quelques rizières qui longent la route.

L’heure de la moisson arrive. Cela est perceptible d’ailleurs par la présence des oiseaux qui survolent cet espace et qui s’invitent déjà à la récolte bien avant les agriculteurs qui attendent encore quelques jours avant de moissonner.

Pas question de laisser les oiseaux abîmer leurs champs, munis de leurs lance-pierres, ils sécurisent les lieux. C’est de bonne guerre. Surtout quand on sait que la campagne agricole n’a pas été assez bonne cette année.

Toujours sur la RN6, à côté de ces champs de riz, c’est un petit marché où des femmes  vendent des oignons, des tomates et des fruits aux usagers de la voie. Elles bravent le soleil, la chaleur et la poussière en ces débuts d’harmattan.

Après un moment de chemin, nous devons quitter la RN6 pour emprunter une voie non bitumée qui conduit à Komsilga. Elle est longue d’environ une dizaine de kilomètres. Elle est en train de subir quelques travaux d’aménagement pour combler les nids-de-poule causés par les eaux de pluie.

En cours de route, nous croisons quelques femmes qui reviennent sans doute de Komsilga ou des villages environnants avec des sacs de condiments bien attachés derrière leurs motocyclettes. Aussi, l’on peut remarquer la présence des sociétés immobilières déjà dans les lieux à travers des pancartes.

Après une trentaine de minutes de route, nous débouchons sur une grande route goudronnée, garnie d’éclairage public. Devant nous se dresse une pancarte où l’on peut facilement lire ‘’Jardin du maire’’. Euh Oui ! Nous sommes déjà dans la commune « émergente » dirigée par le plus jeune maire et député du Burkina, Issouf Nikiéma. Direction le palais du chef traditionnel de Komsilga…

Il est 9h30 lorsque nous arrivons dans la cour du chef, un endroit plutôt calme. Même ces jeunes filles que nous trouvons ici en train de faire la lessive font le moins de bruit possible. Elles chuchotent quand elles veulent se parler.

Devant la cour du chef, il y a un forage dont la population vient s’approvisionner en eau. Quelques minutes plus tard alors que nous nous informons auprès de ces adolescentes, nous apercevons un homme un peu élancé avec un bonnet sur la tête.

Dès qu’il s’approche de nous, il ôte son bonnet, l’empoche et nous accoste. Ici, une seule personne a son bonnet sur la tête : C’est le Naaba Boulga II, chef de Komsilga que nous apercevons d’ailleurs assis sous un arbre entouré des sages de sa chefferie.

C’est un espace bien aménagé et même bien carrelé qui bénéficie de l’ombre d’un néré sous lequel Naaba Boulga II tient conseil avec ses sages. Nous nous approchons de lui pour lui faire part de notre présence.

Le Naaba Songkoglogo, après s’être entretenu avec le chef, nous fait signe pour qu’on rejoigne ce lieu où se prennent toutes les décisions coutumières de Komsilga. Ici, il n’y a que le chef qui est chaussé. Il faut la grâce du chef pour fouler ce lieu avec ses chaussures, chose qui nous a été accordée.

Par respect à ses aînés, Naaba Boulga II autorise l’un des membres de son conseil de sages, Naaba Widi de nous parler de l’histoire et de la signification du nom « Komsilga« . Celui-ci revient d’abord sur l’écriture même de ce nom qui vient de la langue mooré, et qui s’écrit en deux mots « Koum Silga« , et non en un mot « Komsilga » comme traduit par le colon. « C’est le Blanc qui a écrit « Komsilga« , précise ce sage.

Naaba Widi explique que « Koum Silga » veut dire « vous ne craindrez que l’épervier qui peut prendre vos poussins, sinon rien ne vous arrivera ». En effet, en écoutant ce membre du conseil des sages du Naaba Boulga II, il s’agit d’une histoire d’un peuple guerrier, descendant du Mogho Naaba. L’histoire remonte entre les 17e et 18e Siècles. Ce peuple vivait à Balkuy. Un des quartiers de la capitale burkinabè aujourd’hui. 

