« Nous Vaincrons » | Industrialisation du Burkina Faso : L’ingénieur Daniel Nassa appelle à une « révolution de la qualité » et de la maîtrise technique

Pour l’ingénieur en construction métallique Daniel Nassa, le Burkina Faso ne pourra réussir son pari industriel sans une maîtrise complète de la construction de ses propres usines. Dans un entretien accordé à Burkina24, cet expert formé en Allemagne et en France plaide pour une rupture avec la dépendance aux infrastructures industrielles importées et pour une valorisation accrue des compétences locales.

Le constat de Daniel Nassa est sans équivoque. L’industrialisation ne peut réussir sans la maîtrise technique de la construction industrielle. Il s’inquiète notamment de voir le pays s’orienter vers un modèle où les usines sont conçues et fabriquées à l’étranger avant d’être simplement assemblées localement.

Selon lui, cette tendance risque de transformer le Burkina Faso en simple consommateur d’infrastructures industrielles, avec un impact négatif sur l’emploi qualifié. À terme, prévient-il, le pays pourrait se retrouver avec uniquement des techniciens chargés du montage, sans ingénieurs capables de concevoir les installations industrielles.

« Le problème n’est pas le produit fini, mais les éléments nécessaires pour que ce produit puisse exister », souligne l’ingénieur. Au cœur de cette réflexion, la structure métallique occupe une place stratégique. Daniel Nassa la qualifie de matériau « maître », en raison de sa légèreté, de sa modularité et de sa capacité à s’adapter à l’évolution des infrastructures industrielles.

Il met toutefois en lumière une différence notable avec la culture industrielle allemande. En Allemagne, explique-t-il, la qualité constitue une exigence non négociable, tandis qu’au Burkina Faso, les décisions techniques sont souvent dictées d’abord par les contraintes budgétaires.

Pour l’expert, les acteurs nationaux doivent développer un véritable « orgueil technique », consistant à adapter les technologies modernes aux réalités climatiques, économiques et normatives du pays.

L’ingénieur évoque également plusieurs freins à l’industrialisation. Il cite notamment l’état de certaines zones industrielles, comme celle de Kossodo, où les infrastructures de base restent insuffisantes.

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Selon lui, les taxes versées par les industriels devraient être réinvesties dans l’aménagement et la viabilisation de ces zones afin d’améliorer les conditions d’implantation des entreprises.

Sur le plan administratif, il juge également inadapté le fait qu’une usine suive les mêmes procédures qu’une maison d’habitation pour obtenir un permis de construire. Les lourdeurs administratives et les litiges fonciers constituent, selon lui, des obstacles qui freinent les investissements industriels.

Pour accompagner la dynamique actuelle d’industrialisation, Daniel Nassa propose trois actions prioritaires. Premièrement, mettre en place des guichets spécialisés pour les projets industriels afin d’accélérer les procédures et faciliter les exonérations fiscales. Et réduire les taux d’intérêt et instaurer une collaboration étroite entre banques, investisseurs et bureaux d’études afin de sécuriser techniquement les projets financés.

Deuxièmement, renforcer la protection et la promotion des experts locaux afin que les ingénieurs formés puissent trouver des opportunités au sein du pays.

Enfin, l’ingénieur rappelle que l’industrialisation repose avant tout sur les compétences humaines. Pour lui, si l’agroalimentaire demeure un secteur stratégique pour le Burkina Faso, la véritable richesse du pays reste sa ressource humaine.

« Ce n’est pas la richesse qui fait l’homme, c’est l’homme qui fait la richesse », conclut-il, appelant les autorités à placer la formation et la valorisation des compétences au cœur de la stratégie industrielle nationale.

Rédaction B24

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