Ragnimsom Serge Igor Birba : Ingénieur, soldat et bâtisseur de paix par l’agriculture
« Le ventre soutient les bras », dit un dicton populaire burkinabè. Dans les Koulsé, Ragnimsom Serge Igor Birba en a fait sa doctrine. Directeur régional de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources Animales et Halieutiques, ce « VDP de l’agriculture » parcourt chaque jour les villages pacifiés, là où la terre a souffert des crises, pour faire renaître la production agricole. Pendant 48 heures passées à ses côtés, entre bureaux, convois et champs, il apparaît comme un serviteur de l’État dont la mission dépasse les murs . Chaque semence plantée, chaque technicien mobilisé, chaque village rassuré témoignent de sa conviction : faire du champ de bataille agricole le socle de la résilience nationale.
Serviteur de l’État, il l’est. Dans l’ombre des projecteurs, il porte le poids du jour avant même que l’aube ne s’annonce. Ragnimsom Serge Igor Birba fait partie de ces hommes qui éclairent l’action sans chercher la lumière, convaincus que le vrai pouvoir n’est pas de briller, mais de tenir. C’est un véritable général des sillons.
Région des Koulsé, ex-Centre-nord. Il est 7h45, mardi 20 janvier 2026. Kaya s’éveille après une nuit fraîche. Les rues s’animent, les commerces s’ouvrent et les services administratifs reprennent leur rythme. Dans son bureau à la Direction régionale en charge de l’Agriculture, Ragnimsom Serge Igor Birba, premier responsable, donne ses dernières consignes à ses collaborateurs.
À 8h45, la journée promet d’être chargée. L’homme, de stature moyenne mais athlétique, se distingue par son visage rond et ses cheveux ras. Vêtu d’un polo vert olive à manches longues, d’un pantalon noir ajusté et de bottines beige sable robustes, il allie confort et praticité.
Le terrain commande la manœuvre
Une montre au poignet gauche et une casquette noire complètent sa tenue. Entre deux signatures de documents, il garde l’air détendu. Un café nous est offert, et la conversation peut enfin commencer.
Mais l’agenda se bouscule : des visiteurs s’annoncent pour une réunion urgente. Nous nous retirons. Aucun programme n’est jamais figé pour Ragnimsom Birba, où chaque entretien ou action de dernière minute peut contribuer à améliorer les indicateurs d’autosuffisance alimentaire de la région.
À 9h23, la mission conduite par le Directeur régional et son équipe démarre son périple. Nous embarquons en direction de Gabou, à 18 kilomètres de Kaya, dans la commune de Barsalogho. Le paysage défile, marqué par les stigmates des crises passées. « Ici, à Kalambaogo, en décembre 2024, on ne pouvait pas passer », murmure un technicien.

Il y a peu, seuls les véhicules sécurisés osaient s’aventurer sur l’axe Kaya-Barsalogho, longtemps sinistré par les attaques répétées et le silence pesant qui l’enveloppait. Aujourd’hui, le décor a changé. La route s’anime et retrouve des couleurs.
La circulation des usagers et le vrombissement continu des machines de l’Agence Faso Mêbo, chargée du bitumage, ont redonné vie à ce tronçon de 40 kilomètres.
Gabou : Le bastion du « Riz Sombié »
10h30. L’équipe du DR arrive à Gabou, village qui renaît peu à peu après des mois, voire des années, assombris par le terrorisme. « Avant, ce n’étaient que boutiques éventrées, frigos jetés à l’extérieur et maisons abandonnées que l’on voyait partout », se remémore Ragnimsom Birba.
C’est pourtant dans ce contexte de crise profonde qu’il a été nommé directeur régional en charge de l’Agriculture, en mars 2024. Premier arrêt : la base militaire de Gabou, dirigée par un Capitaine.
L’ambiance est chaleureuse entre le DR et le chef du détachement. Ici, techniciens et militaires parlent le même langage : stabilisation, reconstruction et développement. « Notre mission aujourd’hui est de suivre la campagne de la saison sèche et d’encourager les producteurs revenus sur leurs terres », explique Ragnimsom Birba à son interlocuteur.
Après les civilités avec les Forces de Défense et de Sécurité (FDS), garantes de la quiétude retrouvée, la délégation du DR est conduite vers sa première destination par Tahirou Sawadogo, chef de Zone d’Appui technique en Agriculture de la commune de Barsalogho.
Sur le terrain, les résidus de riz témoignent d’une moisson abondante. Les populations revenues au bercail en janvier 2025 ont accompli un véritable exploit. Sur cette plaine de 20 hectares, elles ont produit du riz pendant la dernière saison humide, relançant ainsi l’activité agricole après des années d’interruption.

