Résilience climatique : « Nous avons fait du Burkina un modèle de résilience malgré les défis » (Thiao Oumar Dicko, coordonnateur du PIDACC)
Avec plus de 350 sous-projets communautaires réalisés et 1 500 hectares de forêts restaurés, le Burkina Faso s’affirme comme le leader des neuf pays de l’espace Autorité du Bassin du Niger (ABN) dans la mise en œuvre du Programme Intégré de Développement et d’Adaptation au Changement Climatique dans le Bassin du Niger (PIDACC/BN). Ce bilan, marqué par des infrastructures hydrauliques majeures dont trois bouli de 25 000 m³ chacun, témoigne d’une résilience remarquable face aux défis sécuritaires et aux contraintes budgétaires initiales rencontrées depuis le lancement du programme en 2019. Dans cet entretien, le coordonnateur national, Thiao Oumar Dicko, revient sur cette dynamique, les stratégies de pérennisation des ouvrages et les perspectives de ce projet devenu un modèle sous-régional.
Burkina 24 : Coordonnateur, pour nos lecteurs, quels sont les axes majeurs et les composantes structurantes du PIDACC/BN au Burkina Faso ?
Thiao Oumar Dicko : Le Programme Intégré de Développement et d’Adaptation au Changement Climatique dans le Bassin du Niger (PIDACC/BN) est articulé autour de trois composantes fondamentales qui forment un tout cohérent. La première composante est dédiée à la résilience des écosystèmes et des populations.
C’est ici que nous menons des actions de grande ampleur : la protection et le régarnissage de près de 1 500 hectares de forêt, la fixation de près de 1 000 hectares de dunes et près de 17 000 hectares de plantation. Pour ce qui est des populations, nous intervenons à travers plus de 350 sous-projets communautaires, exécutés par les populations elles-mêmes, incluant des projets de chaînes de valeur.

La deuxième composante se concentre sur la protection des ressources naturelles et de la biodiversité. Nous intervenons ici de manière pointue sur la protection des ressources en eau, la protection des berges et la gestion des ravins, en étroite collaboration avec les agences de l’eau. Nous avons d’ailleurs innové par une convention spécifique avec l’Agence de l’eau du Gourma pour lutter contre les plantes envahissantes.

La troisième composante concerne la gestion des ressources partagées. Nous avons travaillé sans relâche pour accompagner les communautés pour la gestion de toutes les réalisations, notamment les postes d’eau autonomes et les bouli. Toutes ces infrastructures doivent être gérées à travers des instruments pour éviter des conflits et faire profiter toutes les communautés bénéficiaires.
Burkina 24 : À l’heure actuelle, quel bilan faites-vous du niveau d’exécution physique du programme ?
Thiao Oumar Dicko : Je dirais que je ne suis pas satisfait du niveau d’exécution parce que nous sommes à un taux d’exécution physique de 55 %. Le programme a démarré depuis 2019, mais quand on regarde de très près, on peut aussi s’en féliciter compte tenu des difficultés rencontrées.
Il y a la question sécuritaire et certains instruments de financement qui ont connu un démarrage difficile, notamment le Fonds Vert pour le Climat, qui représente 45 % du budget du programme, dont l’intervention est intervenue deux ans après le démarrage. Tout ça réuni, le taux n’est pas reluisant, mais avec la prorogation, on peut bien espérer atteindre les résultats attendus.
Burkina 24 : Le PIDACC/BN est souvent cité en exemple dans l’espace ABN. Quelle est la position réelle du Burkina Faso par rapport aux 8 autres pays membres ?
Thiao Oumar Dicko : Jusqu’en décembre 2025, le Burkina Faso était classé premier. Au niveau des infrastructures hydrauliques, nous sommes le premier pays à avoir réalisé des ouvrages au profit des agropasteurs. Je peux citer trois bouli qui représentent environ 75 000 m³, trois postes d’eau autonomes, et sept forages de grand debits qui seront suivis d’aménagements maraîchers pour les groupes vulnérables.

En terme de sous-projets, le Burkina tire tous les autres pays vers l’avant car nous avons dépassé le nombre de sous-projets prévus.
Burkina 24 : Certaines populations expriment des besoins en barrages ou en formation complémentaire. Comment le projet intègre-t-il ces attentes ?
Thiao Oumar Dicko : Pour les biodigesteurs, c’est une pratique très appréciée. Nous avons eu une première expérience satisfaisante et nous allons vers une deuxième, plus moderne, qui prend en compte les difficultés antérieures. Pour les barrages, nous avions prévu d’en réhabiliter au moins cinq, mais compte tenu du contexte sécuritaire, nous ne sommes pas arrivés à les réaliser.

Toutefois, nous avons procédé à une restructuration des ressources pour nous mettre en phase avec les besoins du moment. Si la première phase est concluante au niveau des bailleurs, nous avons l’espoir qu’une deuxième phase serait possible pour prendre en compte ces besoins.
Burkina 24 : Comment garantissez-vous la pérennité de ces infrastructures pour éviter les « projets sans lendemain » ?
Thiao Oumar Dicko : Nous avons tiré les leçons du programme précédent de lutte contre l’ensablement dans le bassin du Niger. Le PIDACC/BN interviendra d’une autre manière. Avant la clôture, nous avons approché toutes les communes bénéficiaires où nous avons impliqué tous les conseils municipaux à travers des cahiers de charges pour assister ces communautés après le départ du projet.

Les populations ont été formées sur la recherche de partenaires et la gestion financière. Avec nos experts en SIG et en conservation des eaux et sols, nous cartographions chaque site pour les remettre aux responsables des entités administratives, évitant ainsi que des individus ne s’accaparent ces sites communautaires.
Burkina 24 : Le PIDACC a reçu des distinctions. Quel est le contexte de ces reconnaissances ?
Thiao Oumar Dicko : C’est au cours d’une émulation organisée par le ministère et financée par l’UNICEF que le PIDACC a été distingué. Nous avons été primés comme programme ayant touché les populations les plus reculées dans le domaine de l’eau. Ce prix nous galvanise et traduit la volonté des plus hautes autorités du pays, particulièrement le ministre d’État, le Gouverneur Ismaël Sombié, pour tous les efforts déployés.
Burkina 24 : Monsieur le coordonnateur, pour conclure, quel regard portez-vous sur l’engagement des parties prenantes qui permettent au PIDACC/BN de faire la différence sur le terrain ?
Thiao Oumar Dicko : Le Burkina est cité comme exemple. Malgré la situation sécuritaire, nous sommes le premier pays au niveau de l’ABN à avoir payé toute sa cotisation jusqu’en fin 2026. En terme de contrepartie nationale, l’État nous a accompagnés jusqu’à dépasser ce qu’il devait donner.

Je remercie les autorités du ministère qui nous ont fait confiance. Enfin, merci aux communautés : malgré la situation sécuritaire, elles ont toujours été disponibles et ont refusé de quitter leurs localités parce qu’elles savent qu’à quelque part, elles ont un gouvernement qui pense à elles. Merci à vous, journalistes, car sans ces yeux extérieurs, nous ne pourrions pas nous corriger pour améliorer nos actions.
A lire également⇒PIDACC/BN au Burkina Faso : Une réponse intégrée pour la résilience climatique, la restauration des terres et la souveraineté agropastorale
Propos recueillis par Akim KY
Burkina 24




