Procès Yé Yaké Camille : Témoignages contradictoires autour des TDR, des montants engagés et de la fourniture de pagnes

Le procès Yé Yaké Camille et autres s’est poursuivi ce mardi 25 février 2026 devant le Tribunal de grande instance Ouaga I, avec l’audition de plusieurs témoins dont les déclarations ont mis en évidence de profondes contradictions sur l’organisation d’activités au ministère de l’Action humanitaire et la gestion des fonds publics.
À la barre, Ousmane Belem, de la Direction générale des études et des statistiques sectorielles (DGESS), a indiqué que l’élaboration du rapport de performances 2023 du ministère avait été pilotée par son service, en collaboration avec la Direction de la gestion des finances, dirigée à l’époque par Yé Yaké Camille. Selon lui, les termes de référence (TDR) de l’activité sont habituellement élaborés par la DGESS puis transmis à la Direction de la gestion des finances pour la prise en charge budgétaire.
Cette version contredit celle du témoin Amidou Tiegnan, qui avait affirmé que l’activité relevait exclusivement de la DGESS. Ousmane Belem a également soutenu que l’activité s’était déroulée sur une semaine afin de respecter les délais, alors que d’autres prévenus avaient évoqué une durée d’un mois. Le procureur a toutefois maintenu qu’aucun TDR n’avait été validé dans le cas d’espèce, tout en confirmant une durée d’une semaine.
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Un document présenté comme un TDR a ensuite été soumis au témoin, qui a déclaré ne pas le reconnaître, estimant que les termes employés ne correspondaient pas à ceux utilisés par son service. Le parquet a également soulevé une incohérence financière : une prise en charge journalière de 15 000 FCFA par participant aurait dû conduire à un total de 120 000 FCFA par personne pour huit jours, alors que certains auraient perçu jusqu’à 300 000 FCFA.
Interrogé, Yé Yaké Camille a expliqué que les états financiers étaient encore en cours d’exécution lorsque l’incident est survenu au ministère, ce qui expliquerait l’absence de rapport final signé. Il a ajouté que certaines activités peuvent se tenir avant d’être régularisées a posteriori, une pratique qu’il dit courante dans l’administration.
Le tribunal a également entendu Fatimata Patricia Traoré, qui a témoigné sur une commande de pagnes à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme du 8 mars 2024. Elle affirme avoir livré 140 pagnes pour un montant de 700 000 FCFA et évoqué un « contrat mère » de 19,9 millions FCFA, dont une première tranche de 12 millions aurait été encaissée avant restitution des fonds au ministère.
Réagissant, Yé Yaké Camille a reconnu avoir insisté pour la livraison des pagnes, tout en affirmant avoir agi dans l’urgence et sans parfaite maîtrise des procédures, certaines déclarations entrant toutefois en contradiction avec celles du témoin. L’audience est suspendu pour être reprise à 14h.
Soumane Wahab KARAMBIRI (Stagiaire)
Burkina24