Cependant, des traces de foreuses marquent le sol et rappellent les difficultés techniques rencontrées. L’espace destiné à la production de saison sèche devait être équipé de forages, mais les techniciens ont creusé en vain. L’eau manque sur le site. Les recherches effectuées ailleurs dans le village n’ont pas été plus fructueuses.
Qu’a cela ne tienne, le site de Gabou est devenu le symbole d’une symbiose réussie entre les FDS, les techniciens et les populations revenues après quatre années d’exil forcé. Le Chef de Gabou, le regard fier, raconte qu’à leur retour, ils ne possédaient plus rien. « Grâce à l’appui des militaires et du DR, nous avons récolté au‑delà de nos espérances. Aujourd’hui, nous vendons même du riz à la SONAGESS pour acheter du maïs. Nos femmes sont contentes », se réjouit-il.
Il insiste sur l’engagement personnel de Ragnimsom Birba. « Le DR ne peut pas passer 20 jours d’affilée sans venir ici durant la saison hivernale. C’est notre guide », clame-t-il, soulignant l’impact direct de sa présence sur la motivation des populations.
Le chef local exprime également sa reconnaissance envers le chef du département en charge de l’Agriculture, Ismaël Sombié, qui leur a rendu visite en septembre 2025 et s’évertue depuis à tenir toutes ses promesses. C’est en hommage à ce soutien concret que les habitants ont baptisé leurs récoltes « Riz Sombié », du nom du Ministre d’État.
Pour ces paysans, l’appui n’est pas resté que verbal. En plus des conseils techniques, des motopompes, des tuyaux en PVC et plusieurs têtes de bétail ont été remis pour consolider leur installation et assurer la pérennité de la production.
À 11h, le convoi du DR quitte la base de Gabou. À la sortie du village, une centaine de moutons traversent tranquillement la route. Ce bétail, circulant en toute liberté, symbolise la sécurité retrouvée dans une zone où, peu de temps auparavant, les vols étaient monnaie courante.

Le trajet se poursuit vers Tamassogo, à 25 kilomètres de Kaya. Le soleil est au zénith et l’horloge indique 12h15. Sur la rive droite du lac de Basma, Ragnimsom Birba et son équipe inspectent les 200 hectares consacrés à diverses cultures maraîchères. Tomates, oignons, choux et autres légumes y prospèrent sous le regard attentif des techniciens.
Le groupe fait également halte à la station de pompage du vieux barrage, âgé de quarante ans, dont les installations, précédemment sabotées, ont été relancées grâce à une nouvelle pompe offerte par le Ministère de tutelle.
« À notre retour, les techniciens nous ont accompagnés avec intrants et matériels. Aujourd’hui, nous produisons et nous sommes satisfaits », témoigne Adama Ouédraogo, président du Conseil villageois de développement (CVD) de Tamassogo.

Dans la politique d’accompagnement du département en charge de l’Agriculture aux acteurs locaux, les actions sont surtout inclusives. Les femmes également sont bénéficiaires au même titre que les hommes.
Elles ont aussi des lopins de terres à elles qu’elles mettent en valeur, souvent en association. « Avec ce qu’on gagne, on arrive à payer la scolarité de nos enfants et on contribue aussi aux dépenses de la famille », témoigne Dénise Zabré, secrétaire de la coopérative féminine Pengdwendé.