C’est un peuple guerrier qui, dans l’optique d’agrandir son territoire décida de quitter Balkuy, son territoire d’origine pour une nouvelle conquête. Dans sa conquête, ce peuple s’installera à Baskoudré, un village voisin de Tengandogo où il y restera pendant de longs moments, relate Naaba Widi.

Naaba Boulga II, chef de Komsilga

Après s’être installé à Baskoudré, le même peuple mûrit l’idée de poursuivre la conquête pour étendre sa domination, cette fois-ci sans les Anciens. Tous les Anciens sont  restés à Baskoudré. C’est ainsi que Baskoudré signifie littéralement « on a laissé les Anciens« , révèle Naaba Widi. Ainsi, il se dirigea vers « Koum Silga« , aujourd’hui Komsilga.

« Quand ils sont arrivés ici (Koum Silga), ils ont trouvé un peuple qui était déjà là. Ce peuple était  aussi venu de Balkuy. Ils sont descendants du Mogho Naaba. Ils ont été accueillants envers eux, et ils leur ont dit qu’ils pouvaient s’y installer sans crainte, mais vous ne devez craindre que l’épervier qui peut prendre vos poussins », explique Naaba Widi.

Donc littéralement, selon Naaba Widi, Komsilga ou Koum Silga signifie, « Vous ne craindrez que l’épervier qui peut prendre vos poussins, sinon rien ne vous arrivera ». Bien que l’épervier ne soit le seul danger qu’on leur avait présenté, cet oiseau n’est pas un totem pour les habitants de Komsilga. D’ailleurs c’est un épervier qui est sur l’emblème de leur commune.

« L’épervier n’est pas un totem pour nous. La preuve en est qu’au niveau de la mairie, c’est un épervier qui est représenté », note-t-il. Signalons que jusqu’aujourd’hui, les populations autochtones de Komsilga sont considérés comme des chefs de terre par le peuple venu de Balkuy en passant par  Baskoudré. Ce sont deux peuples intimement liés par l’histoire.

Ils sont tous descendants du Mogho Naaba, ils se considèrent comme des frères, ne se marient pas entre eux. « Bien que le monde évolue mais jusqu’à présent c’est ce qui est toujours de rigueur », signale Jacob Ouédraogo, chef de terre et membre du conseil des sages du chef de Komsilga.

Des Burkinabè craignent que la prochaine crise que leur pays pourrait faire face serait liée au foncier avec l’avènement des sociétés immobilières. C’est ce que  relève d’ailleurs le député-maire de Komsilga, Issouf Nikiéma.

Il avoue que la plus grande difficulté qu’il rencontre depuis qu’il est à la tête de cette commune, c’est le manque de compréhension de la part de ses administrés sur la question du foncier. « La gestion du foncier, je pense qu’il y a la loi 034 sur laquelle nous nous appuyons pour travailler. Le problème c’est quoi ? Avant l’insurrection, il n’y avait qu’une quinzaine de promoteurs immobiliers au Burkina Faso. Après 2015, il y a eu plus de 200 promoteurs immobiliers et chaque promoteur a un agrément signé par le ministère de l’habitat« , fait-il savoir.

Les élections municipales se profilent à l’horizon 2022, sauf en cas d’un éventuel report. À la question de savoir si Issouf Nikiéma sera candidat à sa propre succession, l’actuel maire de Komsilga dit se laisser entre les mains de son parti, l’Union pour le progrès et le changement (UPC). Mais de toute façon, le maire Nikiéma ne cache pas sa volonté de se représenter pour les prochaines élections.

Issouf Nikiéma, député-maire de Komsilga

S’adressant aux jeunes, il appelle la jeunesse à s’intéresser à la politique. Pour lui, faire la politique c’est contribuer au développement de son pays en général et de sa localité en particulier. Sous le leadership de Issouf Nikiéma, la commune de Komsilga a vu ses efforts pour le développement récompensés par plusieurs prix dont le plus récent date de septembre 2021 au Rwanda. Des chefs coutumiers aux maires, tout le monde souhaite que la paix revienne au « Pays des Hommes intègres »…

Willy SAGBE

Burkina 24

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Un commentaire

  1. Je comprends pourquoi Koum-SILGA et son voisinage craignent toujours MANGA ou la cité de l’épervier!

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