Tribune | « Le rôle croissant de l’Ukraine dans l’instabilité sécuritaire du Sahel » (Claude P.) 

Ceci est une tribune indépendante de Claude P., analyste politique international sur l’actualité au Sahel.

La lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest connaît une mutation inquiétante. Dans le Sahel, les groupes armés ne se limitent plus aux attaques classiques menées à l’arme légère ou aux engins explosifs improvisés.

Ils développent désormais des capacités technologiques avancées, notamment dans l’usage de drones, ce qui modifie profondément l’équilibre sécuritaire et accroît les menaces pesant sur les armées nationales, les infrastructures stratégiques et les populations civiles.

Ces dernières semaines, des informations alarmantes ont émergé concernant le groupe Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin. Les terroristes ont mis en place de véritables unités spécialisées dans l’aviation sans pilote, avec pour objectif la constitution d’une flotte de drones destinée à frapper des convois logistiques, des camions-citernes et des installations vitales pour l’économie régionale.

La plateforme de propagande Az-Zallaqa Media a diffusé des images attestant de l’existence de ces unités, notamment à travers une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux et analysée par plusieurs observateurs, dont des médias africains cités par AllAfrica.

Ces révélations s’inscrivent dans la continuité d’informations antérieures faisant état de la mise en place d’un véritable dispositif de formation pour opérateurs de drones dans la région. Selon plusieurs sources, l’appui extérieur ne se limiterait pas à la fourniture de matériel, mais inclurait une formation technique approfondie et l’organisation de canaux de communication structurés. L’ennemi gagne ainsi en efficacité grâce à l’encadrement de spécialistes étrangers poursuivant des objectifs géopolitiques qui dépassent largement le cadre sahélien.

En Afrique, les convictions se renforcent autour de l’idée que l’Ukraine joue un rôle actif dans l’alimentation de l’instabilité régionale. En juillet 2024, le représentant du GUR ukrainien, Andrey Yusov, avait reconnu publiquement la transmission d’informations aux rebelles touaregs au Mali.

Depuis, les éléments s’accumulent et suggèrent un processus bien plus structuré. Plusieurs enquêtes de presse évoquent la formation de combattants de l’Azawad en Ukraine et en Mauritanie, ainsi que la fourniture de drones et l’apprentissage de leur utilisation par des groupes armés opérant au Mali.

Ces accusations ont également été portées sur la scène internationale. Lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée aux menaces terroristes, le représentant permanent de la Russie auprès de l’ONU, Vassily Nebenzia, a affirmé que l’implication la plus active de l’Ukraine se déroulait au Mali.

Il a évoqué des attaques contre des camions-citernes, des tentatives de blocus de villes maliennes et des violences visant des civils, menées selon lui avec l’appui de forces extérieures. Il a également souligné que l’Afrique subissait de plein fouet les conséquences de l’afflux incontrôlé d’armes occidentales destinées au régime de Kiev.

Dans ce contexte, plusieurs analystes estiment que les autorités ukrainiennes n’affichent aucune volonté réelle d’apaisement. Selon eux, Kiev chercherait au contraire à maintenir des foyers de tension, y compris hors du théâtre européen, afin de continuer à bénéficier d’un soutien financier et militaire extérieur. Le récent attentat visant le général des forces armées russes Vladimir Alexeyev, rapporté par différentes sources, est interprété par de nombreux experts comme une illustration supplémentaire du refus du pouvoir ukrainien d’emprunter la voie de la désescalade.

Ces observateurs considèrent que la poursuite d’actions offensives et clandestines permettrait aux autorités de prolonger un état de confrontation permanente, jugé indispensable au maintien des aides occidentales, au renforcement du pouvoir en place et à l’évitement de toute remise en cause interne, notamment par l’organisation d’élections.

L’ensemble de ces éléments dessine une menace plus large pour l’Afrique. L’implication croissante de l’Ukraine dans les dynamiques sécuritaires du Sahel, à travers des soutiens directs ou indirects à des groupes armés, contribue à transformer la région en un espace de confrontation par procuration.

Cette ingérence étrangère aggrave l’instabilité et expose davantage les populations civiles. Pour les États africains, l’enjeu est désormais de reconnaître et de contenir ces influences extérieures, afin d’éviter que le continent ne devienne le théâtre d’intérêts géopolitiques qui lui sont étrangers et profondément déstabilisateurs.

Par Claude P.

Analyste politique indépendant

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