D’autres acteurs avec qui le DR prend langue à Tamassogo sont des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP). Pour ces derniers, la production agricole est indissociable de la sécurité.
« Les populations ont commencé à revenir pour cultiver grâce à l’implication des FDS. Notre travail est de protéger la population », précise Moustapha Ouédraogo, responsable des VDP locaux.
Basma : Le verrou de la sécurité alimentaire
Village de Basma, à 30 kilomètres de Kaya. Après Tamassogo, c’est là que l’équipe de Ragnimsom Birba marque sa prochaine halte. A la périphérie de la cité, le défi de la diversification agricole est relevé par les VDP locaux. Il est 13h23 mn.
Le DR et sa délégation font leur entrée dans un périmètre abritant des cultures de blé. La physionomie est bonne et les récoltes sont prometteuses. Ici, les VDP ne se contentent pas de sécuriser la zone, ils cultivent la terre pour soutenir les veuves et les orphelins du conflit.

Le blé, nouvelle spéculation introduite dans la zone, bénéficie d’un suivi constant des techniciens des services de Ragnimsom Birba, assurant aux producteurs un appui technique permanent. Les Forces combattantes veillent, elles aussi, à la sécurité des cultures, garantissant la quiétude nécessaire au bon déroulement des opérations agricoles.
« L’agriculture est le verrou. Si les populations reviennent et qu’elles n’ont pas de quoi se nourrir, elles repartiront », souligne le Lieutenant en charge du secteur. À 16h30, l’équipe quitte la base militaire de Basma. Après une journée entière sur le terrain, sans pause ni repas, le DR et ses collaborateurs font escale au marché de Gabou.
L’odeur des beignets de niébé flotte dans l’air, offrant un parfum de réconfort. Dans une ambiance de franche camaraderie, tous rompent le jeûne de la journée, debout au bord de la route, partageant ce mets simple mais convivial.

Après ce repas improvisé, l’équipe rejoint la base de Gabou. Le capitaine et ses hommes sont en pleine concertation, à son arrivée. Ragnimsom Birba prend le temps de faire un dernier point sur la situation avec les responsables militaires avant de s’engager avec ses collaborateurs sur le chemin de retour à Kaya.
Le départ final est sonné à 18h40mn. La nuit est déjà tombée et l’épaisse poussière du trajet oblige le convoi à ralentir la cadence. C’est un retour tardif sous un ciel obscur. Il est 19h00mn quand les véhicules franchissent enfin le portail de la Direction régionale. Malgré la fatigue accumulée, le programme du lendemain est déjà communiqué avec un départ fixé à 09h00mn.
Le deuxième jour de mission, l’équipe démarre pile à l’heure indiquée. Après une brève pause dans une station-service pour prendre un café matinal, elle se met en route, en direction de Mané, un village situé à 30 kilomètres de Kaya. Dans le véhicule, les discussions entre le Directeur régional et ses techniciens sont cordiales et centrées sur les enjeux du jour.
Vers 10h30mn, nous arrivons au service communal de l’agriculture de Mané où le chef de zone, Salif Konané, attendait déjà la délégation. Le cap est mis sur le bureau du Président de la Délégation Spéciale communale de Mané, Wendinconté Alain Kiemtoré manifestement heureux d’accueillir l’équipe. Après des années de dures épreuves sécuritaires, entre 2022 et 2024, la commune de 79 000 habitants retrouve une bouffée d’oxygène avec le retour à l’accalmie, explique l’administrateur.
Silmidougou : Un accueil au cœur des coutumes
Vers 11h, nous arrivons sur le périmètre de Silmidougou, à 40 kilomètres de Kaya. C’est un village qui a retrouvé ses habitants le 20 août 2025. L’accueil est électrique et empreint de solennité. Les productrices se mettent à genoux pour saluer leur « fils ». Le DR s’adresse à elles en langue mooré, sans protocole. Le message passe par l’anecdote et le respect des coutumes.

Assises à même le sol, elles écoutent, attentives, le « jeune chef » qui leur parle d’autosuffisance. Salif Konané, chef de zone technique, tombe en admiration devant son supérieur qui fait preuve d’éloquence et de maitrise parfaite du sujet abordé. Il loue aussi son engagement effectif et son don de soi pour remplir la mission qui lui est confiée. « Quand tu vois ton premier responsable sur le terrain jusqu’à 17 heures pour semer le blé avec toi, tu ne peux pas rester assis au bureau », dit-il.
Ragnimsom Birba tire son énergie de son parcours personnel. Pur produit de l’enseignement agricole burkinabè, il a gravi les échelons, du plancher à presque au plafond. De simple agent d’exécution dans le Plateau-Central, à coordinateur de projets rizicoles avec la coopération taïwanaise, aujourd’hui Directeur régional, il a passé des années à arpenter les zones inondables qu’il maitrise du bout… des orteils.
Ingénieur en vulgarisation, il a forgé sa conviction : le développement rural est le rempart ultime contre l’instabilité. Nommé en février 2024 dans une région sous haute tension, il n’a jamais hésité. « J’ai compris que j’avais une double mission : mettre en œuvre la politique agricole et contribuer à la lutte contre l’insécurité », confie-t-il. Il se rappelle une phrase du ministre d’État : « Ne vous cachez pas derrière la situation sécuritaire pour justifier un déficit de production ». Cet impératif est devenu son credo.
La doctrine d’un « VDP agricole »
Le DR Birba refuse le système classique de l’autorité distante. « Le ministre d’État nous l’a dit. L’agriculture ne se fait pas au bureau. Nous avons décidé d’embarquer dans cette dynamique », souligne-t-il. Même si consacrer ses journées et souvent ses week-ends à son travail a un prix sur le plan social, il dit l’accepter en toute responsabilité.
« Ma famille sait que nous sommes en mission. Nous sommes des « VDP agricoles ». Ma satisfaction, c’est de voir ces enfants qui ont enfin de quoi manger. Je viens d’une zone épargnée par la crise, et cela me pousse à dire qu’il faut aider ceux qui aspirent à cette paix », confie-t-il.
Son exigence envers ses collaborateurs est réelle, mais elle est comprise et acceptée car il est le premier à mettre la main à la pâte. Daouda Kiemdé, Directeur provincial de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources Animales et Halieutiques du Sandbondtenga, le confirme. « Il met de la pression, mais nous sommes préparés. Il y a un retard à combler. Que ce soit la nuit ou le week-end, nous sommes sur le terrain. Souvent, on n’attend même pas ses instructions pour se mettre la pression nous-mêmes », témoigne-t-il.
En se rendant dans des zones pacifiées, le DR envoie aussi, selon lui, un message aux partenaires internationaux et aux populations : la vie est de retour. « Si nous, autorités, nous ne nous rendons pas à Barsalogho, comment convaincre les partenaires que la zone est stable ? », s’interroge-t-il.
Le Chargé de mission à la Présidence du Faso pour la région des Koulsé, Issa Lagvaré, qui accompagne la tournée, est formel sur l’engagement de Ragnimsom Birba. « Le DR fait son travail avec amour, au-delà de ses attributions. Il est sociable, il n’est pas hautain.
Cela facilite l’adhésion des jeunes, des femmes et des coutumiers. Sa capacité de mobilisation est un atout majeur pour l’autosuffisance. Il accepte d’aller galvaniser ceux qui retournent enfin chez eux même quand ce n’est pas simple », témoigne-t-il.

Récemment décoré d’une médaille de Chevalier de l’ordre du mérite du développement rural avec agrafe Agriculture, qu’il dédie à tous ses agents, Ragnimsom Birba refuse de s’endormir sur ses lauriers.
Lire également👉🏿Nayala : Ces braves populations réinstallées qui défient dame nature !
Pour ce monsieur infatigable, 2026 doit être l’année de la consolidation. L’objectif est de s’affranchir de l’aide alimentaire par l’autoproduction.

Comme au premier jour, c’est en fin de journée que leur convoi rentre à Kaya, sous un nuage de poussière. Ragnimsom Birba, avec son allure de soldat et la rigueur d’un agronome, reprendra encore les routes pour continuer sa croisade pour un Burkina Faso souverain.
Pour sûr, si le bilan de la campagne agricole 2025-2026 sur le plan national, affiche 126,4% des besoins céréaliers avec plus de 7 millions de tonnes de céréales dont plus d’un million de tonnes de riz, c’est grâce à ces hommes de l’ombre qui, entre deux alertes sécuritaires, s’assurent que la terre ne trahisse pas ceux qui dépendent d’elle.
Après son mandat, Ragnimsom Serge Igor Birba dit vouloir qu’on garde de lui l’image d’un technicien engagé, en harmonie avec les populations. « Si ma mission s’arrête demain, je veux que mon passage ait permis de forger d’autres DR aussi passionnés »…
Akim KY
Burkina 24




